Le repli sur soi n’est pas une solution

vendredi, 19.05.2017

Vingt-cinq prix Nobel en économie ont mis en évidence la dangerosité des politiques protectionnistes.

Olivier Sandoz*

«A travers le monde, bien au-delà de l’élection de Donald Trump et du vote en faveur du Brexit, une lame de fond populiste se nourrit des problèmes et inquiétudes réels, promet un changement dramatique, se moque de l’avis des experts, symboles des élites mondialisées, et se trouve des boucs émissaires: l’étranger, la finance, le commerce international, le système…». Ainsi commence une récente tribune dans le journal Le Point du prix Nobel d’économie Jean Tirole qui y montrait très précisément la dangerosité du programme de Marine Le Pen.

En France, et heureusement, un président d’ouverture a été élu. Il n’empêche: les populismes d’extrême droite et d’extrême gauche progressent dangereusement. Emmanuel Macron a une obligation de réussite durant son quinquennat. A défaut de quoi, le Front national et ses alliés pourraient se retrouver au pouvoir. Avec toutes les conséquences désastreuses mises en évidence notamment par le prix Nobel précité.

Il est vrai que le repli sur soi, cette façon d’être aussi ouvert au monde qu’un hérisson en boule est manifestement une tendance, que l’on observe aussi malheureusement en Suisse. La mondialisation étant souvent désignée comme la grande responsable de tous nos maux. C’est oublier un peu vite que selon la banque mondiale, l’extrême pauvreté a été réduite de 44% en 1981 à moins de 10% aujourd’hui. En 2011, Steven Pinker, professeur de psychologie à Harvard a publié The Better Angels of Our Nature. Il y a groupé les statistiques sur les génocides, les guerres, les homicides ou les violences domestiques. Sa conclusion: grâce à la raison, à la mondialisation ou à la féminisation, la violence n’a cessé de baisser au cours de l’histoire. Récemment, l’historien de l’économie Johan Norberg dans Progress: Ten Reasons to Look Forward to the Future étend le travail de Pinker à tous les domaines de la vie. Chiffres à l’appui, il démontre que l’humanité n’a jamais été plus riche, en bonne santé, libre, tolérante et éduquée. 

Le mois dernier, vingt-cinq prix Nobel en économie ont signé une lettre collective pour dénoncer les effets nocifs d’un repli sur soi et mettre en évidence la dangerosité des politiques protectionnistes prônées par certains. Ce fort consensus est à souligner au vu de la grande diversité des points de vue de ces économistes de renom. Malheureusement, et comme le relève Jean Tirole, l’avis des experts est souvent moqué. Il n’y a qu’à voir le mépris affiché par l’ASIN, l’UDC et tous ceux qui prônent la résiliation de l’accord sur l’accord sur la libre circulation, face aux nombreuses et très sérieuses études qui montrent les bienfaits de ce dernier pour la Suisse.

Marine le Pen, parmi d’autres, prétend que les frontières protègent les emplois. Mauvaise foi ou méconnaissance profonde des réalités? Probablement un peu des deux. L’enjeu aujourd’hui n’est pas là. Il est dans les progrès technologiques. Que peut faire une frontière contre le progrès technologique? Rien. Heureusement. Faut-il rappeler que l’on assiste actuellement à des relocalisations? Adidas en raison notamment de la hausse de la main-d’œuvre en Chine, a par exemple décidé de produire à nouveau en Allemagne. 

Mais dans des usines presque entièrement robotisées. C’est donc bien là que réside l’enjeu: la digitalisation, l’intelligence artificielle, la robolution (néologisme créé à partir des mots «robot» et «révolution». La peur, le repli sur soi permettront-ils d’y faire face? Assurément pas. Ne cédons pas aux sornettes de marchands d’illusions.

*FER Genève



 

 
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