Les stratèges sondent les opportunités de fin de cycle du marché haussier

vendredi, 15.12.2017

Perspectives 2018. La prédilection quasi générale pour les actions, chères mais étayées par les bénéfices prévisionnels, se différencient surtout au niveau du stock-picking.

Piotr Kaczor

ANASTASSIOS FRANGULIDIS. Le chef stratège de Pictet AM préfère les actions: de la zone euro et du Japon, mais aussi de la Suisse.

Les investisseurs en actions ont tout lieu d’être satisfaits de l’année qui se termine avec un gain de plus de 19% enregistré jusqu’ici par l’indice SPI et même de plus de 30% (en monnaies locales) par l’indice des actions Monde MSCI. A la faveur d’une augmentation des résultats d’entreprises qui a dépassé les attentes les plus optimistes. Et d’une croissance économique mondiale qui s’est accélérée cette année en élargissant son assise géographique. Une évolution que peu de facteurs pour l’instant semblent perturber.

La reprise conjoncturelle date pourtant déjà de l’été 2009 aux Etats-Unis, anticipée depuis mars de la même année par les marchés d’actions de ce pays alors que l’indice SP 500 clôturait à 666 points, contre 2666 points hier jeudi. Une reprise certes perturbée sur le Vieux Continent par la crise de l’euro en 2010-11 et par le choc du franc en Suisse en 2015. Ce sont par conséquent des perspectives de marchés de fin de cycle qu’a présentées, jeudi à Zurich, Anastassios Frangulidis, le stratège en chef et responsable des Mandats mixtes de Pictet Asset Management à Zurich. Ce cycle conjoncturel est déjà le troisième le plus long de l’histoire des Etats-Unis a-t-il rappelé.

Obligations toujours moins attractives pour Pictet AM

Pour l’année prochaine, Pictet AM table encore sur une croissance mondiale à un niveau élevé de 3,4%. Alors que les banques centrales sont en passe de réduire leurs apports de liquidités aux marchés. Face à un secteur obligataire jugé toujours moins attractif, Pictet AM, à l’instar de la plupart de ses pairs voit les actions continuer à surperformer les obligations sur les douze prochains mois, avec des performances cependant moins flatteuses que cette année.

Comme d’autres maisons, Pictet AM affectionne les actions japonaises (portées par la politique monétaire, par une monnaie qui n’est pas surévaluée ainsi que par la bonne conjoncture mondiale, facteur non négligeable pour un marché nippon plutôt cyclique) et celles de la zone euro, moins chères que les actions américaines, mais aussi, à titre d’appoint, les actions suisses (pour leur profil défensif mais aussi bien exposé à la conjoncture globale, d’autant que le franc ne s’est pas raffermi).

Financières intéressantes

Un tiercé proposé par bien d’autres stratèges, ceux de Credit Suisse par exemple qui voient toutefois davantage de potentiel dans les actions émergentes que dans les actions européennes.

Anastassios Frangulidis juge en outre les valeurs financières intéressantes. Ce qui est le cas aussi de bon nombre d’autres stratèges. Même si l’exercice s’avère moins évident lorsqu’il s’agit de proposer des titres spécifiques dans ce secteur.

Stratège Global Markets pour l’Europe de JP Morgan AM, Vincent Juvyns, mise d’ailleurs lui plus particulièrement sur les banques, une opportunité induite par les réglementations bancaires, compte tenu de leurs fondamentaux maintenant solides, jugeant en outre particulièrement attractifs les surcroîts de rendements (spreads) des titres hybrides (coco) des banques européennes, comparables à ceux du high yield, ainsi qu’il le soulignait devant un parterre d’investisseurs mercredi à Zurich. En privilégiant, dans le cadre d’une allocation multi-actifs, lui aussi les actions nipponnes et européennes (mais marginalement) par rapport aux actions US. Et en surpondérant les actions émergentes (au sein desquelles il privilégie l’Asie et la Chine) bien exposées aux cycliques et à la croissance globale.

Dynamisme émergent pas épuisé

Managing Director du gérant d’actifs Carmignac, Didier Saint-Georges voit lui aussi les marchés émergents confirmer leur dynamique de ces deux dernières années. Après cinq ans de sous-performance boursière jusqu’en 2015, période pendant laquelle les interventions des banques centrales ont conféré au monde développé la préférence des investisseurs.

Dans le champ obligataire, Pictet AM attire l’attention sur l’intérêt que recèlent les obligations avec protection contre l’inflation. Le marché obligataire suisse n’est pas attrayant: les obligations US et émergentes sont jugées plus intéressantes.

Mais cet optimisme relatif doit composer avec certains risques. Par exemple ceux susceptibles d’être induits par la nouvelle direction de la FED si celle-ci se révèle «hawkish » (ndlr : l’inflation danger absolu). Ou, à l’inverse une hausse plus rapide de l’inflation qui déclencherait plus tôt une politique monétaire restrictive. Sans oublier les risques géopolitiques.

La réforme fiscale aux Etats-Unis comme idée d’investissement

Compte tenu de la convergence des prédilections d’investissements cette année pour 2018 – du moins si l’on s’en tient aux classes d’actifs courantes - nombre de stratèges proposent d’aborder l’année par des idées d’investissement thématiques ou ponctuelles. La banque de gestion privée liechtensteinoise VP Bank a quant à elle analysé l’impact de la réforme fiscale menée actuellement aux Etats-Unis pour identifier les valeurs susceptibles d’en profiter. Malgré la faible majorité obtenue au Sénat, la réforme fiscale de Donald Trump constitue une idée à ne pas négliger pour les responsables d’investissements de la banque. La prochaine étape, l’approbation par la Chambre des Représentants, ne devrait pas rencontrer d’obstacles majeurs à leurs yeux, car les deux projets de réformes recèlent un potentiel de compromis très élevé. Et ce sont avant tout les entreprises qui devraient en profiter selon Bernd Hartmann, le responsable Investment Research du groupe VP Bank et Harald Brandl, Stratège Senior Actions. Leur analyse repose de manière déterminante sur une réduction de l’impôt sur le bénéfice des entreprises de 35% à 20% et sur le rapatriement, aux Etats-Unis, des réserves de liquidités détenues à l’étranger.

Potentiel de 5% pour l’indice S&P500

Les auteurs ne manquent pas de souligner la complexité du projet législatif. Ils indiquent aussi que le niveau d’imposition réel des 500 entreprises de l’indice S&P s’est établi l’an dernier à 24,5%. Or une entrée en vigueur exhaustive de la réforme en 2018 aurait pour effet d’abaisser d’un point le multiple de bénéfices correspondant, soit, en d’autres termes, un potentiel de hausse de près de 5% pour l’indice. La réforme fait par conséquent souffler un vent favorable bienvenu sur les actions américaines. Mais les auteurs avertissent que la moitié de ce potentiel est déjà anticipé par les cours actuels. C’est par conséquent dans les titres invididuels que réside la quête de valeur (tableau ci-dessus). Aux Etats-Unis, les services financiers, la gestion de fortune et le transport constituent les secteurs soumis actuellement aux impôts les plus élevés. Dans le domaine industriel, les machines devraient de surcroît bénéficier des nouvelles règles d’amortissements. Le secteur de la consommation cyclique devrait profiter de surcroît du revenu disponible plus important laissé aux contribuables privés. Mais les entreprises étrangères qui réalisent une part élevée de leurs résultats aux Etats-Unis devraient également tirer profit de cette réforme. – (PK)






 
 

AGEFI



 
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