Les montagnes russes de l’entrepreneur «e»

jeudi, 11.01.2018

Céline Renaud*

Un jeudi après-midi de pluie, sous un pont de l’autoroute A1, je me rends à une «Dégustation de son» à Aarau. Je n’en peux plus. 

Hier, j’ai déjà roulé 600 km hier et je suis rentrée à 2 heures du matin. Là, mes paupières se ferment, je me suis arrêtée pour faire une turbo sieste. Et j’ai le moral dans les chaussettes, tout est allé de travers. 

Ce matin, un client m’appelle pour annuler son achat, prétextant que sa chaudière est tombée en panne. Moi je crois plutôt qu’il a eu des divergences de vue avec son épouse sur la teinte du Soundboard, alors qu’elle avait pourtant été émue. 

Ensuite, j’ai reçu une information d’une marque horlogère qui reporte à une date non déterminée une commande d’un réassort pour des supports de résonance pour ses montres à sonnerie. De plus, j’ai dû donner à garder notre fille à la voisine déjà ce matin pour me rendre à un rendez-vous avec un prospect, qui s’est avéré être un vendeur de pub! Quelle frustration, je me suis fait avoir.

Je me fais réveiller par mon téléphone au bout de 20 minutes, là sous mon pont glauque. Avant d’allumer le moteur, je jette un coup d’œil à mes emails par curiosité, ou par habitude, ou encore par addiction ou tout cela à la fois.

Entre euphorie et déprime

Et là, un message d’une personne rencontrée il y a au moins cinq ans, avec qui on avait bien discuté, qui me confirme que le temps est venu pour elle de passer à l’acte d’achat. Yes! 

Je sais que nos clients ne se décident pas toujours très vite, mais celui-ci, je l’avais même oublié car je n’osais plus espérer. Et je vois un autre email d’un banquier qui commande une série personnalisée de dix Acoustic Docking Stations. Ouf! 

Cela va bien nous aider, même si la livraison se décalera sur quelques mois. Je suis heureuse et je peux repartir. Je me prépare mentalement à ce qui m’attend dans deux ou trois heures.

Être entrepreneur «e», c’est aussi avoir une amplitude énorme entre les hauts et les bas, on passe de l’un à l’autre à vitesse accélérée. Je pense par exemple aux nombreux efforts fournis pour décrocher des clients et des ventes. 

Parfois, on ne sait pas pourquoi mais beaucoup ne se concrétisent pas. 

Et tout à coup, on décroche une belle vente et c’est l’euphorie. Ces étapes sont souvent assez proches et varient énormément d’intensité. C’est la même chose pour les levées de fonds, souvent liées à beaucoup d’incertitudes pour le développement de l’entreprise pour pouvoir voir la réalisation de son projet.

Au fil du temps, j’ai parlé beaucoup à mon entourage de JMC Lutherie et de mon projet. Et c’est vrai, j’ai eu plusieurs compagnons de vie durant ces 15 dernières années en tant qu’entrepreneure et je pense les avoir usés avec ce projet. 

Aujourd’hui, j’ai un partenaire de vie qui mérite une médaille d’or car il supporte tous mes hauts et mes bas, avec cette intensité extrême d’émotion et de tension. Il faut à ses côtés une personne qui arrive à laisser couler cela sur elle, sans être touchée. 

Dans cette vie d’entrepreneur, la déprime côtoie de très près l’extase inouï, comme les montagnes russes où l’on passe en quelques secondes du moment où l’on ne veut pas du tout être là à un moment de pur bonheur.

*CEO et fondatrice JMC Lutherie 






 
 
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