Produits structurés ou dérives structurées?

jeudi, 06.04.2017

Notre monde, qui devrait être basé exclusivement sur la seule logique des réalités financières, se perd en triturations mathématiques et comptables.

Christian Pire*

En 1891, le commandant Lyautey, devenu Maréchal de France, écrivait dans la discrétion l’article «Du rôle social de l’officier dans le service militaire universel». Si quantité de réactions furent négatives, il n’en demeure pas moins que peu de temps après, les graines de la lucidité du changement impératif germaient et devenaient une référence.

Et si nous, «financiers», nous nous perdions en toute lucidité? Comment ne pas se poser cette question quand notre monde, qui devrait être basé exclusivement sur la seule logique des réalités financières, se perd en triturations mathématiques et comptables sous les fonds dits structurés?

Ce produit «financier» n’étant plus une résultante financière d’une gestion, mais un «leurre» pour vendre des commissions issues de triturations qui en bout de chaîne n’ont plus aucune logique de responsabilités sociétales ni financières

Vous en doutez? Imaginez que nous en sommes arrivés dans le cas où certains des produits financiers (dits structurés) ne sont plus que des «prestidigitations» comptables avec pour seule réalité financière le fait, qu’ils peuvent être paramétrés mathématiquement pour rapporter plus de commissions à la chaîne de montage et à la vente, que ce qu’il rapporte aux clients dans le meilleur des cas. Ah la magie des mathématiques! Ainsi l’on a pu «structurer» et «amalgamer», via des dérives de techniques comptables et financières, l’évolution de différents sous-jacent (parfois des plus étonnants) dans la fabrication de produits financiers dits, à juste titre, «structurés». «Structurés» puisqu’ils ne sont structurés que sur des dérives comptables et financières et non plus en fonction de la gestion financière de réalités.

Quel avenir si l’ensemble des professionnels ne se distingue pas du passé et du présent de cette fumisterie financière? Vous doutez du bien-fondé de cette question?

Quel comportement aura le client lorsqu’il va comprendre (via la presse ou non) que ses analyses de patrimoine et sa gestion de fortune étaient faussées? Que le produit d’investissement qu’ils achetaient ne correspondaient pas à ce qui lui avait été présenté réellement et qu’ils échangeaient du cash contre des chiffres comptables n’ayant plus aucune réalité financière, etc.  À votre avis, la recherche des responsabilités lors du prochain krach fera-t-elle l’impasse de toutes ces évidences?

Que désirons-nous? Être de vrais conseillers financiers responsables ou des «financiers vendeurs d’errements comptables» à la cécité professionnelle et humaine des plus flagrantes?

Ai-je été dur et sans aucun respect? Dans le journal français Les Echos du 30 mars 2017, un article de Mme Sophie Rolland titre «Entre robots et humains, BlackRock a choisi». Premier extrait de cet article: «BlackRock tire les conséquences de la mauvaise performance de sa gestion active. Le géant mondial de» l’asset management «, qui profite par ailleurs à plein de l’essor des fonds indiciels (ETF), a subi des retraits de capitaux de près de 20 milliards d’euros sur ses fonds les plus traditionnels en 2016»

Deuxième extrait: «Et plusieurs dizaines de fonds jusque-là entre les mains de vrais gérants seront transformés en stratégies d’investissement quantitatives basées sur des algorithmes.»

Vous noterez qu’il est fait mention de «vrais gérants» et qu’il y a donc bien, non de faux gérants mais de fausses gestions.

Fausses gestions qui bien qu’algorithmiques  n’en sont pas moins présentées comme financières et rémunérées comme telles.

Cette réalité énoncée, le moment ne serait-il pas venu pour nous professionnels financiers de choisir entre continuer de promouvoir la fausse gestion des produits et logiques comptabilo/financières plus que limite, ou revenir aux vrais rapports humains et à la seule vraie réalité de le gestion financière, à savoir: la gestion quotidienne des titres par achats/ventes matérialisant des réalités financières?

S’il est vrai que les mathématiques sont un des langages de l’univers, il en est un autre qui doit rester dans tous les cas le langage principal à savoir le langage «Humain» du libre-arbitre et plus précisément de notre libre-arbitre.

Actuellement, notre seul libre-arbitre consiste-t-il à choisir notre «up front» dans la structuration d’un produit financier virtuel consistant parfois à enfermer les clients dans un couloir de gain déterminé et de perte indéterminée? Si «trop» de performance le produit est racheté, si trop de perte le client prend la perte. Elle est pas belle la vie!  Et cela continuerait d’être vendu par des professionnels qui ont des obligations de loyauté, de compétence et de connaissances...

Certes, comme beaucoup de professionnels, j’ai été intéressé par ce type de produit jusqu’à comprendre que j’étais en train de me faire avoir par un leurre non-professionnel... Même si ce leurre professionnel était monté juridiquement pour que le client ne puisse pas agir du fait des informations simplistes communiquées sur les conditions de gain et de perte. Cela dit, je ne suis pas certain que les précautions prises soient exemptes de tous risques juridiques pour les revendeurs.

Et si notre avenir professionnel face à aux excès de l’informatisation était désormais délimité par notre acceptation ou non à la commercialisation de ce type de produit?

Et si nous prenions exemple sur le maréchal Lyautey en nous posant la question «Du rôle social du conseiller financier dans la finance au service de son client, de l’Humanité et au-delà de ce que nous laisserons à nos enfants».

* Socioecopofi,

agence de cotation IHR



 

 
agefi_2017-04-06_jeu_02


 
...