Le crowdlending suisse s’anime

jeudi, 12.11.2015

La règle qui limite à 20 le nombre de prêteurs par crédit est difficilement compatible avec le P2P lending.

Henri Schwamm*

Henri Schwamm

Le crowdlending n’a été pendant longtemps accessible en Suisse qu’aux emprunteurs privés. Depuis 2008, la plateforme Cashare leur propose des crédits à la consommation. Les PME ont également la possibilité en Suisse d’accéder à ces crédits par le truchement du crowdfunding. Dans le IFZ Retail Banking Blog de l’Université de Lucerne du 9 novembre, Andreas Dietrich, professeur d’économie financière, décortique le phénomène.

De toutes les formes de crowdfunding, le crowdlending (appelé aussi P2P lending) a le plus augmenté en Suisse en 2014 par rapport à l’année précédente. Son volume est passé de 1,8 million à 3,5 millions de francs, ce qui correspond presque à un doublement. Les demandes de crédit, passées de 116 à 214, ont toutes été financées avec succès. Le volume de crédit moyen a atteint 16.200 francs en 2014. À la fin de l’année dernière, la moyenne du crowdlending et le crédit classique à la consommation se valaient à peu près. Ce qui n’est pas surprenant puisque jusqu’en mars de cette année le crowdlending n’était accessible en Suisse qu’aux personnes privées.

Depuis fin juillet de cette année, les trois plateformes suisses Cashare, CreditGate24 et miteinander erfolgreich.ch de la Banque cantonale de Bâle-Campagne offrent ce service aussi aux PME. Les PME en question doivent exister depuis au moins trois ans et emprunter entre 20.000 et 100.000 francs. La fixation des taux d’intérêt s’opère par un processus de vente aux enchères. À dessein, la Banque cantonale de Bâle-Campagne ne décide pas d’un rating de crédit (évaluation). Pour un déposant de fonds, le montant d’investissement minimal est de 5.000 francs. Jusqu’ici, seul un crédit de 70.000 francs a été annoncé, mais il n’a pas été financé (les offres n’ont pas dépassé les 25.000 francs).

Depuis le 31 août 2015, les PME inscrites au Registre du commerce, existant depuis au moins deux ans et dont le chiffre d’affaires dépasse les 100.000 francs, peuvent solliciter des crédits de la part de la plateforme Cashare. Celle-ci autorise les prêteurs à communiquer avec les emprunteurs. Elle met un rating comportant 5 catégories à la disposition de ses prêteurs. Le 21 octobre dernier, elle a pour la première fois entièrement financé un crédit à une PME. Elle a pu réunir 12.000 francs. Taux d’intérêt moyen: 6,4%. Un autre crédit, d’un montant de 100.000 francs, a été financé le 4 novembre. Taux d’intérêt moyen: 9,8%. Actuellement, quatre nouveaux crédits pour PME d’un montant de 310.000 francs sont annoncés sur la plateforme. Un crédit de plus de 200.000 francs a déjà été financé.

Des crédits pour PME sont également accessibles sur CreditGate24 depuis mars 2015. À partir du premier trimestre 2016 sont prévus des prêts non garantis d’un montant maximal de 120.000 francs. Aucune limite n’est fixée pour les prêts garantis. Dans le marché des PME, CreditGate24 fait la différence entre trois classes de rating comportant chacune cinq sous-groupes. La plateforme ne pratique pas la vente aux enchères, mais fixe elle-même le taux d’intérêt. Pour réduire le risque quand le crédit fait défaut, CreditGate24 a introduit une mutualisation des risques par une clause de solidarité. L’investisseur individuel bénéfice ainsi d’une meilleure diversification des risques, sans devoir investir dans des douzaines de projets de crédit. Le système ne fonctionne naturellement que si plusieurs crédits dans la même catégorie ont déjà été financés. Pour ce qui est de la légalité du modèle, les avis divergent. Huit crédits à des PME d’un montant équivalant en gros à 300.000 francs ont déjà été octroyés.

En raison du faible taux d’échec et d’un rendement comparativement élevé, le crowdlending peut être considéré comme un intéressant nouveau mode de placement. Il est vrai qu’en Suisse, dans les années passées, le nombre de prêteurs potentiels a augmenté beaucoup plus que celui des emprunteurs. Il est logique que le crowdlending ne se limite pas aux crédits de consommation pour personnes privées mais englobe également les crédits aux PME. Cette forme de crowdfunding jouit d’une grande popularité dans des pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. En sera-t-il de même en Suisse? L’avenir le dira.

Pour sa part, Andreas Dietrich pense qu’au moins à moyen terme la majorité des PME suisses continueront de se financer à travers les crédits bancaires classiques. Mais il prédit une réelle chance au crowdlending en tant que financement complémentaire et niche. Le succès dépendra aussi des conditions cadres réglementaires locales. La règle qui limite à 20 le nombre de prêteurs par crédit est difficilement compatible avec le P2P lending. Elle freine le développement du marché, surtout si des montants plus élevés de crédit devaient être financés. Il importe d’autre part que les plateformes disposent d’un bon rating-tool, capable de juger correctement les demandes des PME (variables selon leur taille et leur branche) de manière autant que possible entièrement automatisée. Au total, le crowdlending représente pour les plateformes en question une authentique chance de croissance.

* Université de Genève



 

 
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