Attractivité des Etats: l’enjeu des expatriés

lundi, 15.01.2018

Damien Degeorges*

Le Nouvel An offre l’occasion aux chefs d’État de rappeler, lors de leurs vœux, qu’une nation comprend également des ressortissants établis hors de leur pays. 

Or l’attractivité d’un pays ne se limite pas au fait d’attirer investisseurs, talents, touristes et grands événements: il se mesure également dans sa capacité à valoriser ses expatriés.

Le Danemark est connu pour son art du bonheur, le «hygge». Si le Danemark devait être une référence en termes d’indice de bonheur, on ne dirait cependant probablement pas «heureux comme un expatrié danois». 

En Suisse, le président de la Confédération délivre une allocution spécifique aux Suisses établis à l’étranger à l’occasion de la fête nationale du 1er Août. Au Danemark, pays qui avait accordé le droit de vote aux femmes dès 1915, le citoyen qui aura décidé de s’installer à l’étranger n’aura pas le droit de voter, sauf dans certains cas particuliers d’expatriation.

Des ambassadeurs à valoriser

On confond parfois ceux qui, étrangers, sont passés maîtres dans l’art du «nation bashing» et ces expatriés, ayant une filiation avec l’État en question, qui critiquent parfois leur pays afin que celui-ci s’améliore. 

L’avenir est aux États qui sauront valoriser leurs expatriés afin que ceux-ci ne deviennent pas des relais de ce «nation bashing» mais des acteurs de la transformation de leur pays. Certaines villes ou régions ont compris l’importance des clubs d’ambassadeurs. Les États, émetteurs de passeports, ont déjà un large réseau d’ambassadeurs potentiels à l’étranger: leurs expatriés. L’enjeu pour les pays désireux de rayonner à l’international est de comprendre qu’ils ont tout à gagner en investissant sur ces relais d’influence aux avant-postes de la mondialisation et bien souvent porteurs d’une vision différenciée utile à comprendre sur les maux et les atouts de leur pays d’origine.

En franchissant une frontière ou en s’installant dans un autre État, il est possible de se faire rapidement une idée des traits de caractère du pays en question. En regardant la carte du monde, un expatrié pourra se rendre compte que son pays possède des atouts, parfois sous-estimés, lui offrant la possibilité d’un bel avenir, si toutefois les éventuelles entraves à sa réussite sont levées. 

Tout n’est pas culturellement transposable dans le «modèle» que peuvent représenter certains pays, mais l’étranger se révèle souvent être un laboratoire d’idées qu’il est intéressant de mieux connaître. A l’ère d’internet, les distances s’effacent et les expatriés peuvent s’engager dans le débat public de leur pays en étant sur un pied d’égalité avec leurs compatriotes restés dans la mère patrie.

Les États désireux d’une transformation susceptible de renforcer leur attractivité internationale seront ceux sachant inclure leurs expatriés dans le processus de réformes. 

En faisant un parallèle avec le monde de l’entreprise, le fait de valoriser ses expatriés reviendrait pour un État à investir sur l’importance de l’expérience client pour son image de marque à l’international.

*Spécialiste des pays nordiques DEGEORGES CONSULTING






 
 
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