Syrie: les amis de nos ennemis sont-ils toujours nos ennemis?

lundi, 18.12.2017

Jacques Neirynck*

L’emprise du califat islamique sur la Syrie et l’Irak s’étiole sous nos yeux. Une sorte de trêve pourrait s’établir en attendant un nouveau conflit. Or, les pires atrocités ont été commises par le régime syrien, qui est en passe de sortir vainqueur et de raffermir son pouvoir. 

Le président Assad ne se retrouvera donc pas devant un tribunal international après avoir massacré sa propre population. Peu importe, il l’emporte. Seul les vaincus sont condamnables.

La Suisse n’est pas partie prenante à ce conflit. Sauf si on va voir d’un peu plus près. Car, notre politique étrangère, prudente, discrète, neutre ne nous exonère pas d’avoir des alliés et des ennemis. Nous sommes à nous-mêmes la plus étrange des énigmes, car nous ne savons pas vraiment qui nous aime.

Si vous n’avez rien compris de ce qui s’est passé et continuera au Moyen Orient, ne vous alarmez pas. A part quelques experts qui gardent un silence prudent, tout le monde est dans l’embarras, à commencer par les gouvernements, qui agissent de façon aléatoire au gré de leurs incertitudes. Il suffit de contempler le tableau de la situation pour comprendre qu’il est impossible de comprendre quoi que ce soit.

Instantané: l’Occident soutient le gouvernement irakien contre le califat islamiste. L’Occident n’aime pas ce califat, qui est cependant soutenu par l’Arabie saoudite, allié des Etats-Unis, leader de l’Occident. En Syrie, l’Occident n’aime pas Assad. Il soutient logiquement les rebelles syriens, mais le califat islamiste est allié à ces rebelles. 

L’Occident n’aime pas l’Iran, mais l’Iran soutient l’Irak dans sa lutte contre le califat. La Suisse fait partie de l’Occident tout en prétendant contre toute évidence qu’elle est neutre. 

La Suisse ne devrait donc avoir que des amis dans cette affaire, mais elle adopte pratiquement la position des Etats-Unis, qu’elle n’ose contredire de peur que ses banques subissent des amendes monstrueuses. Les multiples ennemis des EU deviennent les nombreux ennemis de la Suisse.

En résumé: certains de nos amis soutiennent nos ennemis; certains ennemis habituels sont devenus nos amis; certains de nos ennemis luttent contre d’autres de nos ennemis. Nous souhaitons logiquement que ces derniers perdent, mais nous ne voulons tout de même pas que les premiers l’emportent. Si certains de nos ennemis, dont nous souhaitons la défaite, la subissaient vraiment, ils seraient remplacés par d’autres ennemis que nous aimerions peut-être encore moins. Tout ça a commencé parce que les Etats-Unis ont envahi l’Irak pour en éradiquer des armes interdites qui n’y étaient pas. Les armes imaginaires ont été remplacées par des terroristes bien réels.

La question de fond devient donc: est-ce que les ennemis de nos ennemis sont forcément nos amis et les amis de nos ennemis sont-ils toujours nos ennemis? Puisqu’il n’est pas possible pour la Suisse de n’avoir que des amis, ne serait-il pas plus radical qu’elle n’ait plus que des ennemis? Ce serait une nouvelle définition de la neutralité, tellement plus simple à assumer.

Ainsi au lieu de nous exténuer à comprendre les autres, nos amours et nos amitiés, restons dans une prudente réserve et ne leur accordons jamais plus que ce qu’ils ne peuvent de toute façon pas nous donner.

*Professeur honoraire EPFL






 
 

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