Gestion active ou passive: le pour et le contre

mercredi, 05.04.2017

La meilleure stratégie pour un investisseur serait un mix pour générer de la performance.

Marie Owens Thomsen

Depuis la crise de 2008, la tendance générale des régulateurs des marchés financiers a été, avec raison, de protéger les consommateurs de services financiers. En Europe, le travail se poursuit avec l’introduction d’une nouvelle version de MIFID – la directive Marchés d’instruments financiers qui sera appliquée dans l’Union européenne à partir du 3 janvier 2018.

Les régulateurs s’intéressent également à l’offre de produits de gestion d’investissement, et au sujet de la capacité d’une gestion «active» de générer un retour sur investissement supérieur ou non à la performance générée par une gestion «passive». Dans une gestion active le gérant de portefeuille exerce une influence sur la stratégie, tandis que la gestion passive  ne cherche qu’à répliquer un indice boursier, obligataire, ou autre.

Le régulateur anglais, le Financial Conduct Authority (FCA; Novembre 2016) a étudié 15 fournisseurs de 722 fonds et tire la conclusion que, parmi cette sélection, la gestion active n’a pas réussi à surperformer la gestion passive. La FCA souhaite promouvoir  le principe que «les gérants de fonds sont tenus pour responsables de la manière dont  ils délivrent de la valeur» par rapport aux frais facturés. 

Il est difficile d’être en désaccord avec cette ambition. La question se pose pourtant de savoir si le régulateur doit favoriser un instrument plutôt qu’un autre, comme les pour et les contre de chaque type de gestion sont multiples, et très sensibles à l’échantillon étudié, la période étudiée, et aux conditions structurelles et transitoires des marchés. 

Par exemple, Lewis Aaron de Fund Consultants (6 mars 2017) découvre que basé sur une sélection de gestionnaires actifs dans la catégorie «investment trust» en Angleterre et 1500 ETFs (Exchange Traded Funds), la gestion active génère plus de performance que la gestion passive dans neuf des dix profils d’investissement identifiés. 

La catégorie dans laquelle les deux  études concluent que la gestion active est le plus en retrait par rapport à une gestion passive est celle des grandes capitalisations boursières américaines. Etant donné qu’il s’agit du segment le plus développé du marché financier mondial, on peut penser que la performance très similaire délivrée par les deux types de gestion témoigne d’un marché efficace et très concurrencé. Dans d’autres segments, tels que les petites et moyennes capitalisations, ou les marchés émergents, il est possible que les gérants actifs arrivent à exploiter des inefficacités de marché et donc à battre l’investissement indiciel. 

Outre l’influence de la structure du marché sur lequel on investit, l’environnement contextuel influence, bien sûr, la performance de toute gestion. 

Acheter un ETF sur un indice quelconque est une stratégie «long only», une exposition non-sélective au marché en question. Cette stratégie sera gagnante quand tout le marché monte, mais elle n’offre aucune protection à la baisse.

Une telle stratégie ne sera pas gagnante non plus quand un segment de l’indice monte et d’autres baissent, comme par exemple dans les phases de rotation sectorielle sur les marchés boursiers. Dans ces cas-là, l’indice peut faire du sur-place, voir baisser, tandis que certains titres de l’indices flambent. 

Avec une gestion active, le gérant peut anticiper l’environnement et ajuster le portefeuille en conséquence. Du coup, une gestion active devrait logiquement surperformer dans ces conditions de marché, et également d’avantage protéger le client à la baisse grâce à la capacité octroyée au gérant pour moduler l’exposition. 

Cette discussion révèle l’importance de connaître les composants de l’indice choisi. Par exemple, des indices obligataires de crédit américain peuvent inclure environ 10% d’émetteurs dans le secteur de l’énergie. Cela mettait une pression sensible sur toute gestion obligataire pendant la période de baisse du prix de pétrole en 2014-2015 durant laquelle un grand nombre de producteurs américains ont fait faillite. 

Côté boursier, le secteur de l’énergie du S&P 500 a perdu 25% en 2015. L’investisseur indiciel est donc protégé de tout manque de savoir-faire potentiel de la part du gérant de portefeuille mais il est pleinement exposé à sa propre éventuelle ignorance. 

Il peut ne pas se rendre compte que son indice comprend une exposition importante à un secteur en particulier, ou à un pays particulier, qu’il serait peut être judicieux d’éviter.

Ainsi, en fonction de l’indice, l’investissement indiciel ne permet pas toujours la diversification qui est pourtant l’avantage majeur de ce type d’investissement pour l’investisseur moyen. 

La meilleure stratégie pour l’investisseur serait un mix entre gestion active et passive, afin de conserver quelques cordes à son arc susceptibles de générer de la performance dans chaque type de marché. 

La meilleure stratégie pour le régulateur serait de promouvoir un terrain neutre sur le marché financier, et de prendre en compte également le risque systémique que peut représenter une concentration d’investissement dans un petit nombre d’ETFs.

Global Head of Economic Research Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



 
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