Les fausses promesses sur l’or

vendredi, 14.11.2014

La stabilité monétaire et la prospérité de la Suisse seraient remises en question par l’initiative soumise au vote le 30 novembre prochain.

Noyée entre des objets cruciaux qui occupent le devant de la scène, elle passe quasi inaperçue. Discrète, mais pas anodine pour autant. Elle, c’est l’initiative Sauvez l’or de la Suisse, qui sera soumise à votation le 30 novembre prochain. Un texte plus dangereux qu’il n’y parait et qui ne fait l’objet de quasi aucune campagne d’information.

Dans les faits, l’initiative – lancée par l’UDC – demande que la Suisse détienne au minimum 20% de ses actifs en or et qu’il soit inaliénable, c’est-à-dire qu’il ne peut être vendu. Enfin, il ne peut être détenu qu’en Suisse. Concrètement, ce texte remet fondamentalement en question la politique monétaire de notre pays, entrée en vigueur en même temps que la nouvelle Constitution fédérale. Depuis 2002, le lien entre franc suisse et or a en effet été dissous, octroyant à la Banque nationale suisse (BNS) une plus grande flexibilité dans la fixation de sa politique monétaire. Cette gestion moderne et indépendante a permis notamment à notre pays de limiter les dégâts, lors de la dévaluation de l’euro. C’est en effet en intervenant massivement sur le marché des changes et en fixant un taux plancher à 1,20 franc suisses pour 1 euro que la Suisse a pu contenir les effets dévastateurs que la baisse de l’euro aurait inéluctablement eu sur une économie exportatrice, mais aussi sur le marché domestique, par effet boomerang.

Si l’initiative était acceptée, une telle politique ne serait plus possible. Notre pays aurait dû acheter massivement de l’or sur une période restreinte (cinq ans), pour atteindre l’exigence minimale de 20% d’actifs en or. Une telle opération aurait eu un coût conséquent, estimé à plus de 60 milliards de francs, restreignant d’autant la marge de manœuvre de notre banque centrale pour intervenir sur le marché des changes. Dans la mesure où la BNS aurait encore eu de quoi racheter des devises en suffisance, elle aurait ainsi augmenté son capital... et se serait vue obligée d’acheter à nouveau de l’or pour respecter ce minima de 20%. Une politique lourde, chère, inefficace et contreproductive.

La très forte restriction de la capacité d’action de la BNS n’est pas le seul défaut de l’initiative, même s’il est en soit déjà rédhibitoire. Car celle-ci se fonde sur un leurre: celui de croire que l’or est une valeur extrêmement stable. Son cours a en effet fortement fluctué ces dernières années, amorçant une remontée depuis 2005 pour atteindre un pic fin 2011 et redescendre fortement depuis. Et comme la valeur de l’or est aujourd’hui décroissante, cela signifie que sa valeur au bilan décroît également. Avec l’initiative, il faudrait donc en racheter, pour compenser cette baisse et se maintenir au niveau du plancher de 20% des actifs en or. Qui plus est, quand bien même l’or serait une valeur refuge, à quoi nous servirait-il d’en avoir plein nos coffres si nous ne pouvons le vendre lorsque cela s’avère nécessaire? On peine vraiment à comprendre comment les initiants peuvent considérer leur texte comme favorable à l’indépendance de la BNS, alors qu’elle la contraint à une politique absurde et lui ôte toute souplesse pour adapter rapidement sa politique à l’évolution économique.

Le système actuel a fait ses preuves. La Constitution indique qu’une part des réserves monétaires de notre banque centrale doit être constituée en or. Fort judicieusement, elle laisse à la BNS et aux professionnels qui la gèrent l’appréciation du volume à constituer. Tout aussi intelligemment, elle diversifie les lieux de stockage, en en conservant une petite partie sur d’autres marchés. Une politique pragmatique et efficace, qui ne serait plus possible avec cette initiative, aux accents nostalgiques, qui s’inspire d’un système qui n’a plus cours depuis des décennies. Contrairement à ce que prétendent les initiants, la stabilité monétaire et la prospérité de notre pays seraient remises en question par ce texte. De leur côté, Confédération et cantons pâtiraient également de ce système, puisque les bénéfices de la BNS diminueraient, l’or ne rapportant aucun intérêt. En voulant sauver l’or, c’est en fait notre pays que l’on plomberait.    

Stéphanie Ruegsegger

FER Genève






 
 

AGEFI



 
...