Les courants de l’économie politique

lundi, 16.01.2017

L’écologie politique s’inscrit dans le cadre des huit grands systèmes politico-économiques mais peut prendre des formes différentes.

Thierry Brugvin*

Si l’électeur ou le militant écologiste ne veut pas être ballotté sans boussole et qu’il ne veut pas se perdre dans les méandres de l’idéologie écologiste, il doit éviter de voyager sans une carte globale. Sinon, sa réflexion sera déterminée sans qu’il en ait conscience par ces grandes structures plus ou moins cachées qui déterminent l’idéologie écologiste et décroissante. Ces courants s’inscrivent dans le cadre plus large des 8 principaux courants des politiques économiques, qui se différencient surtout autour des principes de liberté politique opposé à l’ordre politique et de liberté économique opposée à  l’inégalité économique.

Le terme écologie vient du grec oikos (maison, habitat) et logos (discours): c’est la science de la maison, de l’habitat. Il a été créé par un biologiste Ernst Haeckel, dont certaines de ces idées étaient assez proches de l’idéologie nazie, notamment celles du darwinisme social et de la supériorité de la race blanche européenne.

Haeckel définissait l’écologie comme la «la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence». Ce qui ne fait pas de tous les écologistes des partisans du fascisme, comme certains confusionnistes, qui se disent d’ailleurs anticonfusionnistes voudraient parfois le laisser entendre.

L’écologie se divise entre l’écologie environnementaliste et l’écologie politique. Mais cette dernière recoupe en partie la première. L’écologie environnementaliste peut-être uniquement scientifique ou plus militante, telle WWF. Cette dernière tendance, représente le courant le plus large, car il englobe l’ensemble de l’écologie. L’écologie environnementaliste militante et scientifique concerne la protection de l’environnement contre les pollutions (chimiques, pesticides, biodiversité, espèce en voie de disparition…).

Le sous-groupe plus restreint concerne les écologistes qui luttent contre le péril climatique et entend donc réduire l’empreinte carbone, qui représente une sous partie de l’empreinte écologique. Un sous-groupe plus restreint des décroissants concerne ceux qui cherchent à limiter la consommation des ressources non renouvelables, mise en évidence notamment par l’empreinte écologique. Ainsi, les décroissants défendent aussi en la protection de l’environnement et le climat, mais pas uniquement.

Les décroissants et les objecteurs de croissance représentent un sous-groupe de l’écologie politique. Cependant, l’idéologie de la décroissance est plus large que celle de l’écologie environnementaliste, puisqu’elle concerne aussi les modes de vie, donc plus directement la dimension sociologique, anthropologique et économique. Par exemple, pour un gouvernement, prôner une politique de décroissance de la consommation cibler sur les plus riches s’avère différent de légiférer pour créer une simple norme de protection de l’environnement.

L’idéologie de la décroissance implique des prises de décisions individuelles et collectives, donc une dimension de démocratie politique, mais aussi économique, en particulier lorsqu’elle critique les excès de la production et de la consommation. Les courants de la décroissance suivent les différentes luttes de courants politiques, à l’instar des courants écologistes.

Une partie plus étroite encore défend en même temps, la justice sociale, il s’agit de la décroissance solidaire. Elle consiste à décider volontairement d’une décroissance de la production et de la consommation des ressources non renouvelables prioritairement, s’exerçant d’abord sur les plus riches.

Les plus pauvres disposant du droit légitime de croître jusqu’à satisfaire leurs besoins essentiels, puis de continuer jusqu’au niveau de l’empreinte écologique soutenable, voir plus en fonction des choix politiques. En effet, une décroissance sans politique sociale de redistribution des richesses conduit à une décroissance néolibérale, dans laquelle les plus pauvres décroissent, tandis que les plus riches conservent leurs capacités de consommation, en conservant la capacité à s’acheter les ressources non renouvelables, même lorsque leurs prix augmentent fortement.

Les décroissants sans doute les moins nombreux estiment qu’une décroissance sans une socialisation autogestionnaire des moyens de production conduit à faire perdurer le capitalisme sous une forme antiproductiviste. Les périodes de récession économique telle celle ayant débuté en 2008, relève d’une récession du capitalisme, donc pas d’une décroissance qui supposerait un choix volontaire. Or, dans un système capitaliste, le pouvoir des propriétaires des entreprises reste dominant vis-à-vis de l’Etat et des travailleurs.

Il y a donc différents sous groupes parmi les décroissants, la décroissance pour l’environnement (décroissance environnementale), la décroissance pour la climat (décroissance climatique), décroissance contre la fin des ressources non renouvelables, la décroissance pour la justice sociale et la décroissance anti-capitaliste, la décroissance écosocialiste, la décroissance écocommuniste. Vers le centre, il y a la décroissance anarcho-primitiviste. Vers la droite, vers le capitalisme libéral, il y a la décroissance capitaliste néolibérale. A l’extrême droite, la décroissance anarcho-capitaliste, (libertarienne = la liberté économique et politique) et la décroissance écofasciste (l’ordre politique, social et la liberté économique).

Par souci de simplification et de clarté les cercles sont concentriques, mais pour mieux correspondre à la réalité, ils devraient en plus être légèrement décalés, car tous les écologistes et qui plus est tous les décroissants ne s’intéressent pas forcément à tous les aspects de la protection de l’environnement, telle la défense de certains oiseaux menacés. Voici une autre représentation qui montre mieux les espaces de convergences, mais qui présentent moins de sous tendances.

Les gouvernements peuvent se différencier autour de trois principes en opposition complémentaire: l’égalité, la liberté (donc l’inégalité) et l’ordre (non liberté et non-égalité) et de deux axes: économique et politique (démocratique). Ce qui forme 4 pôles:

  • L’égalité économique contre la liberté économique (inégalité),
  • L’ordre politique (décisionnel) contre la liberté politique.

Autour de ces 4 pôles se développent 8 systèmes politico-économiques possibles:

  • Autoritarisme capitaliste (fasciste) contre autoritarisme communisme (égalitariste),
  • Anarcho-capitalisme contre anarchisme solidariste utopique,
  • Fédéralisme social contre confédéralisme libéral,
  • Démocratie solidaire d’État contre démocratie libérale d’État.

Ainsi, chaque personne, association, courant, ou partis va se positionner volontairement ou inconsciemment entre ces différents pôles dans un premier temps. Ensuite, ils vont y ajouter les 8 grandes orientations de l’économie politique, à nouveau de manière volontaire ou non. La droite se différencie de la gauche principalement par une faible redistribution économique. Cette dernière figure, parmi la principale des multiples caractéristiques de la droite, avec la propriété privée individuelle (ou non complètement collective) des moyens de production (c’est-à-dire la caractéristique principale du capitalisme).

Ainsi, au plan écologique une politique de droite (capitaliste) peut prendre 4 formes principales:

  • Une écologie politique de droite modérée (libéralisme modéré):
  • Un capitalisme écologique libéral d’État, donc une liberté économique et relative liberté politique);
  • Un capitalisme écologique libéral confédéral, donc, une liberté économique et grande liberté politique);

Une écologie d’extrême droite qui peut être:

  • Un capitalisme ultralibéral  (anarcho-capitalisme, libertarisme), donc une liberté économique très forte et une forte ou totale liberté politique (de l’État minimal à l’absence d’État);
  • Un écofascisme (une écologie capitaliste autoritaire), donc une liberté économique et une autorité politique forte.

Une écologie politique écologique (de gauche) peut prendre 4 formes principales:

  • Une écologie confédéralisme solidaire (socialiste ou communiste), donc une égalité économique et liberté politique très forte;
  • Une écologie démocrate solidaire d’État, donc une égalité économique et liberté politique relative;
  • Une écologie solidariste centralisée (communisme autoritaire d’État), donc  une égalité économique et ordre collectif;
  • Une écologie anarchisme solidaire utopiste (car il n’est pas possible de parvenir à atteindre l’égalité sans un gouvernement permettant d’égaliser les normes sociales), donc une égalité économique et liberté politique totale (absence de gouvernement central). Le courant écologiste qui s’en rapproche le plus est l’anarcho-primitivisme (consistant à revenir à la vie de chasseur - cueilleur), mais la dimension de redistribution économique est généralement absente.

La décroissance, puisqu’elle est une des tendances de l’écologie peut suivre une de ces 8 orientations de politique économique. Cependant, dans la pratique les décroissants de droite, du centre et gauche, se situent généralement entre l’économie verte (du capitalisme libéral) pour la droite et les écosocialistes et écocommunistes libertaires fédéralistes pour la gauche, telle l’écologie sociale.

La majorité des décroissants se situe entre centre de ces deux pôles, c’est-à-dire à gauche, (la social-démocratie écologiste d’Etat), mais pas dans la gauche radical, donc proche des Verts. Enfin, une minorité est anarcho - primitiviste, donc prône le retour à la vie paléolithique!

* Enseignant-chercheur en sociologie






 
 

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