Monnaie pleine: expérimentation hasardeuse de politique monétaire

lundi, 18.12.2017

Dan Spahr*

Après le Conseil des Etats, qui l’avait refusée à l’unanimité en automne, le Conseil national s’est clairement prononcé contre l’initiative Monnaie pleine. Lors des débats, aucun parti n’a soutenu l’initiative et plusieurs orateurs ont rappelé le dicton «If it is not broken, don’t fix it». Et c’est bien ce que cette initiative essaie de faire: apporter une solution à un problème qui n’existe pas.

Le Parlement rejoint donc la longue liste des opposants à cette expérimentation aux conséquences incertaines, sur laquelle figurent notamment le Conseil fédéral, la Banque nationale, les milieux économiques ou les banques (aussi bien internationales que régionales). Le peuple sera quant à lui appelé à se prononcer sur cette question en 2018.

Petit rappel des usages en vigueur

Avant de s’intéresser à l’initiative, un bref retour sur la situation actuelle d’émission monétaire s’impose. Aujourd’hui, la Banque nationale suisse émet les pièces et les billets. En complément, les banques commerciales émettent de la monnaie lorsqu’elles accordent des prêts. La monnaie émise correspond à la différence entre les fonds propres de la banque et le montant total du prêt. Elle est appelée scripturale, car elle n’existe que sous forme d’écritures de compte et jusqu’au remboursement du prêt.

L’initiative propose de modifier radicalement le système en vigueur sur deux points. Premièrement, la Banque nationale serait la seule institution à pouvoir mettre en circulation de l’argent. La création de monnaie scripturale par les banques commerciales serait interdite. Elles pourraient uniquement octroyer des crédits à condition que ceux-ci soient totalement couverts par des avoirs thésaurisés. Deuxièmement, la BNS créerait désormais de l’argent sans contrepartie.

Etant donné que ce système n’a été testé nulle part ailleurs, les conséquences sont imprévisibles. Mais la limitation de la marge de manœuvre des banques engendrerait à n’en pas douter une augmentation des coûts de gestion et une raréfaction du crédit. Les ménages comme les entreprises en feraient les frais.

Le système proposé n’aurait pas évité 2008

Quant à son objectif principal, à savoir «une monnaie à l’abri des crises», l’initiative n’a aucune chance de l’atteindre. Un système de monnaie pleine en Suisse n’aurait aucunement permis d’éviter la crise financière de 2008 par exemple, car son origine se trouvait dans le marché immobilier américain. Suite à cette crise, des mesures ont été prise pour stabiliser le système, notamment l’augmentation de l’exigence des fonds propres pour les banques.

Veut-on plus d’instabilité pour notre pays?

Le bouleversement voulu par l’initiative comporte des risques considérables et ne se justifie aucunement, car le système actuel fonctionne. Ses auteurs prétendent rendre les secteurs financier et bancaire plus résistants aux crises, mais semblent ne pas se rendre compte qu’agir de manière isolée n’empêcherait en rien les crises internationales et risquerait, au contraire, de générer plus d’instabilité pour notre pays.

*Collaborateur scientifique economiesuisse



 
 
agefi_2017-12-18_lun_02

Testez notre nouvelle App smartphone


 

...