Les nouvelles tendances du trade finance

lundi, 27.03.2017

Trafigura. Les innovations se multiplient. Titrisation des créances commerciales, financement privé des contrats d’enlèvements et adoption du blockchain.

Nicolette de Joncaire

Christophe Salmon, CFO du groupe Trafigura

Mercredi le FT Global Commodities Summit tiendra, comme chaque année,une table ronde des directeurs financiers des grandes entreprises denégoce. Y participeront les CFO de Vitol, Gunvor, Castleton, Mercuria et Trafigura.  Le financement des opérations de trading se renouvelle-t-il? De quelle manière s’oriente-il? Le point de vue de Christophe Salmon, directeur financier du groupe Trafigura.

Historiquement, le financement des flux du négoce a été assuré par les banques.Qu’en est-il aujourd’hui?

L’apport dominant reste bancaire ce qui est une force car, plus expérimentées,les banques ont une vue plus stable que les marchés de capitaux. L’andernier, en pleine crise des matières premières, les banques sontrestées résilientes alors que les marchés de capitaux se sont affolés.On a ainsi vu un certain nombre d’obligations traités en dessous du pair. Ceci étant, un nombre croissant d’investisseurs s’intéressent à une exposition au trade finance.

Vous faites vous-même appel au marché des capitaux.

Effectivement. Trafigura vient notamment d’émettre une obligation perpétuelle de 600 millions de dollars placée en Europe et en Asie afin de renforcer sonaccès à des ressources long terme. De même, Trafigura a un programme de titrisation de créances commerciales, probablement le plus important d’Europe, avec un montant de 2 milliards de dollars. Mais c’est loin d’être le seul aspect.

Quels sont les autres aspects?

Apparaissent aujourd’hui des investisseurs prêts à soutenir les préfinancements structurés adossés à des enlèvements de matières premières à des sociétés pétrolières ou minières. C’est un phénomène plutôt nouveau. Dans un univers de taux faibles, les investisseurs sont à la recherche de rendements et commencent à comprendre la qualité de ce type de créance, illustrée par son faible taux de défaut. Tant que la mine ou le puits de forage produisent, le paiement de la créance est assuré par le flux d’exportation des matières premières. En d’autres termes, le risque de performance de ces actifs est meilleur que le risque crédit du pays où ils sont situés. Les investisseurs ont fait un travail d’analyse pour en arriver à cette conclusion et les opportunités se concrétisent avec des débuts très prometteurs sur un trend qui va se développer sur les  4 ou 5 ans à venir.  Dorénavant, nous nous tournons pour partie vers ces investisseurs afin de compléter les refinancements bancaires de ces prépaiements.

Les conditions faites à ces investisseurs sont-elles différentes de celles proposées aux banques?

Ce sont les mêmes conditions que celles offertes aux banques car il y a un prix de marché. Il s’agit de diversifier et non d’obtenir de meilleures conditions.

De quel type d’investisseurs parlez-vous ici?

Nous parlons bien évidemment ici de fonds spécialisés dans la production pétrolière ou minière et pourvus d’une expérience des marchés émergents, c’est-à-dire d’investisseurs compétents.

L’origine de ces investisseurs est-elle dans les pays émergents eux-mêmes ou plutôt dans les pays développés?

Ce sont plutôt des institutions établies dans les pays développés, à Singapour ou à Londres par exemple, qui démontrent une expertise sectorielle et géographique donnée.

Le financement du négoce connait-il d’autres changements majeurs?

Difficile de parler de trade finance aujourd’hui sans parler de digitalisation. De manière générale le métier est resté très traditionnel, voire conservateur. J’entends par là que la plupart des flux sont encore traités sur un support papier, fût-il transmis électroniquement. La tendance aujourd’hui est d’explorer le potentiel du blockchain, technologie sur laquelle Trafigura a engagé un prototype avec Natixis aux Etats-Unis, pour mettre en œuvre l’approche des registres distribués sur l’ensemble de la chaine. Outre une réduction des coûts, nous en attendons aussi une plus grande sécurité.

Pourquoi aux Etats-Unis?

Parce que le marché est vaste et régi par une juridiction unique et ne sera donc pas l’objet de conflits de droit. C’est aussi un marché sur lequel beaucoup de transactions sont déjà intégrées dans des pipelines logistiques. Il y est donc plus simple d’y progresser rapidement et d’en tirer les leçons des erreurs qui nous permettrons de mieux l’appliquer ailleurs. Compte tenu de la diminution de leurs marges et d’une augmentation de leurs coûts, les banques ont un impératif de rechercher d’efficacité. Les maisons de négoce aussi. Des deux côtés de la barrière, la motivation est forte.

Retour du FT Commodities Global Summit à Lausanne

Le Financial Times revient à Lausanne ce lundi pour sa sixième édition du Commodities Global Summit, grand rendez-vous des négociants de matières premières internationaux. Suite à l’effondrement du prix des commodities puis à sa récente reprise, le media britannique s’interroge sur la turbulence des marchés: croissance de la volatilité, changements de politiques, évolution des goûts des consommateurs et des technologies). Ce ne sont plus deux mais trois débats des CEO qui auront lieu cette année. Sur l’énergie, sur la mine et sur l’agriculture pour mieux cerner la diversité des problématiques des différents secteurs. En matière d’énergie, dans la mesure où le marché s’est adapté aux excédents, les opportunités offertes aux négociants pourraient se réduire. Comment réagiront-ils? Marco Dunand de Mercuria, Russel Hardy de Vitol, William Reed de Castleton, Torbjörn Törnqvist de Gunvor et Jeremy Weir de Trafigura tenteront d’y répondre. L’industrie minière émerge de cinq années difficiles qui l’ont contrainte à réduire la  voilure. Peut-elle remonter la pente sans reproduire les erreurs du passé? La question sera posée à George Cheveley d’Investec Asset Management, Oleg Novachuk de KAZ Minerals, Ernie Thrasherde de Xcoal Energy & Resources, John Whittaker de Clyde & Co et surtout à Jean-Sébastien Jacques de Rio Tinto. Au terme de quatre ans d’excellentes récoltes, les stocks de denrées sont au plus haut et les prix restés faibles. Les grands consommateurs (Chine, Inde) usent de leur taille critique pour s’approvisionner directement auprès des producteurs. Quant au président Trump, il menace les traités internationaux et entend rétablir les taxes aux frontières. Où cela laisse-t-il le secteur? En décidera un débat porté par Carl Casale de CHS, Chris Mahoney de Glencore Agriculture, Gonzalo Ramírez Martiarena, de Louis Dreyfus et Daan Vriens de BayWa.

Outre les dirigeants d’entreprises, le Summit a invité Philippe Hildebrand, vice-président de Blackrock (et ancien président de la Banque Nationale Suisse), Tony Hayward, président de Glencore, John Parker, président d’Anglo American et Philippe Gordon, ancien conseiller des présidents Clinton et Obama, à s’exprimer sur la géopolitique des marchés de matières premières. Parmi les autres thèmes, on retrouve un focus sur la durabilité des ressources naturelles, un autre sur le gaz et les énergies renouvelables et, pour la première fois, une session consacrée à la digitalisation du marché. Comme de coutume, la conférence sera close par le débat des directeurs financiers des principales maisons de négoce auquel participeront Jeffrey Dellapina de Vitol, Daniel Hines de Castleton Commodities, Jacques Erni de Gunvor, Christophe Salmon de Trafigura et Guillaume Vermersch de Mercuria (lire ci-joint).

Laconférence du Financial Times ne se déroule jamais sans réactions critiques d’un certain nombre d’ONG. Samedi après-midi le Collectif contre la spéculation sur les matières premières a tenu son propre forum au Pôle Sud de Lausanne-  Non au sommet des pilleurs et pollueurs à Lausanne! - au cours duquel était projeté le film Trading Paradise du réalisateur Daniel Schweizer, mettant en scène les problématiques humaines créées par l’exploitation minière de Glencore et du groupe brésilien Vale en Afrique et en Amérique du Sud. Le Collectif Autonome D invite ses sympathisants à se retrouver lundi en fin d’après-midi Place Saint-François à Lausanne «pour en finir avec le commerce néocolonial». (NJN)

 

 





 

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