Pionnier dans le trade finance alternatif

mercredi, 08.02.2017

EFA Group. La plateforme de financement alternatif du négoce a connu un taux de croissance de ses fonds sous gestion supérieur à 60% en 2016.

Elsa Floret

Nicolas Sanchez. Administrateur délégué de la plateforme de trade finance commodities EFA à Genève.

EFA Group est actif depuis 2004 dans le financement adossé au négoce des matières premières et a lancé son premier fonds en 2006. La croissance des fonds sous gestion a atteint 67% en 2016, permettant l’octroi de crédit à près de 150 sociétés pour plus de trois milliards de dollars américains.

Le groupe basé à Singapour, créé par Christian Stauffer, François Dotta et Craig Dimmick, des ex banquiers et spécialistes du négoce, est l’une des plus importantes plateformes de financement alternatif, grâce à une croissance organique renforcée par le transfert en novembre 2016 du mandat de gestion du fonds Galena Commodity Trade Finance créé il y a 5 ans par une filiale du groupe Trafigura. Les véhicules gérés par le groupe EFA se financent grâce aux fonds collectés auprès d’investisseurs, majoritairement institutionnels. EFA est ainsi en relation avec des emprunteurs dans plus de vingt-cinq pays, principalement dans les marchés émergents. L’activité a été déployée initialement dans le Sud-Est asiatique, depuis le siège de Singapour où une cinquantaine de collaborateurs gèrent, approuvent et exécutent les opérations quotidiennes. Le groupe est aussi présent à Londres, Istanbul et Dubai pour la clientèle du Moyen-Orient, une partie de l’Afrique et l’Inde. Des partenariats ont été établis avec des institutions financières sur la plupart des continents, suite au retrait des banques européennes du financement des matières premières, principalement en raison des exigences de fonds propres («Bâle III»).

Nicolas Sanchez, fort de plus de 30 ans d’expérience dans les métiers du négoce dirige depuis 2012 la filiale de Genève (neuf collaborateurs), qui est responsable de l’origination et de la structuration des affaires en Europe, Afrique, CIS et Asie Centrale. La distribution des fonds aux investisseurs est représentée par une entité agrée par la Finma.

«La demande en financements alternatifs croît. Les grandes banques se concentrent sur les principaux groupes de négoce et le financement des transactions standard, sous l’effet des réglementations bancaires. Le crédit structuré aux sociétés de trading de niche ou opérant sur des flux particuliers, voire complexes dans les métaux, l’agriculture ou l’énergie, représente une opportunité d’investissement diversifié, une classe d’actifs à volatilité faible, non corrélée aux autres actifs», explique Nicolas Sanchez. Parmi les emprunteurs, nombreux sont les négociants de taille moyenne. Toutefois, les grands groupes commencent aussi à solliciter EFA comme alternative à l’utilisation de leur fonds propres ou pour des opérations délaissées par les banques.

Dans un contexte de prix bas des matières premières dès 2015, suite à la fin du «super-cycle» (2002-2014), les besoins en financement diminuent en valeur, mais continuent d’augmenter en volume. Avec l’effondrement des prix du pétrole, des métaux, des produits agricoles, des entreprises ont souffert, affectant parfois les bailleurs de capitaux traditionnels. «Sur plus de 200 dossiers de financement qui ont été analysés en 2016 par le groupe EFA, seule une quarantaine a été approuvée par notre comité d’investissement. Notre revue comprend toutes les facettes du business présenté et des intervenants impliqués, avant de pouvoir octroyer un crédit. Parmi les 160 dossiers écartés, une dizaine a connu de sérieux problèmes et plusieurs ont été touchés par des dépôts de bilans», détaille Nicolas Sanchez. Le risque zéro n’existe pas, les investisseurs en ont conscience, notamment par le biais des mémorandums des produits d’investissement.

Suite à la reprise du mandat de gestion du fonds Galena Commodity Trade Finance, EFA est présent sur toute la gamme des produits de dette adossée au négoce des matières premières: du court terme (inférieur à un an pour ses fonds d’origine «trade finance») jusqu’à cinq ans pour le fonds moyen terme en passant par la participation aux syndicats bancaires avec Galena. Un nouveau produit a en effet été lancé par EFA début 2016 pour répondre à le demande de financement d’actifs fixes nécessaires au transport, à l’entreposage ou au traitement des commodities. Pour la clientèle d’investisseurs individuels, un fonds de fonds est également disponible chez EFA, lequel investi auprès de ses pairs spécialisés géographiquement, par exemple sur l’Afrique ou l’Amérique du Sud.

«Le cœur de métier d’EFA est la désintermédiation du financement, qui permet aux investisseurs de participer directement aux revenus réguliers générés par les crédits octroyés aux emprunteurs via les fonds, sans passer par une banque. Ceci répond à une demande croissante de rendement, dans un environnement de taux très bas, voire négatifs», résume Nicolas Sanchez.

Du côté des emprunteurs, seuls les plus importants groupes de trading, disposant d’une notation, peuvent lever du financement directement du marché des capitaux, par des émissions obligataires notamment. «Grâce aux fonds comme ceux gérés par EFA, des sociétés petites et moyennes ont également accès à une source de financement efficace, directe, dédiée et indépendante», ajoute Nicolas Sanchez.

EFA a établi des partenariats avec des banques dépositaires et/ou pour les moyens de garantie et de paiement, en Asie, à Dubai, aux Etats-Unis et en Suisse.

Bien que non soumis à la règlementation bancaire, le groupe détient une licence en marché des capitaux (capital market licence) octroyée par l’autorité monétaire de Singapour et dans divers pays, un agrément (ou passeport) pour la distribution de fonds, émanant tous des autorités monétaires respectives.

«EFA respecte les sanctions internationales (compliance) de même que les lois de lutte contre le blanchiment d’argent  (vérification de l’origine des fonds, «know your customer»). Les critères des Nations Unies en matière de gouvernance, protection de l’environnement et responsabilité sociales font également partie intégrante de l’analyse de nos prospects», explique Nicolas Sanchez, qui précise que les véhicules d’investissement ainsi qu’EFA sont par ailleurs soumis à l’audit d’une des principales firmes internationales.

Mais EFA n’occupe pas seul cette espace du financement alternatif des matières premières. Une petite dizaine de gérants de fonds s’est forgée une réputation de sérieux et de professionnalisme, généralement avec une spécificité géographique. Ces acteurs se trouvent entre autres à Genève, Londres, New York, Singapour, Johannesburg, Buenos Aires et sont présents sur le terrain en Afrique, en Asie, en Amérique Latine, aux Etats-Unis ou en Europe.

Certains gérants utilisent des effets de levier et/ou interviennent pour le financement de marges, en complément des fonds propres des emprunteurs.

Pour tous, il est néanmoins crucial de financer des flux physiques de matières premières et de répondre aux besoins variés des emprunteurs après avoir analysé en détail les risques sous-jacents afin de les couvrir au moyen des structures transactionnelles et des instruments légaux, de gestion, d’assurance et de contrôle à disposition.n





 

AGEFI



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