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L’inanité de la politique extérieure de l’UE

vendredi, 21.04.2017

2/2. L’aide au développement (à coups de goupillon) est un échec retentissant depuis des décennies

Jean-Daniel Clavel Clavel Consulting

La situation en Afrique est l’une des autres faillites de l’UE. Le fardeau des conditions-cadres de l’économie mondiale ne peut être passé sous silence, comme le remarque le prix Nobel d’économie Angus Deaton: le cadre opérationnel de l’économie mondiale est toujours dictée par les pays industrialisés et les multinationales, et entrave fortement les possibilités de développement des nations les plus pauvres. Dans cet ordre d’idées, la politique économique et commerciale de l’UE à l’égard du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest en particulier, qui s’apparente à une forme de colonisation, est directement responsable de l’augmentation de l’immigration de masse vers le continent européen. L’accord EURO-MED de 1995 (Conférence de Barcelone, 28-29 novembre 1995) ne créa pas des conditions de développement équitables des deux côtés de la Méditerranée, et handicape depuis 20 ans aussi bien l’industrie que l’agriculture maghrébine et africaine. La cellule de prospective de l’OCDE a mis plus d’une fois le doigt sur cette question sensible - sans résultat. La politique de certaines banques européennes constitue également un frein au développement des PME dans les PVD et pousse indiscutablement à l’émigration.

Par ailleurs, l’apologie irréfléchie de la libre concurrence  entrave directement le développement socio-économique des économies africaines. La globalisation des relations industrielles et commerciales offre aux grandes sociétés une panoplie d’instruments pour développer librement des avantages comparatifs exclusifs qui leur permettent d’intervenir en dehors des sentiers battus des législations traditionnelles, des avantages qui échappent largement aux PME. Ainsi, l’apologie de la concurrence prônée comme la panacée du libéralisme économique n’a pas que des côtés positifs.

Enfin, l’aide au développement est un cuisant échec: depuis des décennies, elle est très largement influencée par les pouvoirs en place dans les PVD, par les grands groupes économiques et par le fonctionnariat des pays donateurs et des ONG. Par ailleurs, la distribution de l’aide au développement à des dizaines de pays, à coups de goupillon, est d’emblée vouée à l’échec. Ceci d’autant plus que le soutien à la création et à la gestion de PME, y compris le développement de chaînes logistiques et de chaînes de valeur efficaces pour la promotion des exportations - éléments fondamentaux de tout développement économique - ne fait pas partie des priorités essentielles des politiques d’aide au développement des pays européens.

Il est impératif de développer une véritable réflexion systémique sur le processus de globalisation et la libéralisation des échanges pour repenser sa gestion:

D’abord la coopération internationale doit se préparer à une industrialisation appropriée des PVD pour donner à ces pays la possibilité de pouvoir participer à la production de biens et services - pours leurs propres besoins et pour l’exportation, et évidemment pour le développement de leur emploi: les PVD ne sont pas des «self service ou cash and carry».

Ensuite les gouvernements occidentaux doivent se pencher sur la problématique du poids des grands groupes multinationaux sur les échanges et les politiques industrielles au Nord comme au Sud. Les propos provocateurs d’un trader indépendant de Londres - «C’est Goldman Sachs qui dirige le monde, pas les gouvernements» - illustrent parfaitement la situation dans laquelle les gouvernements se sont laissés embarquer au cours des dernières décennies de négociations multilatérales; Dans la mesure où toute réforme efficace de la coopération internationale passe par une réorientation des relations économiques, industrielles et commerciales, l’OMC ne peut plus être la pierre angulaire de la coopération internationale et arrive en fin de course. La multiplication des ACR dans le cadre de l’OMC montre la nécessité pour de nombreux pays, non seulement de réduire encore les obstacles techniques au commerce, mais aussi de contrôler les répercussions de la libre concurrence sur leur propre marché et de veiller au développement de leur propre appareil productif; Enfin, l’impact du transport international et de la concentration des processus de production sur le réchauffement climatique ne peut être négligé: les contraintes écologiques vont progressivement jouer un rôle déterminant dans l’élaboration des chaînes logistiques. Cette dimension des échanges plaide pour le renforcement de l’approche multipolaire.

La coopération internationale doit débuter avec quelques pays avec les gouvernements desquels une coordination politique, économique et sociale efficace (développement des PME et de l’emploi, lutte contre la corruption, la fraude commerciale et l’évasion fiscale) peut être mise en place, qui promet de conduire à des résultats concrets; elle doit également  se concentrer sur quelques secteurs et projets porteurs susceptibles de générer rapidement des résultats très positifs pour motiver les acteurs locaux, en particulier la jeunesse. En bref, elle doit servir d’exemple et motiver d’autres pays, au Nord comme au Sud à s’engager dans une nouvelle forme de coopération économique internationale.



 



 
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