Conférences: stop aux lecteurs de PowerPoint!

jeudi, 04.01.2018

Céline Renaud*

Un mardi matin, dans un auditoire de l’EPFL, je participe à un Symposium sur l’innovation et j’attends impatiemment le prochain orateur car le dernier m’a endormi. Il s’installe et on voit sa slide de lancement. Il a quinze minutes pour partager son sujet avec nous. Je regarde l’écran et je vois là, en-bas à droite, en pied de page figure un petit 1/50.

«Quoi! Il n’a que quinze minutes pour parler et vous nous faire avaler 50 slides! Au secours!» Je m’enfonce dans mon siège. J’écoute ses premiers mots. «Bonjour tout le monde!». C’est le quatrième orateur et il est 11 heures... Ça suffit, le «Bonjour» a déjà été dit bien quelques fois! 

C’est une introduction tellement molle. Au bout de 2 minutes, il se tourne directement vers l’écran et nous lit son texte en nous montrant son dos! 

Dommage, son sujet avait pourtant l’air fort intéressant et cette façon de présenter est une perte de temps pour tous les participants. Et comme mes voisins de gauche et de droite, je m’enfonce encore plus dans mon siège, et je réponds à mes emails depuis mon téléphone portable. 

Si on prend déjà la parole en public, je trouve que c’est la base du respect que de tenter d’être intéressant! Il existe moult façons de commencer de manière captivante: avec une anecdote, un ou deux chiffres choc ou avec une nouvelle tirée de l’actualité. Le contenu aussi peut être structuré pour raconter des histoires, des anecdotes. Si l’on veut marquer les esprits, on va droit à l’échec en saturant les gens avec des listes interminables de «bullet points».

Au contraire, une bonne histoire a l’avantage d’impliquer le public qui voit les images, se prend pour le héros, bref qui vit l’histoire et se souvient du coup beaucoup mieux du contenu.

Sur les 300 conférences que j’ai données cette année, on m’a demandé 299 fois d’envoyer mon fichier PowerPoint... et les organisateurs sont démunis lorsque je leur annonce que je n’en ai pas. 

C’est vrai que tout le monde a peur de monter sur scène, mais cela s’entraîne et à l’aide de quelques astuces, on arrive beaucoup plus facilement à captiver l’attention de l’auditeur. Lorsqu’on prend la parole en public, il est important de regarder son auditoire, de lui parler, d’avoir du plaisir à partager. 

Avec l’expérience d’avoir donné des conférences marquantes depuis près de 15 ans, je suis aujourd’hui également amenée à donner des cours de parler en public et de storytelling, notamment à des propriétaires et patrons de grands groupes de luxe ou à des personnalités des milieux économiques, scientifiques, financiers et politiques.

Entre temps, l’orateur est à la slide numéro 31. Il lui en reste encore 19 même s’il y a déjà dépassé le temps imparti! Je regarde les autres personnes dans la salle. 

Beaucoup d’écrans de téléphones sont toujours allumés et d’autres personnes ont les yeux fermés. 

Si j’aime bien assister à des conférences, je me réjouis qu’en Suisse un travail intense soit fait pour que nos orateurs deviennent plus performants. Ne dit-on pas que l’outil le plus puissant de l’homme, c’est sa parole et d’arriver à galvaniser son public…? Et on n’a pas besoin d’avoir un PowerPoint pour cela!

*CEO et fondatrice JMC Lutherie 






 
 
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