Comment inclure le numérique dans la formation?

lundi, 18.12.2017

Didier Rey*

La formation au numérique est considérée par beaucoup comme le facteur-clé du succès d’une organisation ou d’une société dans la transition en cours. La formation s’applique à tous les niveaux: enfants et adolescents à l’école obligatoire, étudiants dans la formation post-obligatoire et professionnels en formation continue.

Au-delà de quelques initiatives pilote initiées par des pionniers motivés, aucune initiative à large échelle n’a toutefois été mise sur pied en Suisse avec succès à ce jour. Pour qu’une formation au numérique soit pertinente, il nous semble essentiel qu’elle englobe tous les aspects du numérique.

A l’instar de la transition vers l’automobile au début du XXe siècle, il est indispensable de distinguer entre la formation requise pour les conducteurs automobiles de celle dispensée aux spécialistes du domaine: garagistes, mécaniciens et autres designers. Conduire un véhicule ne nécessite pas dans la plupart des cas de maîtriser la construction et la maintenance d’un moteur ou d’une boîte de vitesses; en revanche, le permis de conduire a permis l’augmentation du volume de voitures en circulation et la diminution du nombre d’accidents.

Ainsi dans le monde numérique, en utilisant une «app» ou un site pour réserver ma prochaine destination de vacances, la transaction que je déclenche va mettre à contribution différentes technologies opérées par de nombreux acteurs: application ou site programmé par des professionnels de l’expérience utilisateur; terminal (smartphone, tablette, laptop ou poste de travail) acquis auprès d’un revendeur, opérant un système d’exploitation très standard; connexions réseau, du dernier kilomètre fourni par un opérateur suisse à la colonne vertébrale de l’internet opéré par des géants; traitement et stockage de mes données dans un centre de calcul complètement automatisé et optimisé, utilisant des serveurs totalement standard, des applications redondantes et des bases de données hautement performantes et résilientes; sauvegarde de mes données sur différents médias, tels des bandes; finalement, les données que j’ai fournies seront à l’avenir exploitées par le prestataire du service afin d’«améliorer mon expérience»: en agrégeant les montagnes de réservations du monde entier, il est possible d’émettre des recommandations de voyage pertinentes à l’ensemble de la communauté et d’apprendre des réponses à de telles sollicitations pour améliorer les algorithmes. 

Sur le plan sociétal, les aspects de protection de la sphère privée et du cadre légal applicable à de telles transactions mondialisées sont aussi primordiaux. Tout cela en faisant abstraction d’éventuelles intrusions d’hackers mal intentionnés...

Une même analyse peut être faite pour une entreprise du secteur industriel, pour laquelle la robotique et son intégration dans la chaîne de production de valeur sont essentielles.

Au travers de ces deux exemples, se dessine le programme de formation au numérique: seule une compréhension large de tous les ingrédients du numérique nous permettra de réussir la transition. Les spécialistes bénéficieront aussi de cette compréhension élargie, la tendance étant de plus en plus à une spécialisation pointue, dans un mode de travail très collaboratif.

Seule différence avec les révolutions industrielles précédentes: la vitesse de transformation. 

L’essor de l’automobile a pris plusieurs dizaines d’années, la transition numérique est en cours et se mesurera en années, s’accélérant au fur et à mesure de ses progrès. 

Il est donc urgent que les programmes de formation octroient la place qu’il mérite au numérique.

*Secrétaire général  DIGITALSWITZERLAND SUISSE ROMANDE






 
 
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