Que faire du bénéfice record de la BNS?

jeudi, 18.01.2018

Philippe G Müller*

Le chiffre est impressionnant: pour l’année 2017, la Banque nationale suisse (BNS) peut s’enorgueillir d’un bénéfice de 54 milliards de francs. En 2016 déjà, elle affichait un boni de 24,5 milliards, qui compensait les pertes subies en 2015 (23,3 milliards).

Sur les cinq dernières années, la BNS a généré près de 85 milliards de francs de bénéfice net (pertes comprises), sur un bilan qui atteint les 850 milliards. Cela équivaut à un rendement d’environ 2,1% sur les quelque 790 milliards de francs qu’elle détient en devises étrangères.

Au vu de ces bénéfices énormes, les politiques ne manquent pas d’idées pour les dépenser. Avant toute proposition, il convient toutefois de clarifier certains points. Premièrement, la manne de 2017 consiste essentiellement en des bénéfices comptables. Seuls 15 milliards de francs sont des flux de trésorerie réels et récurrents, sous forme de dividendes, d’intérêts et de revenus sur les intérêts négatifs. Si le marché des actions venait à s’effondrer ou si le franc remontait brusquement, ces bénéfices s’évaporeraient très vite.

Deuxièmement, il faut tenir compte de l’accord en vigueur entre la BNS, la Confédération et les cantons sur le mode de répartition des excédents. Il est prévu que, si les réserves disponibles le permettent, deux milliards de francs au maximum chaque année doivent être reversés à ces collectivités publiques. Troisièmement, avant d’envisager d’augmenter les versements à l’Etat, il faut tenir compte des prévisions de la BNS. Estimant que la situation en matière de taux de change reste fragile, elle a bien fait comprendre que le niveau de ses capitaux propres n’est pas encore assez solide.

Avant de débattre de l’utilisation des bénéfices de la BNS, il faut donc commencer par définir le montant souhaitable de la quote-part des fonds propres (16% actuellement, 50% avant la crise). Les fonds propres dépassant ce niveau pourraient alors être considérés comme «excédentaires» et donc «distribuables».

Une telle situation serait d’autant plus probable si la BNS parvenait à réduire son bilan grâce aux gains sur ses positions en actions et en devises. 

Mais, même si le bilan de la BNS reste encore quelques années au niveau actuel, les 15 milliards de francs de gains annuels pourraient générer bien plus de dividendes que les deux milliards convenus actuellement. Il faudra alors se garder de verser d’un coup aux cantons et à la Confédération les bénéfices résultant des opérations sur devises qui aujourd’hui battent des records, mais qui finiront par retomber tôt ou tard.

C’est ici qu’intervient l’idée d’un fonds de placement dédié. Les bénéfices jugés excédentaires par la BNS seraient alors placés dans ce fonds séparé. administré expressément dans le dessein de générer des bénéfices, sous la supervision de la BNS.

La Confédération et les cantons ne seraient donc plus directement tributaires de la BNS, mais seulement des revenus de ce fonds de placement. Toute redistribution du capital «excédentaire» de la BNS serait versée en premier lieu dans le fonds et ses bénéfices seraient alors reversés aux collectivités concernées. Cela permettrait aussi de séparer clairement, au bilan de la BNS, les réserves nécessaires à la politique monétaire et à la gestion des devises, des placements effectifs à long terme destinés à générer des revenus.

*Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS






 
 
agefi_2018-01-18_jeu_02


 

...