Les entrepreneurs organisent trop tard leur succession

jeudi, 19.04.2018

Philippe G. Müller, Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO WM UBS

Pour un entrepreneur, propriétaire et dirigeant, transmettre l’œuvre de sa vie à la nouvelle génération est, sans doute, la tâche la plus délicate qui soit. Planifier la transmission d’une entreprise familiale suscitera toujours des émotions fortes. Or, étonnamment, les défis juridiques, financiers et fiscaux ne sont pas la préoccupation première de beaucoup de patrons.

Ces aspects ne sont pourtant pas à négliger et doivent être abordés tôt. En effet, pour un entrepreneur, planification de sa succession et de sa prévoyance doivent aller de pair. Or, l’enquête réalisée ce printemps par UBS auprès de 350 patrons d’entreprise, montre clairement que, trop souvent, la question du règlement de la succession n’est pas assez anticipée.

Une question d’âge

A la question de savoir quels facteurs les poussent à planifier leur succession à la tête de l’entreprise, une nette majorité des patrons répond que c’est avant tout une question d’âge. Ils ne commencent à organiser leur relève qu’environ dix ans avant l’échéance, c’est-à-dire autour de 55 ans.

D’autres facteurs – comme par exemple l’évolution du marché –sont étonnamment peu cités et cela peut justement devenir un problème. En effet, entre le moment où l’on commence à y penser et celui où la passation est effective, de longues années peuvent s’écouler. Souvent, la structure juridique de l’entreprise doit être modifiée, la fortune commerciale séparée des biens privés, le capital immobilisé «superflu» récupéré, en tenant compte également des aspects fiscaux.

Le contexte du marché

Enfin, le contexte de marché peut jouer un rôle important, surtout pour une revente à un tiers. Si, par exemple, un patron tout juste âgé de soixante ans décide d’aborder sa succession, le contexte peut être favorable, mais l’entreprise insuffisamment préparée à la vente. La conjoncture mondiale tourne à plein régime, les entreprises suisses voient leurs bénéfices remonter et les cours des actions sont élevés.

Avec un peu de chance, la reprise durera et la conjoncture restera encore favorable à une revente pendant un à deux ans.

Mais si le patron ne s’y prend pas à temps et que l’économie mondiale retombe en récession, cela pourrait compromettre non seulement la vente de l’entreprise, mais aussi toute sa prévoyance vieillesse.

L’un des résultats du sondage UBS a de quoi inquiéter: un tiers à peine des patrons interrogés qui prévoient de boucler leur succession dans moins de trois ans ont préparé leur entreprise de manière adéquate. Près de la moitié des propriétaires qui, pourtant, prévoient de céder leur entreprise dans trois ans ou moins, n’ont fait que penser vaguement à cette échéance.

Pour le bien commun

Il semble que beaucoup d’entrepreneurs préfèrent repousser aux calendes grecques la préparation de leur propre succession, un processus certes émouvant et rarement simple.

En revanche, il est réjouissant de voir à quel point les patrons d’entreprise s’engagent pour le bien commun dans le cadre de leur succession. Ainsi, bien souvent, ils accordent davantage de poids à la préservation des emplois ou au maintien de la philosophie originelle de l’entreprise, plutôt qu’à la maximisation du prix de vente.






 
 

AGEFI




 
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