Quand le crowdfunding aide à financer le domaine culturel

mercredi, 23.03.2016

Il importe que les plateformes intensifient leur collaboration à la fois avec les pouvoirs publics et les fondations privées.

Henri Schwamm*

Pro Helvetia et l’Office fédéral de la culture ont chargé l’Institut d’études financières IFZ de l’Université de Lucerne d’analyser l’impact du crowdfunding (financement participatif) dans le domaine culturel. C’est la première étude de ce genre. Quelle est et quelle sera la fonction du crowdfunding culturel à côté des fondations privées et des institutions publiques? Exercera-t-il une influence positive ou négative sur la diversité culturelle dans ce pays?

Méthodologiquement, l’étude est construite sur trois piliers: une enquête auprès des plateformes de crowdfunding dans le segment, une série d’interviews des représentant(e)s des institutions de promotion de la culture et une analyse statistique des campagnes lancées entre 2012 et 2015 en faveur de projets culturels sur la plus grande plateforme suisse spécialisée, wemakeit.ch. L’analyse a pu être réalisée parce que cette plateforme a mis l’ensemble des données concernant les projets entre 2012 et 2015 à la disposition de l’Institut IFZ, à titre scientifique et de façon anonyme.

Aujourd’hui déjà, le crowdfunding représente une source de financement significative pour des projets culturels. En 2014, 4 à 4,5 millions de francs ont été réunis en Suisse à cette fin. Une grande partie de cette somme (3,4 millions de francs) a bénéficié à trois catégories d’activités: «musique, concerts, festivals», «films et vidéos», «arts plastiques, dessins et peintures». La somme en cause peut paraître modeste, mais par rapport au nombre de campagnes de financement réussies, l’action du crowdfunding est néanmoins appréciable. 216 projets dans le domaine «musique, concerts, festivals» ont été financés avec succès en 2014. On notera qu’en matière culturelle, le crowdfunding ne joue qu’un rôle complémentaire à côté des sources financières privées existantes et des institutions culturelles publiques. Au total, le crowdfunding aura permis en 2015 de financer quelque 550 projets culturels. L’apport financier moyen de ce mode de financement se monte à 7076 francs, chiffre hétérogène dépendant fortement de la spécialité culturelle.

Le crowdfunding présente également l’avantage pour les bénéficiaires de pouvoir s’en servir à des fins de marketing. En lançant des campagnes de qualité, il attire l’attention d’autres donateurs potentiels, est en mesure de bâtir des réseaux et peut dialoguer avec des milieux favorables à sa cause.

Le crowdfunding fonctionne bien dans les régions urbaines d’où sont originaires les trois quarts des projets; les distances géographiques entre les donateurs et les bénéficiaires sont étonnamment réduites. La moyenne s’établit à 11 km dans les régions urbaines. Les projets sont pour ainsi dire tous fortement ancrés localement. Ce qui est pour le moins paradoxal à l’ère d’Internet.

56 donateurs suffisent en moyenne pour assurer le succès d’une campagne de crowdfunding. Ce qui explique qu’à côté des projets culturels «mainstream» s’appuyant sur une large base de soutien, les thèmes de niche ont également leur chance. De même que les «newcomers» qui ne connaissent pas bien les modes de fonctionnement des promoteurs culturels (fondations notamment) et qui n’ont pas un bilan avantageux à leur présenter.

Toutes les campagnes de crowdfunding ne sont pas couronnées de succès. L’Institut IFZ estime que 82% des campagnes ratées obtiennent moins de 30% du financement requis. 50% des projets qui se soldent par un échec n’ont pas été capables de réunir 10% de la somme souhaitée. Les premiers jours de la campagne sont essentiels pour son succès. Les campagnes qui, après un tiers du temps imparti, ont déjà récolté 40% du montant visé aboutissent à raison de 98,8% de tous les cas.

Conclusions: le crowdfunding culturel connaît des débuts prometteurs. Pour progresser, il importe que les plateformes intensifient leur collaboration à la fois avec les pouvoirs publics et les fondations privées. Les projets culturels suisses y gagneront en importance et en visibilité.

* Université de Genève






 
 

AGEFI



 
...