Pour les vins suisses, le virage de l’AOC vers l’AOP est programmé

jeudi, 25.01.2018

Philippe Herminjard*

La Confédération a annoncé l’abandon en 2022 de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC) au profit de l’Appellation d’origine protégée (AOP). Pourquoi un tel changement?

L’Union européenne a adopté l’AOP et les indications géographiques en 2009 afin d’harmoniser les exigences de protection pour les vins et les autres produits agroalimentaires, dont la production, la transformation et l’élaboration sont réalisées dans une zone géographique déterminée, selon un savoir-faire reconnu et un cahier des charges particulier. 

En Suisse, on venait tout juste (c’était en 2008) d’adopter l’AOC en tant qu’appellation désignant le sommet de la pyramide qualitative des vins...

L’AOP est un signe de qualité grâce auquel l’identification des produits est garantie et attestée par un label. Les producteurs qui en bénéficient sont mieux protégés contre la fraude. Dans les pays de l’Union européenne, il est toujours possible de produire sous label AOC mais dans ce cas, la production ne bénéficie pas de la protection européenne.

La comptabilité des législations

De manière assez systématique, la Confédération reprend les dispositions européennes, ce qui contribue à la compatibilité des législations respectives et facilite les échanges commerciaux. Cependant, face au changement annoncé par l’autorité, les milieux viti-vinicoles suisses sont pour l’heure dubitatifs et peinent à en discerner l’intérêt. 

En effet, les règles d’élaboration d’une AOP figurent dans un cahier des charges détaillé et font l’objet de procédures de contrôle mises en œuvre par un organisme indépendant. Pour les producteurs, ces procédures signifient des contraintes, du travail et des contrôles supplémentaires. 

A l’inverse, du point de vue de l’autorité, il s’agit de se décharger de missions relevant de la seule responsabilité de la branche, de laisser celle-ci rédiger le cahier des charges de son AOP comme bon lui semble et de restreindre son intervention aux tâches de contrôle. 

Les interprofessions régionales peuvent ainsi s’organiser librement et déposer des requêtes pour l’obtention soit du signe AOP soit de celui d’Indication géographique protégée (IGP), ce qui laisse aux professionnels une certaine souplesse dans l’élaboration du profil souhaité. 

Les signes AOP/IGP jouissent d’une intéressante notoriété auprès des consommateurs. Ainsi, l’AOP attendue pour les vins permettrait de communiquer sur le niveau de qualité obtenu, de gagner des parts de marché et d’en retirer des bénéfices supplémentaires bienvenus sur un marché qu’on sait très concurrentiel.

On sait déjà que les milieux de défense des consommateurs ne combattront pas le virage à l’AOP pour les vins. Les producteurs risquent bien de se retrouver seuls face à l’autorité pour maintenir l’AOC. 

En organisant la résistance, les milieux vitivinicoles arriveront peut-être à retarder le passage à l’AOP mais il serait regrettable que, ce faisant, ils ne puissent pas être acteurs du changement et qu’ils ne saisissent pas l’occasion d’influencer le système qui risque fort de leur être imposé.

*Centre Patronal






 
 

AGEFI



 
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