A l’ombre de Donald Trump

mercredi, 29.03.2017

FT Global Commodities Summit. La nouvelle administration US sur le devant de la scène du rendez-vous du négoce.

Lionel Barber, Financial Times

C’est à l’ombre de Donald Trump que s’est déroulée la première journée du Financial Times Global Commodities Summit. Plaidoyer pour le commerce international et en faveur de l’Organisation Mondiale du Commerce, le discours de David MacLennan donnait le ton dès l’ouverture. Clairement favorable aux grands accords commerciaux multilatéraux, le CEO du géant de l’agro-alimentaire Cargill rappelait qu’aux Etats-Unis 17 millions d’emplois agricoles dépendent de la liberté de commerce et que le Canada et le Mexique, partenaires des Etats-Unis au sein de l’ALENA, en sont respectivement les premiers et troisièmes partenaires. Si les accords commerciaux ne sont pas nécessairement équitables - ou peuvent ne pas le paraître aux yeux d’un peuple désenchanté -, il n’en reste pas moins qu’ils sont créateurs nets d’emploi et que leurs termes peuvent être renégociés. Optimiste, David MacLennan estime que l’administration Trump est encore bien jeune, que le fossé entre intention et exécution est profond et que même l’Accord de Partenariat Transpacifique a encore toutes ces chances. Sa recommandation? Laissez les frontières ouvertes. Plus inquiétant à ses yeux, l’inadéquation entre avancées technologiques et niveau de compétence de la population. Priorité donc à l’éducation dans laquelle Cargill investit 13 millions de dollars sur son seul programme d’amélioration de la qualification agricole.

Pour l’ancien président de la Banque Nationale Suisse, Philipp Hildebrand, élection ou non, les Etats-Unis sont entrés depuis l’été 2016 dans la phase finale de cicatrisation post 2008. Un avatar cyclique qui ne doit rien aux choix politiques. Suivront l’Europe puis le Japon, la première devant renouer avec une vraie reprise en fin d’année. A attendre donc une normalisation des taux d’intérêt progressive dans l’ensemble du monde développé. Inutile toutefois d’espérer des taux de croissance du niveau pré-crise: le vieillissement démographique et le niveau élevé de la dette sont des contraintes trop fortes pour retrouver le dynamisme des premières années de la décennie 2000. Côté Chine, la durabilité ne peut venir que d’un ralentissement de la locomotive, objectif déclaré du gouvernement capable de le mener à bien tant que sa stratégie reste claire et graduelle. Rejoignant le point de vue de l’orateur précédent, Philipp Hildebrand juge que mettre fin au modèle actuel du commerce international, comme menacent les leaders populaires, pourrait-être extrêmement destructeur. Trump a eu de la chance: accéder au pouvoir au bon moment du cycle pourrait pardonner bien des erreurs. Côté Brexit, dénouer les relations existantes sera incroyablement difficile. Sans la pleine coopération des membres de l’UE (qui est loin d’être acquise), l’affaire pourrait se révéler impossible. Pour sa part, l’Union européenne, secouée par les crises successives n’a pas dit son dernier mot. Mieux équilibrée que les autres pays ou régions vis-à-vis des inégalités, elle pourrait devenir le modèle social du monde. Seul point d’ombre, l’affaiblissement de la France ne lui permet plus de jouer son rôle critique de rééquilibrage face à l’Allemagne.

Au débat des CEO de l’énergie, Donald Trump continuait à tenir le devant de la scène: risques possible de dé-globalisation, introduction de droits tarifaires, politique de soutien au charbon - et paradoxalement aux gaz de schistes, comme si ce dernier n’était pas destiné à se substituer au premier -, et révision du Dodd Frank Act. Pas question que la globalisation disparaisse, estimait William Reed de Castleton Commodities qui, paraphrasant David MacLennan, déclarait «il y a les idées et puis il y a leur mise en œuvre. Donald Trump ne pourra réaliser une bonne part de ses promesses». Pour Russell Hardy de Vitol, dans un premier temps, bilatéralisme et barrières douanières offriraient de nombreuses opportunités d’arbitrage en raison de la distorsion initiale des prix. Plus difficile d’en comprendre les impacts à long terme. L’important est de bien comprendre le sens du vent, estimait Jeremy Weir de Trafigura. Par nature, les traders s’adaptent à tout. C’est même leur caractéristique de base. Un point de vue confirmé par Marco Dunand de Mercuria: «Nous sommes capables de réagir aux changements règlementaires et pouvons contribuer redresser les distorsions de prix». Pour Torbjörn Törnqvist de Gunvot, en fin de compte, ce seront les consommateurs qui supporteront le surcoût, ce qui n’est probablement pas l’effet recherché. Avec l’abolition des règles restrictives du Dodd Frank, les banques sont-elles susceptibles de revenir sur le marché des matières premières? Peu probable, tant pour William Reed que pour Marco Dunand, les profits du négoce physique ne sont pas suffisants pour les inciter à revenir.

Et le prix du pétrole? Difficile d’en juger mais rien ne l’empêche de monter vers 60 ou 65 dollars le baril. L’insuffisance des projets à long terme peut créer une certaine pénurie. La réponse est dans la main des Russes dont le coût de production est remarquablement bas. – (NJN)





 

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