Un peu de répit pour la BNS

mardi, 21.03.2017

L’affaiblissement du franc est sans doute dû au changement de point de vue de la BCE et aux signaux de la Fed.

Philippe G. Müller*

Les temps changent bien vite. Il y a deux semaines encore, cette chronique décrivait combien les incertitudes liées à l’élection présidentielle en France mettaient le franc sous pression. Depuis début février, la Banque nationale suisse (BNS) a dû intervenir sur le marché des devises à hauteur de 23 milliards de francs afin de maintenir le franc au-dessus de la ligne imaginaire de 1,0630 environ par rapport à l’euro. Elle a ainsi encore gonflé son bilan qui dépasse entre-temps le seuil des 110% du PIB suisse.

Or le mouvement s’est inversé: vendredi 3 mars passé, le taux de change EUR/CHF est reparti à la hausse. La semaine qui a suivi, le franc s’est affaibli par rapport à l’euro jusqu’à atteindre un niveau bien supérieur à 1,07, frôlant même 1,08. La situation politique en France ne peut être à l’origine de cette évolution, car le contexte n’a guère changé en ce qui concerne le premier tour let le deuxième tour. Marine Le Pen devrait arriver en tête au premier tour, mais les sondages la donnent perdante au deuxième tour face à son probable adversaire Emmanuel Macron. Toutefois, comme l’ont enseigné le Brexit et les élections américaines, les sondages politiques doivent être pris avec la plus grande prudence et c’est pourquoi les incertitudes concernant la France restent importantes.

Mais ce sont plutôt les récents communiqués de la Réserve fédérale américaine (Fed), et de la Banque centrale européenne (BCE) qui ont offert à la BNS une pause bienvenue et lui permettent de souffler un peu. La Fed a indiqué qu’elle pourrait tout à fait, après l’augmentation de cette semaine, relever ses intérêts deux fois de plus cette année, comme le pensent la plupart des économistes. Les récents chiffres du marché de l’emploi américain, qui indiquent toujours une forte croissance de l’emploi et une pression accrue sur les salaires, confortent cette analyse. Des hausses d’intérêts plus rapides de la part de la Fed signalent une croissance solide de l’économie américaine, mais aussi une progression de l’économie mondiale dans son ensemble. En outre, elles sont une condition nécessaire pour que les autres grands instituts d’émission puissent normaliser leur politique monétaire parfois encore extrêmement accommodante.

Le président de la BCE, Mario Draghi, a effectivement laissé entendre de manière sibylline lors de sa dernière conférence de presse que son institut envisageait de mettre graduellement fin à son programme d’achat d’obligations. Les achats toujours considérables d’obligations d’Etat européennes pèsent sur le niveau des intérêts en Europe et mettent ainsi régulièrement en difficulté la BNS.  Selon Mario Draghi, la BCE considère que le risque d’une nouvelle faiblesse conjoncturelle et surtout d’une déflation durable est largement conjuré. Le besoin de mesures extraordinaires n’est donc plus aussi pressant qu’il y a quelque temps encore. Si ces déclarations ne constituent pas encore un signal clair annonçant la fin prochaine des achats d’obligations («tapering»), elles révèlent toutefois un changement de l’état d’esprit au sein du conseil de la BCE.

Ce changement d’orientation de la BCE et les signaux de la Fed devraient soulager quelque peu le franc. Le Chief Investment Office d’UBS pense toutefois que le franc ne recommencera à s’affaiblir qu’après l’élection présidentielle en France. En attendant, la BNS pourra se réjouir de chaque moment de répit où elle n’aura pas à intervenir sur le marché des devises pour cinq milliards de francs ou plus par semaine.

* Économiste responsable

pour la Suisse romande,

Chief Investment Office d’UBS



 

 
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