Mère Helvétie se préoccupe de nos assiettes

jeudi, 21.12.2017

Sophie Paschoud*

La Confédération a adopté une «Stratégie suisse de nutrition» sans doute parfaitement inutile, agaçante de par son côté moralisateur, mais probablement pas bien méchante pour l’heure, du moins aussi longtemps que les mesures prévues le sont sur une base volontaire.

Constatant que la plupart des Suisses ne suivent pas les recommandations officielles en matière de mode de vie sain – on ne consomme en moyenne que 3,6 portions de fruits et légumes par jour, au lieu de cinq, quelle catastrophe! – la Confédération a décidé de prendre les choses en main. Elle s’est ainsi dotée d’une «Stratégie suisse de nutrition 2017-2024», laquelle sera prochainement complétée d’un «plan d’action», actuellement en phase de finalisation. 

En résumé, il s’agirait pour l’essentiel de «renforcer les compétences nutritionnelles» par l’information et la sensibilisation, d’améliorer la composition des aliments, de promouvoir des repas équilibrés dans les écoles, les entreprises et les structures de soins et d’«inciter l’économie à limiter volontairement la publicité pour les denrées alimentaires trop grasses, trop sucrées et trop salées, ciblant les enfants».

Sur une base volontaire

Dès lors que les mesures prônées devront être mises en place sur une base volontaire, il n’y a sans doute pas lieu à ce stade de s’offusquer outre mesure des velléités moralisantes de la Confédération. 

Tout au plus doit-on regretter que l’argent du contribuable ne soit pas utilisé à meilleur escient, dès lors qu’on peut sérieusement douter de l’efficacité de ce genre de stratégie.

En effet, cela doit faire deux décennies, si ce n’est plus, qu’on nous assomme, à grands coups d’«études scientifiques les plus récentes», avec les méfaits de tels produits – dont la liste semble indéfiniment extensible – et, inversement, les bienfaits de tels autres; qu’on nous enjoint de respecter une stricte hygiène de vie et qu’on nous prédit un décès prématuré si on s’écarte, ne serait-ce que légèrement, des recommandations des spécialistes en tous genres. 

En conséquence, personne, quel que soit le milieu ou le niveau d’éducation, ne peut ignorer les préceptes hygiénico-sanitaires qu’on cherche à nous imposer. Mais le fait est que, en dehors des bobos en quête d’authenticité et des patients qui s’imposent une discipline de fer sur injonction médicale, rares sont ceux qui sont disposés à faire montre du jusqu’au-boutisme préconisé et à se laisser tyranniser par les détenteurs de la vérité nutritionnelle. 

Continuons à remplir nos assiettes

Et le plan d’action de la Confédération ne pourra rien là contre. Ceux qui ont fait leur l’adage «le gras, c’est la vie!» ne se laisseront pas impressionner, pas plus que ceux qui préfèrent le Nutella et son huile de palme au serré maigre.

Autrement dit, laissons pour l’heure les stratèges fédéraux s’agiter les neurones et continuons à remplir nos assiettes à notre guise. En revanche, lorsque les experts franchiront l’étape suivante en proposant des obligations, des interdictions et tout un panel de mesures contraignantes, il s’agira alors de monter aux barricades avec la plus vive énergie. En attendant, bon appétit.

*Centre patronal



 
 
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