L’effet boomerang de la technologie suisse sur l’industrie

mardi, 16.01.2018

Frédéric Falise, directeur Scientific Visual

Scientific Visual, société issue de l’Ecole Polytechnique Fédéral de Lausanne (EPFL), est le leader mondial pour la fabrication de système de contrôle qualité du saphir. Ce matériel aux propriétés appréciées par l’industrie horlogère est utilisé, entre autres comme couvercle pour toutes les montres de valeur.

Malheureusement la fabrication industrielle des verres en Saphir reste sujette aux mystères physiques de la cristallisation. La formation de microbulles et voiles divers sont difficilement évitables lors de la fonte de l’oxyde d’aluminium à plus de 2000 degrés Celsius et ces défauts peuvent parfois être détectés par l’œil aguerri de collectionneurs de montres. De l’ordre de 5 à 25% des 30 millions de pièces produites annuellement ont des défauts et sont donc rejetées par le contrôle qualité en fin de chaine d’usinage selon Ivan Orlov, CEO de Scientific Visual. Cela augmente donc les coûts de production de l’ordre de 5 à 25%. Cela n’est pas négligeable lors que l’on sait que le saphir est le plus dur après le diamant et donc très couteux à usiner.

Cela est sans compter la technologie développée par Scientific Visual qui permet de détecter de l’ordre de 60 à 90% des pièces défectueuses avant le début du processus d’usinage qui peut prendre plusieurs semaines. Cette technologie uniquement disponible en Suisse devrait donc principalement profiter à la production de saphir indigène qui lutte ardemment face à l’importation de disques bruts de saphir bons marchés importés d’asie.

Néanmoins, contre toute attente, les exportateurs Chinois y voient une superbe opportunité de pallier au déficit de qualité dont ils souffrent. En effet, Scientific Visual se voit courtisé par les producteurs Chinois pour l’utilisation de SaphiroScan qui permet ainsi d’éliminer les pièces de mauvaise qualité et ainsi de livrer aux usines Suisse des pièces de qualités supérieures à toutes productions indigènes.

Le challenge n’est pas évident pour les actionnaires. Faut-il développer les services vers l’Asie et donc mettre à mal les dernières usines de production de carottes de saphir en Suisse et en Europe ou faut-il réserver la technologie aux Européens et ainsi défendre notre industrie à plus long terme? Le problème est d’autant plus crucial que la technologie de Scientific Visual a un avenir encore bien plus prometteur pour inspecter le Silicon Carbide (SiC) un semiconducteur indispensable pour l’électronique de puissance de nos voitures électriques. En effet Scientific Visual a obtenu le Seal of Excellence de la part du projet Européen Horizon 2020 pour le potentiel de la technologie dans le marché de l’éclairage LED et l’électronique de puissance. Un dilemme stratégique pour cette jeune société en recherche de financements comme beaucoup de startups technologiques. Entre la Chine et la Suisse, quel marché sera le plus rapide et le plus prometteur?

Les clients «Early Adopter» tant recherchés par les start-ups semblent maintenant plus actifs dans l’Empire du Milieu et l’Empire du Soleil Levant qu’en Europe. La nouvelle devise serait-elle «Nul n’est techno-prophète dans son pays»?






 
 

AGEFI



 
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