La prévoyance vieillesse suisse en déséquilibre

jeudi, 21.12.2017

Philippe G. Müller*

L’indice UBS de la prévoyance suisse, qui mesure la santé du système, affichait ces trois derniers trimestres une dynamique en net ralentissement par rapport à l’an dernier. Il atteint à ce jour son plus bas niveau depuis sa création. Il n’est donc pas étonnant qu’après l’échec de la réforme de la prévoyance vieillesse 2020, il soit encore plus patraque.

C’est surtout le sous-indice de la démographie qui pèse sur l’évolution générale (vieillissement, baisse des naissances et de l’immigration). De plus, l’indice financier ne s’est pas amélioré dans le contexte de marché actuel. Seul l’indice économique a évolué de manière neutre et offre des perspectives d’avenir positives.

L’indice compare toujours le trimestre en cours au même trimestre de l’année précédente. Comme le 3e trimestre 2016 a été relativement fort, la barre est placée assez haut. La dégradation constante de la démographie et la pression qui demeure pour engager des réformes expliquent ce tableau actuellement négatif.

Un système en danger

Même si cela n’est pas visible dans l’immédiat, le système de prévoyance suisse se trouve en danger si aucune réforme n’est engagée. La situation financière des 1er et 2e piliers devrait se dégrader rapidement. A long terme, le risque que le système ne puisse plus verser les rentes promises est réel.

Le système de prévoyance suisse vise d’assurer les moyens de subsistance à l’âge de la retraite. Cependant, même avec une durée d’assurance complète, la rente provenant des 1er et 2e piliers réunis représente en moyenne 60% à 70% seulement du dernier salaire. Il en résulte donc une lacune de revenus souvent inattendue.

De plus, à l’âge de la retraite, les dépenses courantes, surtout, les frais de santé et de soins augmentent généralement plus vite que les rentes. Cela aboutit à la «lacune de rentes», la différence entre les revenus et les dépenses sur toute la retraite.

L’UBS International Pension Gap Index s’est intéressé à la lacune de rentes dans douze pays. Le système suisse s’en tire plutôt bien qualitativement par rapport aux autres pays. 

Mais les choses pourraient changer. Alors que le mécanisme de financement de la prévoyance vieillesse fonctionnait bien à l’origine, l’augmentation de l’espérance de vie et les taux de natalité toujours faibles l’ont déséquilibré.

Les caisses de pension recourent de plus en plus à une redistribution des jeunes générations vers les aînés. La durabilité du système de prévoyance n’est donc pas garantie et les générations futures doivent s’attendre à une baisse considérable des rentes ou à une hausse massive des cotisations et des impôts.

Les femmes font face à des défis supplémentaires. Plus le salaire est élevé, plus il est possible d’épargner dans les 2e et 3e piliers, et plus il est également possible de prétendre à une rente AVS maximale. 

Comme les femmes ont un salaire moyen plus bas, travaillent souvent à temps partiel ou cessent un temps leur activité, elles épargnent moins de capital de prévoyance alors qu’elles vivent plus longtemps.

La prévoyance privée est dans tous les cas incontournable et son importance va encore s’accroître à l’avenir. Les défis ne vont pas diminuer de sitôt. 

Même avec une réforme des 1er et 2e piliers, les générations futures devront s’attendre à des revenus des systèmes de pension moins élevés. De ce fait, le 3e pilier prend de l’importance.

*Economiste responsable pour la Suisse romande CIO WM UBS



 
 
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