Initiation digitalisée des transactions

jeudi, 30.03.2017

Trade Cloud. La plateforme connectera les traders en matières premières quels que soient la taille de la société et le type de produit négocié.

Interview: Nicolette de Joncaire

Simon Collins, fondateur de Trade Cloud

La numérisation fait son chemin dans l’univers des matières premières. Très basé sur des procédures papier - l’industrie en est encore à peu près là où se trouvait le marché des obligations il y a quinze ans -, le secteur s’ouvre timidement à la digitalisation. Encore très discret, Simon Collins, ancien responsable du trading des métaux du groupe Trafigura, proposera en compagnie de Matthew Botell (également ancien de Trafigura) dès cette année Trade Cloud, un portail web donc l’objectif déclaré est de démocratiser les échanges entre traders. Première étape: Know Your Customer, deuxième étape: chatter, troisième étape: offrir et chercher des produits, quatrième étape: initier des transactions avec, qui sait, dans le futur, le potentiel d’enregistrer de vrais contrats en bonne et due forme. Le feed-back de l’industrie est très positif. Entretien avec Simon Collins.

Pourquoi un portail pour le négoce et pourquoi maintenant?

Le négoce des matières premières est resté extrêmement conservateur. L’essentiel des échanges se fait encore entre traders par téléphone et par email. Avec la complexification et l’extension de l’activité, ces méthodes sont devenues pratiquement ingérables. De plus, impossible de comparer rapidement plusieurs offres, aucun outil ne le permet à l’heure actuelle, sauf à le construire à l’interne avec ce que cela peut comporter de copier-coller des informations. Ajoutez à cela que l’unique système de chat historique de l’industrie, Yahoo Messenger est discontinué. Depuis l’été dernier, tous les traders sont à la recherche d’une alternative. ICE en offre une (ICE Instant Messaging) mais il semblerait que seuls les négociants en énergie soient prêts à l’adopter et que le projet soit sans avenir. Nous avons été frappés par le retard qu’a pris le secteur et avons décidé d’y remédier.

Un portail pour les grandes maisons?

Non, un portail pour tous: producteurs, acheteurs, traders. Toutes les tailles d’entreprise sont bienvenues et tous les produits également même si, expérience oblige, nous débuterons avec les métaux.

Le sérieux de certains acteurs est dubitable. Comment validerez-vous les inscriptions sur votre plateforme?

Par une documentation notariée appropriée, similaire à ce qui se fait pour l’ouverture électronique des comptes bancaires, mais aussi par un système de notation entre utilisateurs, comme on le voit sur d’autres plateformes type eBooking ou eBay. L’essentiel est de construire ce qui est la base du négoce: la confiance. L’objectif est d’amener les participants à se connaitre et à traiter par le biais du portail.

Comment envisagez-vous la fonction de messagerie?

Comme un outil de communication instantané hautement sécurisé permettant d’échanger messages vocaux et écrits, images, vidéos ou documents. Il comportera également une piste d’audit complète afin que toute conversation puisse être vérifiée a posteriori si nécessaire et au moment voulu.

Et sur le plan transactionnel?

Sans avoir les fonctions d’une bourse, la plateforme permettra d’enregistrer des offres publiques d’échange, des appels d’offres et des offres de prix. Offres et demandes seront appariées pour présenter à chaque participant les occurrences susceptibles de leur convenir. Elles pourront être comparées entre elles pour que chaque participant ait une vision claire de ce qui est disponible et à quel prix. Lorsqu’un acheteur et un vendeur se mettront d’accord, ils seront à même de construire une fiche de commande, soit à partir de zéro, soit sur des modèles préétablis disponibles dans le système. Chaque fiche de commande et chaque modification seront horodatées. Le but sera d’éviter les contestations potentielles et l’intervention fastidieuse (et couteuse) des services légaux.

La création de transactions est-elle la raison d’être du portail?

Oui, il existe déjà des systèmes permettant de suivre des transactions existantes mais, à ma connaissance, rien de sérieux permettant de les initier.

Envisagez-vous d’offrir des smarts contracts de type blockchain?

Nous y réfléchissons mais il est encore trop tôt pour le confirmer.

Quand pensez-vous lancer le portail?

La version bêta devrait être disponible d’ici deux mois. Avec un lancement prévu en fin d’été.

Quelle est la taille de votre équipe?

Nous sommes 25 à l’heure actuelle et avons sous-traité une partie des développements à une excellente maison de logiciels arménienne.

Pensez-vous rencontrer une résistance de la part des acteurs actuels du négoce des matières premières?

De la part de certains probablement mais nous savons déjà que nombre d’entre eux sont enthousiastes.





 

AGEFI



...