L’affaiblissement ciblé de la sphère privée

mercredi, 28.05.2014

Secret bancaire. C’est inquiétant de voir ce principe fondamental s’effilocher à une vitesse très accélérée.

PIERRE-GABRIEL BIERI*

On peut à bon droit être inquiet en constatant la rapidité avec laquelle s’effiloche le principe du secret bancaire. Alors que le Conseil fédéral a décidé que la Suisse se rallierait à la nouvelle «norme mondiale» de l’OCDE en matière d’échange automatique de renseignements fiscaux – système que ce même Conseil fédéral jugeait encore inadmissible il y a quelques années – et donc que les données relatives aux clients étrangers des banques helvétiques ne seraient dorénavant plus protégées, une partie du monde politique suisse évoque déjà ouvertement une suppression équivalente du secret bancaire pour les résidents et citoyens suisses. La conseillère fédérale Widmer-Schlumpf réfute aujourd’hui cette idée… mais qu’en sera-t-il dans six mois? On voit déjà certains ministres cantonaux se frotter les mains à l’idée de mettre la main sur les «milliards» supposés de l’évasion fiscale. Que certains Etats confrontés à des caisses vides et à des dépenses non maîtrisées cherchent à «faire les poches» de leurs contribuables, c’est encore compréhensible. Mais qu’un pays riche et prospère comme la Suisse - qui ne ressent même plus le besoin d’investir dans sa défense militaire! - agisse de même, voilà qui est singulier. On peut y voir une volonté délibérée d’affaiblir la protection de la sphère privée des individus, de la part d’un Etat qui ne se sent plus tenu de respecter les «bonnes pratiques» qui avaient cours jusqu’ici: les citoyens sont de moins en moins bien protégés par l’Etat, mais aussi de moins en moins bien protégés face à l’Etat. Si cette évolution se poursuit, la Suisse restera-t-elle un pays où il fait bon vivre?

Ce qui est remarquable, c’est que cet affaiblissement ne se manifeste pas avec la même intensité dans tous les domaines. La mise à disposition des données les plus anodines est aujourd’hui soumise à une législation sévère. Personne ne remet en question le secret médical. Les avocats veillent à ce que les droits des criminels face à la police et à la justice soient scrupuleusement respectés. Seules les informations relatives aux soldes et aux mouvements des comptes bancaires semblent moins dignes de protection face à la curiosité des pouvoirs publics… Si l’on refuse à la police le droit de perquisitionner sans mandat, mais qu’on autorise le fisc à consulter vos revenus et vos dépenses, est-ce à dire qu’il est plus grave de cacher de l’argent que des armes ou de la drogue?

On devine ainsi que le débat qui s’amorce sur le secret bancaire des citoyens helvétiques est motivé non seulement par la voracité naturelle du fisc, mais aussi par l’idéologie de gauche qui considère a priori comme illégitime toute richesse restant en mains privées. La «justice sociale» exige que l’Etat connaisse tout ce que vous possédez afin de pouvoir en écrêter le superflu. Vous pouvez cacher beaucoup de choses à l’Etat, mais pas votre argent.

Les partis bourgeois approuveront-ils mollement cette conception, ou la combattront-ils en défendant avec conviction le secret bancaire?

* Centre patronal






 
 

AGEFI



 
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