Climat: l’efficacité prime sur l’autoflagellation

vendredi, 08.12.2017

Dominique Rochat*

Après les beaux discours de la conférence sur le climat, place à l’action. Le Conseil fédéral a présenté le projet de révision de la politique climatique. C’est une occasion à ne pas manquer d’améliorer les points faibles de cette dernière, en particulier pour les entreprises.

Où en est la Suisse? Elle fait clairement partie des pays les plus ambitieux, en s’engageant à baisser les émissions de 20% d’ici 2020 et de 50% d’ici 2030, par rapport à 1990. L’effort demandé est substantiel, compte tenu d’une position de départ enviable. 

Nous sommes l’un des Etats qui émet le moins de gaz à effet de serre par franc de richesse produite. Quant aux émissions par habitant, elles se situent au-dessous de la moyenne mondiale. Pour donner un ordre de grandeur, un citoyen de l’UE émet en moyenne 8 tonnes de gaz à effet de serre par an et un Suisse moins de 6 tonnes. Ces dernières années, les émissions dues aux bâtiments et à l’industrie ont nettement baissé, alors que celles des transports ont augmenté.

Des objectifs difficiles 

Pourtant, la politique actuelle montre ses limites. Elle se focalise sur une baisse des émissions en Suisse seulement. Si le but est louable à première vue, il n’est pas optimal du point de vue climatique. Dans un pays déjà performant, progresser coûte de plus en plus cher et prend du temps. C’est notamment le constat dressé par la Confédération et le Canton de Vaud dans le domaine des bâtiments. 

Les objectifs y seront difficiles à atteindre, malgré des centaines de millions de subventions. Pour les entreprises, le problème est ailleurs. De mauvaises incitations empêchent de concrétiser pleinement les potentiels de réduction existants. Ainsi, seul un nombre minime d’entreprises - un millier actuellement - a le droit de prendre un engagement de réduction et se libérer ainsi de la taxe sur le CO2.

Trois mesures, largement soutenue par l’économie, permettraient d’optimiser notre politique climatique. Il s’agit en premier lieu de combiner de manière flexible des mesures en Suisse et à l’étranger pour atteindre l’objectif national. 

L’accord de Paris le permet et le Conseil fédéral le propose, mais avec des conditions trop rigides. Une telle politique permettrait d’obtenir davantage de réductions par franc investi. En second lieu, il faut permettre à toutes les entreprises qui le souhaitent de prendre un engagement de réduction des émissions. La mesure inciterait surtout les PME à faire le pas. Enfin, la taxe sur le CO2 maximale doit rester à 120.- fr. par tonne. Elle est déjà presque la plus chère du monde.

Pour la politique climatique, l’efficacité prime sur l’autoflagellation. Dans la révision de la loi sur le CO2, Il est prioritaire de prévoir des mesures qui incitent à agir là où les potentiels de réduction sont les plus élevés, tout en préservant la compétitivité des entreprises et le porte-monnaie des citoyens. Par des actions judicieuses, la Suisse peut apporter une contribution plus que proportionnelle à sa taille à la résolution d’un problème global.

*Responsable de projets Economiesuisse



 

 
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