Le négoce s’adaptera à toutes les situations

vendredi, 06.01.2017

Commodities. L’Association suisse du négoce et du transport maritime s’attend à une conjoncture difficile en plus d’une réglementation grandissante.

Laurent Sierro

Malgré des prévisions conjoncturelles «pas terribles» pour 2017, l’activité de négoce en Suisse «s’adaptera». Le secteur fait face à la réglementation grandissante mais ne devrait pas être trop touché par l’initiative contre l’immigration de masse.

Certes, le «développement des échanges internationaux impacte» le négoce, volatil, qui organise les chaînes d’approvisionnement, a expliqué dans un entretien à l’ats le secrétaire général de l’Association suisse du négoce et du transport maritime (STSA) Stéphane Graber. Et «les perspectives ne sont pas terribles» pour le commerce mondial en 2017.

Depuis 2010, le négoce se consolide. L’affrètement, composante gérée à plus de 20% depuis Genève, paie toutefois un lourd tribut, notamment les compagnies maritimes en surcapacité. En Suisse, ces entreprises «résistent» et leur nombre pourrait même augmenter si une taxe au tonnage venait à être lancée.

Problème important pour le secteur, les coûts et l’attention à la réglementation grandissante ne sont pas «négligeables», dit M. Graber. Rien que l’adoption des nouvelles règles financières peut représenter jusqu’à 3 millions de francs pour une grande société de négoce. En Suisse, 2017 est l’année de l’entrée en vigueur de plusieurs mesures.

Des obligations d’atténuation des risques financiers ont été lancées début janvier pour les grandes entreprises et seront instaurées dès juillet pour les petites et moyennes entreprises, environ 90% du secteur. Suivront des contraintes de rapport pour l’utilisation des instruments financiers dérivés dès septembre pour les grands et janvier 2018 pour les petites entreprises.

Les grands groupes actifs dans le négoce doivent souvent être en conformité avec plus de 80 autorités différentes, même s’ils ont un important ancrage en Europe. Ce poids réglementaire s’ajoute à un environnement concurrentiel important, notamment pour Genève, avec Singapour, Londres, les Pays-Bas ou Dubaï. La réforme sur l’imposition des entreprises (RIE III) «modérée», à 13,49% à Genève, aura son importance.

En raison notamment du franc lourd, plusieurs groupes ont délocalisé certaines fonctions d’appui. Ce type de réaménagement devrait se poursuivre, selon M. Graber. Mais la place genevoise dispose d’une «expertise unique», populaire notamment auprès des marchés émergents. La STSA veut étendre cet élément.

En revanche, l’initiative contre l’immigration de masse ne devrait pas marquer un frein important, affirme le secrétaire général. Le vice-président de la STSA Nicolas Tamari avait dit il y a quelques mois que le secteur avait besoin de flexibilité.

La majorité des employés du secteur «sont suisses ou avec un permis C», comme le relève M. Graber. Mais la question se pose cependant pour des personnes qui viennent se former en Suisse pendant quelques années avant de poursuivre leur activité à l’étranger.

Pas d’effet important non plus en lien avec le Brexit à court terme malgré l’instabilité. La politique commerciale et de relance de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis devront être analysées.

Longtemps considéré comme opaque, le négoce souhaite davantage interagir avec l’opinion publique avec l’arrivée des nouvelles technologies.  

«Il faut laisser du temps au temps» mais le secteur commence à s’adapter, dit M. Graber. Et d’ajouter que la population ne réalise pas toujours que pour chaque produit qu’elle consomme, un négociant est intervenu.

Le secteur a été le premier en Suisse à s’engager sur l’application des principes de l’ONU sur les entreprises et les droits de l’homme. Un document suisse est attendu en 2017 sur cette question.

Trafigura, sortie de la STSA, publie un rapport sur ses paiements aux gouvernements. D’autres sont encore réticents. L’Association et ses membres participent aux travaux pour des standards sur la transparence des paiements dans le négoce, dans le cadre de l’Initiative pour la transparence de l’industrie extractive (EITI).

Pour autant, la possibilité pour ces entreprises d’appliquer des principes durables dépend tout autant des consommateurs et des Etats, insiste M. Graber.

Revenant sur les accusations contre Trafigura sur l’utilisation de carburant à haute teneur en soufre en Afrique, il affirme que ce secteur est largement subventionné. Le jour où les Etats seront d’accord de payer le surcoût d’un carburant amélioré, la situation changera. «L’Europe a mis 20 ans» pour abolir ce type de carburant, dit M. Graber. Et le coût a atteint plus de 100 milliards de francs.

Entre 30.000 et 35.000 emplois en Suisse dont 20% à Genève

Le négoce de matières premières rassemble entre 30.000 et 35.000 emplois en Suisse, dont 20% à Genève. Il se divise à parts équilibrées entre les produits agricoles, le pétrole et les métaux, un peu moins pour l’énergie. L’Association suisse du négoce et du transport maritime (STSA) regroupe environ 190 des 500 entreprises du secteur, une représentativité qui «a toujours été en augmentation», dit son secrétaire général Stéphane Graber. Parmi elles, les grandes sociétés sont surreprésentées. Chaque année, entre 5 et 10 entreprises arrivent ou sont lancées à Genève et d’autres sont victimes de la volatilité. Les sociétés sont actives à près de 80% dans le commerce et à 8% dans son financement. La part du négoce dans le PIB suisse s’est tassée légèrement mais reste proche de 4%. – (ats)





 

AGEFI



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