Les conséquences minimes des sanctions économiques

jeudi, 03.04.2014

Les mesures de rétorsion prises par les Européens et les Américains sont encore légères. Mais ça pourrait évoluer.

GAGIK SARGSYAN*

Tout le mois de mars a été accompagné par des annonces successives des listes de sanctions par l’Union Européenne et les Etats-Unis. Après une période de calme, deux questions méritent d’être posées: quel est le bilan de ces sanctions et comment vont-elles évoluer à court terme?

Les sanctions (aussi bien européennes qu’américaines) ont dans leur ensemble impliqué des mesures individuelles contre un certain nombre de PEPs russes (personnes politiquement exposées). Tout en évitant le scénario extrême de sanctions lourdes contre l’économie du pays. Sans entrer dans les détails de ces listes, il faut noter qu’à quelques exceptions près les sujets de ces sanctions ont été des PEPs de second plan dans l’establishment russe. Les hommes d’affaires russes n’ont pas été concernés par ces fameuses listes européennes. Contrairement à la liste américaine qui a retenu cinq personnalités du monde des affaires considérés comme proche  de Vladimir Poutine. A savoir: Genady Timchenko, les frères Arkady et Boris Rotenberg, Yuri Kovalchuk ainsi que le dirigeant du géant étatique des chemins de fers russes (RJD) Vladimir Yakunin.

Même si la portée de ces listes de sanctions a été limitée (impliquant seulement quelques dizaines de PEPs et une banque russe), son impact sur la clientèle russe des banques suisses est nettement plus large. En effet, plusieurs grands établissements bancaires suisses ont repris leurs opérations russes à peu près normalement, après une légère panique et un ralentissement des acceptations de nouveaux clients russes (surtout des PEPs de tout bord). Parallèlement et dans la plupart des cas a débuté un vaste travail d’analyse, d’audit et de «délimitation» de l’exposition de ces nouveaux clients aux entreprises et personnes sanctionnées figurant sur les listes. Ceci est d’autant plus compréhensible avec la prise en compte du principe de précaution du Trésor américain selon lequel toute transaction avec une entité détenue au moins à 50% par une personnalité sanctionnée doit être mûrement réfléchie. Un processus qui va entrainer une redéfinition de la tolérance du risque par pays et de l’appétit pour le risque concernant les nouveaux clients. Aussi bien pour la banque privée que pour le négoce et le financement des matières premières.

En ce qui concerne la Russie, même si l’impact direct de ces sanctions est minimal pour l’instant, cette situation a eu comme effet une détérioration de la note souveraine russe par S&P et Fitch tout en générant une accélération de la fuite des capitaux. Cette dernière devrait s’élever à 60 milliards de dollars rien que pour le premier trimestre de l’année, soit autant que pour l’ensemble de l’an passé. En outre, les conditions d’opération des sociétés russes dans les marchés financiers ainsi que la perception du risque politique parmi les investisseurs étrangers sont bien évidemment détériorées.

La direction des décisions politiques s’oriente-t-elle vers une généralisation des sanctions économiques? Pas vraiment, du moins pour l’instant. L’ordre exécutif 13661 du président des Etats-Unis Barack Obama prévoit (à part les sanctions précitées) qu’en cas d’aggravation de la situation politique, une introduction de mesures plus générales serait à envisager. Dans un tel cas de figure, les secteurs visés par ces mesures seraient les banques, la finance, l’énergie, les métaux et l’exploitation minière, l’ingénierie ainsi que la défense. Les récentes déclarations du président Obama indiquent que la ligne rouge pour justifier l’activation de telles sanctions se situe au niveau de la progression des troupes armées russes en Ukraine. La Russie a déjà déclaré qu’elle n’a pas d’intention de franchir les frontières orientales ukrainiennes. Les dernières nouvelles régionales semblent indiquer que les Russes commencent partiellement à retirer leurs troupes des zones frontalières avec l’Ukraine. En d’autres termes, la Russie ne semble pas vouloir franchir cette «ligne rouge» informelle. Les Européens dans leur ensemble, y compris l’Allemagne, considèrent les sanctions économiques générales comme «prématurée» et les lient effectivement à une éventuelle aggravation de la situation. Même si les Américains se sont montrés un peu plus virulent à l’égard de la Russie, ils n’ont pas l’air de vouloir précipiter l’instauration de mesures de rétorsion plus larges. Une seule différence demeure toutefois entre les Etats-Unis et les Européens: l’Amérique d’Obama semble s’orienter vers une tactique de «sanctions guérillas» avec l’annonce de mesures telles que l’interdiction d’exporter du matériel militaire à destination de la Russie ou encore le gel de la signature de l’accord Fatca avec les banques du pays.

* Polixis






 
 

AGEFI



 
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