Ce que l’Union européenne peut apprendre de la Suisse

lundi, 22.05.2017

L’accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse peut servir de modèle à L’UE dans ces négociations après le Brexit.

Oliver Adler* Lucia Waldner**

Les opinions des économistes à l’égard de l’évolution à court terme de l’économie chinoise divergent beaucoup moins qu’il y a encore six à douze mois, lorsque les pessimistes envisageaient un atterrissage brutal de celle-ci dans un avenir proche.

Dans l’intervalle, les données conjoncturelles se sont améliorées et, de l’avis général, la croissance s’est stabilisée.

Néanmoins, il est incontestable que le système financier chinois souffre actuellement de grands déséquilibres. C’est pourquoi le récent renforcement des contrôles des flux de capitaux ne rencontre qu’une critique modérée, même en Occident, car il permet d’éviter que ces déséquilibres ne déclenchent une crise monétaire et financière. La Chine se montre cependant confiante dans le fait qu’elle va bientôt parvenir à sortir de ces problèmes et que les restrictions pourront alors être assouplies. La convertibilité du renminbi reste l’objectif à long terme.

L’hypothèse selon laquelle la Chine possède toujours un potentiel de croissance considérable n’est pas dénuée de fondement. Elle est peut-être plus réaliste que les pessimistes ne le pensent étant donné que quelque 300 millions de travailleurs supplémentaires devraient quitter les campagnes ces prochaines années pour s’établir en ville et y exercer une activité plus productive. Et le fait que 800 millions de Chinois utilisent déjà Internet pour effectuer des transactions concrètes témoigne également de l’extraordinaire dynamisme économique du pays.

Une croissance économique durable requiert de solides partenaires commerciaux. Toutefois, le Brexit à venir pourrait affaiblir le poids géopolitique de l’UE et, partant, son pouvoir de négociation. La Chine saura-t-elle exploiter cette situation?

La réponse reste ouverte pour l’instant car, tant sur le plan économique que politique, l’empire du Milieu privilégie une Union européenne solide et craint les récentes tendances à la fragmentation. Du point de vue économique, une Europe intégrée lui permet de réaliser des économies d’échelle, tandis que la fragmentation génère des coûts. Si le pire devait survenir, à savoir la disparition de l’euro, les actifs étrangers de la Chine et sa croissance en seraient considérablement affectés.

Son intérêt pour la stabilité et l’intégrité de l’Europe n’empêche absolument pas la Chine de conclure des accords spécifiques avec certains pays ou groupes de pays tant que cela présente un intérêt économique pour elle et ne porte pas atteinte à la cohésion de l’Union. Avec l’initiative 16+1, la Chine entend renforcer la coopération avec les États d’Europe centrale et orientale, mais surtout améliorer l’accès physique à l’ensemble de l’Espace économique européen.

La Chine appliquera le même principe si elle devait engager, après le Brexit, des négociations sur un accord de libre-échange avec la Grande-Bretagne: elle ne voudra pas qu’un tel accord compromette ses relations économiques avec l’UE. Cela devrait limiter les possibilités des Britanniques d’obtenir un meilleur accès aux marchés chinois, du moins tant que les relations du Royaume-Uni avec l’UE ne seront pas définitivement définies en ce qui concerne le commerce de biens et de services.

L’accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse sert-il de modèle à d’autres accords, y compris avec l’UE? Cet accord a été signé en 2013 et est en vigueur depuis 2014 déjà. La réponse à cette question n’est pas simple. La structure de production et les nets avantages de l’économie helvétique (p. ex. dans le domaine de l’industrie pharmaceutique ou des montres de luxe) par rapport au tissu économique chinois, très différent, ont permis à la Suisse de conclure plus facilement un tel accord. Il lui a donc été également plus aisé de reconnaître le statut de la Chine en tant qu’économie nationale fondée sur un marché, de réduire rapidement le niveau déjà bas de ses taxes douanières et, parallèlement, d’octroyer à la Chine des périodes de transition plus longues pour l’abaissement de ses propres droits de douane.

Il en va de même pour les autres petites économies spécialisées comme la Nouvelle-Zélande et l’Islande, qui ont également conclu des accords de libre-échange avec la Chine. En revanche, l’économie nettement plus diversifiée de (l’ensemble de) l’UE, dans laquelle certains secteurs sont en concurrence directe avec la Chine, complique l’élaboration d’un accord.

Le succès de la Suisse dans ses négociations avec la Chine semble néanmoins être le résultat d’une stratégie de longue haleine, fondée sur la construction progressive de la confiance entre les deux partenaires. Étant donné les grandes différences historiques et culturelles entre la Chine et l’Occident, ainsi que les divergences qui en résultent, cette façon de procéder pourrait également être une piste envisageable pour l’UE.
* Chef économiste de Credit Suisse (Suisse) SA

** Lucia Waldner responsable du CS Research Institute.






 
 

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