Plaidoyer pour un Secrétariat d’Etat à la société numérique

mardi, 06.01.2015

Une telle fonction permettrait d’encadrer cette nouvelle révolution industrielle, la stimuler, et lui donner un sens.

Fathi Derder*

Une révolution industrielle est en cours. Une nouvelle économie émerge, une économie dite «collaborative», reposant sur la numérisation du monde et l’échange massif d’informations. Que ce soit dans les médias, les transports, l’hôtellerie, ou la finance, les Google, Uber, Airbnb ou autres entreprises de crowdfunding entraînent un changement radical de notre système économique. Ces bouleversements provoquent une légère panique dans les milieux politiques, qui ne comprennent pas très bien les enjeux et l’ampleur de la révolution en cours. Or en général, quand il ne comprend pas, le politique réagit mal: à l’image de l’Etat de Genève dans l’affaire Uber, il interdit. Alors même que les changements vont dans le sens du progrès et du développement durable. Il est temps que cela change.

En outre, nous parlons de «nouvelle économie», mais le sujet dépasse largement le simple aspect économique. Aujourd’hui, mon frigo, ma pharmacie et ma voiture «parlent» de moi. Mieux: ils parlent pour moi. Cela soulève des questions complexes, notamment en matière de protection des données et de vie privée. A qui parle mon frigo? Qui va gérer mes données personnelles? Qui va les contrôler? A qui appartiennent-elles? Bref, nous entrons dans une nouvelle ère économique et sociale, à certains égards angoissante (car nouvelle), mais extrêmement enthousiasmante. Il faut donc réglementer, oui, encadrer, aussi, mais il ne faut surtout pas interdire, car ces nouveaux outils développent une meilleure connaissance des besoins réels, et une meilleure conscience des enjeux. Grâce à eux, nous consommerons à l’avenir mieux, plus intelligemment, durablement. Mais cette situation inconnue nécessite de nouvelles règles, et de nouvelles lois, notamment en matière de protection des données. Et cet environnement, de plus en plus complexe, ne supportera ni l’ignorance, ni le protectionnisme, ni le conservatisme.

La classe politique doit ainsi mieux comprendre la révolution en cours. On le voit, les questions numériques concernent tous les domaines. Elles sont transversales. Or, les outils existants ne permettent pas cette transversalité, notamment au niveau du Conseil fédéral. Il faut repenser l’organisation de l’appareil étatique, et doter le législateur d’une vision d’ensemble des enjeux, tant au niveau du développement économique, que du progrès social, ou de la protection des données.

Nous avons interpellé le Conseil fédéral à ce sujet. La réponse est attendue dans les jours qui viennent. Mais il nous paraît clair qu’une nouvelle organisation s’impose. Des nouveaux outils doivent être mis en place: il est difficilement pensable que personne, au niveau exécutif, n’ait une vision d’ensemble des enjeux de la société numérique. Un homme ou une femme, au sommet de l’Etat, doit cerner la question, les opportunités, et les dangers. Un secrétaire d’Etat à la société numérique, comme il en existe dans de nombreux Etats voisins. On peut d’ailleurs observer, au niveau de l’Union européenne, que le poste de commissaire à la société numérique devient, petit à petit, plus important que celui consacré aux questions strictement économiques…

Changer l’organisation gouvernementale est une mission compliquée, en Suisse. Au vu des enjeux, c’est pourtant une nécessité. La question doit être soulevée. Un secrétariat d’Etat aux questions numériques doit permettre d’encourager les entrepreneurs innovants, sans pénaliser les citoyens et l’économie en place. Encadrer cette nouvelle révolution industrielle, la stimuler, et lui donner un sens. En résumé: instaurer un climat de confiance. Le jeu en vaut la chandelle.

* Conseiller national, Le Réseau



 



 
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