Sheherazade, fille du Vizir et entrepreneur 4.0

vendredi, 19.01.2018

Marc Ehrlich*

Les contes des 1001 nuits nous ont tous fait rêver. Pour rappel, le roi Schahriar ayant été trompé par sa femme, se jure de faire mettre à mort chacune de ses prochaines épouses au matin de la nuit de noce afin de ne jamais revivre la même expérience. Sheherazade, fille du Vizir, se propose de prendre le risque de se marier avec le roi avec une idée disruptive en tête: son business model consiste à raconter chaque nuit un pitch qu’elle ne terminera que le lendemain

A tout instant, un manque d’innovation peut donc l’entraîner à la mort. La curiosité du roi l’empêchera jour après jour de faire exécuter Sheherazade. Cette manière de procéder serait parfaitement en ligne avec le concept d’entrepreneur Schumpétérien.

Aloïs Schumpeter (1883 - 1950) est un fervent admirateur des entrepreneurs, qu’il place au centre de son dispositif théorique en raison de leur apport en innovation et progrès technique. 

L’entrepreneur est celui qui amène des idées et qui prend des risques. Il constate que les innovations arrivent par grappes et qu’elles entraînent un processus de «destruction créatrice». 

Grâce à l’innovation, l’entrepreneur détruit les modèles et les routines du passé. Il brise les cycles d’équilibre des modèles économiques statiques (prix, quantités, produits). 

L’innovation est son seul moyen de survivre face à la concurrence. L’innovation peut se manifester sous la forme d’un nouveau produit, d’un nouveau procédé ou d’une nouvelle organisation.

Schumpeter influencera profondément un autre chercheur, Peter Drucker (1909 -2005), dont il était un ami proche du père. Drucker inventera pratiquement à lui tout seul la notion de consultant d’entreprise. Selon la Harward Business Review, il est encore aujourd’hui considéré comme le «pape du management». Il pense que l’entrepreneuriat est appelé à vivre un développement extraordinaire dans le futur; il est l’inventeur de la formule célèbre «entrepreneur de soi-même», dont il en donne d’ailleurs les clés: il faut avant tout consacrer du temps et de l’énergie à connaître ses propres forces et faiblesses. 

Comme le démontre Sheherazade, la satisfaction du client est selon lui la finalité de l’entreprise. Or, une entreprise dont les produits remportent de trop grands succès peut détourner l’attention portée sur les changements de goût ou manquer des opportunités sur la durée. 

La recherche du profit n’est toutefois pas une fin en soi. Au contraire, l’entrepreneur crée pour des raisons impératives, il veut développer son propre royaume. Drucker a également beaucoup réfléchi à la notion de travail en équipe et surtout la mise en place rapide d’une équipe managériale très tôt dans la vie d’une entreprise. Sheherazade, qui a vraisemblablement dû rapidement s’entourer d’un dreamteam de rédaction efficace dans son fablab, aura certainement pensé à tous ces points pour atteindre le scale up. Cela lui permettra de traverser sa death valley indemne, le roi ayant finalement décidé d’être son business angel exclusif sans aucune limite de durée!

*CEO Vipa






 
 

AGEFI




 
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