Brexit: les enjeux sont avant tout politiques

mardi, 26.04.2016

Le débat a récemment pris de l’ampleur avec l’entrée en jeu de l’Allemagne, de la France et des Etats-Unis.

Jean-Daniel Clavel*

Jean-Daniel Clavel

Les milieux financiers et bancaires britanniques et européens se sont les premiers exprimés contre le Brexit; l’argument essentiel est que la Grande-Bretagne subirait de graves pertes économiques et financières et pourrait entrer en récession. Encore faudrait-il pouvoir quantifier ces pertes, préciser leur durée et, surtout, évaluer les retombées négatives pour l’Union Européenne elle-même.

Récemment, la bataille contre le Brexit a pris de l’ampleur avec l’entrée en jeu de l’Allemagne, de la France et des Etats-Unis, entre autres, qui soutiennent le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne. En fait, on ne peut guère attendre autre chose de la part des membres de l’Union Européenne et de l’OTAN.

L’enjeu essentiel du Brexit est politique – pour tous les acteurs. Les raisons sont nombreuses, voici les principales.

D’abord, le Brexit consacrerait l’échec politique de l’Union Européenne pour l’ensemble de la communauté internationale, avec des répercussions mondiales, abstraction faite du départ éventuel d’autres pays dans la foulée. L’Union Européenne a en effet failli sur plusieurs plans: la politique étrangère et de défense, la politique industrielle, la politique sociale, entre autres; le seul secteur dans lequel elle a excellé est la bureaucratie. Ainsi, au plan politique l’Union Européenne a beaucoup plus à perdre que la Grande-Bretagne.

Ensuite, l’Allemagne, qui tente de prendre en mains les rênes de l’Union Européenne, est contre le Brexit, car son influence sur l’avenir du continent européen serait réduite, en particulier face aux grands acteurs internationaux que sont la Russie, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde.

En outre, la France est contre le Brexit, car elle a besoin de la Grande-Bretagne pour contrebalancer le poids grandissant de l’Allemagne.

Et pour les Etats-Unis, de plus en plus préoccupés par l’avenir du bassin du Pacifique [1], l’Union Européenne est à la fois un partenaire politique et économique et, surtout, un rempart contre les pressions pouvant venir de la Russie ou du Proche- et Moyen-Orient. Ainsi, pour Washington, l’idéal est une Union Européenne alliée militaire, active au plan politique sur le continent européen; le fait que l’Union Européenne reste empêtrée dans ses difficultés économiques intérieures et avance cahin-caha reste secondaire pour Washington. Et naturellement, Londres est en quelque sorte l’œil et l’oreille de Washington à Bruxelles.

Enfin, la Russie et la Chine sont par contre plutôt favorables au Brexit, car il consacrerait l’échec de l’Union Européenne et entamerait le prestige dont elle jouit encore en dehors du continent européen: pour beaucoup de peuples contraints par des régimes peu démocratiques, Schengen et la libre circulation des personnes constituent un idéal à rechercher – pour les dictatures un épouvantail à détruire.

L’Afrique sub-saharienne reste, d’une manière générale, assez indifférente face au débat sur le Brexit: l’UE n’a rien apporté au continent africain, la coopération technique des pays européens est restée sans effet sur le développement des économies nationales. Le terrain africain est essentiellement occupé par la Chine, même si les Etats-Unis commencent à s’intéresser de plus près à l’avenir du continent.

* Clavel Consulting

[1] La création d’îles artificielles par la Chine autour des îles Spratley, dans le Sud

de la Mer de Chine, illustre

les enjeux stratégiques majeurs des décennies à venir.






 
 

AGEFI



 
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