Libre-échange: pourquoi? comment?

vendredi, 08.12.2017

René Longet*

Le débat fait rage entre protectionnisme et libre échange. Pourtant chacun sait que si l’on veut exporter, l’on doit aussi admettre des importations. 

L’enjeu est de bien cadrer ces échanges, certains pays n’hésitant pas à organiser la sous-enchère en faisant d’une moindre protection sociale et environnementale un argument compétitif. 

Il y a donc besoin de se donner des outils pour intégrer dans les prix les externalités, soit les dommages infligés à autrui. Et ceci à l’échelle géographique la plus large.

Il convient aussi de ne pas faire exploser les transports, par définition énergivores, et de valoriser tout ce qu’on peut raisonnablement produire sur place, et donc les capacités de production locale. 

Les pratiques néo-coloniales de la Chine en Afrique

Sans prôner un quelconque repli sur soi, il est important de défendre la légitimité et la raison d’être d’une diversité de façons de faire propres à chaque région. Par exemple à travers les appellations d’origine protégées, qui ont fait leurs preuves en agriculture.

Parmi les puissantes émergentes, la Chine n’a visiblement pas autant de scrupules. Depuis des années, elle s’affirme avec des pratiques néo-coloniales en Afrique tout particulièrement, achetant terres, mines et infrastructures à son seul profit et amenant une importante main d’œuvre dans des pays qui connaissent un sous-emploi considérable. 

Les marchés locaux sont inondés de produits chinois bas de gamme à des prix imbattables, détruisant les capacités indigènes.

Après l’Afrique, l’Europe. Notre continent est directement visé à travers la «nouvelle route de la soie», mise en œuvre avec un vecteur des plus traditionnels, le chemin de fer, permettant d’aller droit au cœur des marchés du vieux continent.

 A noter que la route de la soie était historiquement contemporaine à l’édification de la grande muraille: peu d’espoir, donc, de relations équitables. Face à ce bras de fer global, qu’observe-t-on? Une Amérique dont les fanfaronnades agressives de Trump ne font que masquer une logique de retrait. 

L’émiettement des forces

L’ Europe est engluée dans son indécision, avec une opinion publique à qui les nationalistes de tout poil ont instillé une haine de l’émergence – pourtant salutaire – d’une nation européenne. 

Chacun des quelque 50 Etats du continent est fier d’affronter seul les défis du monde, alors que cet émiettement les réduit tous ensemble à l’impuissance. 

A ce rythme notre continent ne pèsera bientôt plus rien, et le rachat du port du Pirée par la Chine préfigure le sort commun. Voulons-nous perdre tous chacun pour soi, ou nous rassembler pour peser sur le destin du monde, et donc sur le notre?

*Expert en développement durable 



 

 
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