Que devons-nous craindre d’une normalisation du peg?

lundi, 14.04.2014

La détermination de la BCE de ne pas baisser ses taux et celle de la BNS de maintenir le cours plancher face à l’euro semblent inamovibles.

Xavier Pannatier*

La situation sur le marché des devises peut laisser songeur. Sur le dernier semestre écoulé, les devises de nos principaux partenaires économiques, l’euro et le dollar, ont multiplié les faux départs. Le dollars est passé de 0,9050 en septembre 2013 à moins de 0,8900 à fin mars 2014, avec même un creux à 0,87 en date du 13 mars. Alors que nous pouvions encore croire à l’inversion de tendance avec un pic à 0,9250 le 7 novembre. Concernant l’euro, le parcours est identique. Par deux fois, cette monnaie s’est appréciée jusqu’à tutoyer les 1,2400. Mais alors que les optimistes et spéculateurs imaginaient déjà revoir les 1,3000, la réalité revenait au galop. Et depuis mi-janvier, la devise européenne s’est à nouveau graduellement effritée pour revenir à 1,2200 à fin mars, avec un point bas qui atteignit les 1.2100 le 3 mars.

Dans ce même laps de temps, la BNS a rappelé à maintes occasions sa capacité et surtout sa détermination à acheter des devises pour soutenir le peg. De son côté, la BCE ne cesse de répéter que sa mission première est de veiller à la stabilité des prix; et donc à maintenir l’inflation en dessous de 2%. Or, celle-ci était de 1,3% en 2013; et les anticipations à 2 ans de la BCE, qui n’étaient que de 1,5% en mars 2014, ne justifie pas une augmentation de son taux directeur. Rappelons- nous également que la décision prise le 13 juillet 2011 sous la direction de Jean-Claude Trichet, ancien président de l’institut d’émission monétaire, avait été reçu avec un scepticisme très prononcé. Pour beaucoup, cette décision était trop prématurée et affaiblirait une reprise économique encore fragile. C’est d’ailleurs directement après son élection le 9 novembre 2011 que Mario Draghi, nouveau président et encore en fonction à ce jour, avait décidé d’abaisser le taux directeur. Dès lors que tant la détermination de la BCE que celle de la BNS apparaissent indéniables, il nous reste à évaluer les interactions entre leurs décisions.

Afin de lutter contre le renchérissement de notre monnaie et éviter des scénarios déflationnistes, la banque sise à Zurich a décidé le 3 août 2011 de baisser la marge de fluctuation du Libor à 3 mois CHF entre 0% et 0,25%. Les effets étant insuffisants et les marchés anticipant une dégradation au sein de la zone euro; elle a donc introduit le peg le 6 septembre 2011. Depuis cette date, elle s’engage donc à racheter toutes les transactions contre euro à 1,2000 pour empêcher notre monnaie de s’apprécier. Depuis lors, le stock d’euros de la BNS a doublé et les réserves de devises ont cru de 2,25 fois. Après cette date, Francfort a baissé par 5 fois ses taux pour remédier à ses perspectives économiques. Implicitement, cela annihile tout avantage de détenir de l’euro.

Sur les deux années écoulées, les taux directeurs sont désormais identiques et le différentiel d’inflation qui implique une perte de valeur de l’argent, était pour 2013 en défaveur du franc suisse avec 3,2% de différence. Cet écart ressort au premier trimestre 2014 à 1,6%. Les prévisions à l’horizon 2016 laissent suggérer qu’il se réduirait à 0,5%.

Pour notre part, le rapprochement des deux éléments de notre analyse, taux d’intérêts et différentiel d’inflation, nous laisse penser que le change actuel entre les deux monnaies est approprié. Nous relevons que la situation a été très bien gérée par notre institut monétaire. Par ailleurs, la situation reste confortable pour autant que l’inflation en Suisse demeure inférieure à celle de l’euro zone. Le cas échéant, la position de la BNS deviendrait très compliquée. En effet, cela la mettrait dans le choix d’une hausse de taux avant la BCE ce qui renforcerait l’attrait du franc et donc l’obligerait à augmenter drastiquement ses achats d’euro ou de renoncer au peg. Non pas par échec mais bien par le fait d’accepter la nouvelle réelle valeur de notre devise. En conséquence, nous nous attendons à une stabilité de l’EUR/CHF pour l’année en cours.

* Financière Mermod, Lausanne






 
 

AGEFI



 
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