Volonté marquée de désendettement

jeudi, 08.12.2016

Trafigura. Les résultats sont marqués par une progression considérable des volumes de produits pétroliers et par une baisse du ratio de dette.

Interview Nicolette de Joncaire

Christophe Salmon. Le CFO de Trafigura estime

La publication des résultats de Trafigura au 30 septembre, présentés par Christophe Salmon, CFO du groupe, traduit une évolution positive sur le long terme. En augmentation de 40% cette année par rapport à l’an dernier, le volume des produits pétroliers négociés a doublé depuis 2012. Entre l’exercice 2015 et l’exercice 2016, les volumes quotidiens sont passés de 3 millions de barils à 4,3 millions. Sur les métaux et minerais, la hausse annuelle des volumes est de 13%. Ces volumes ont crû de 70% depuis 2012. En dépit de chiffres d’affaires qui évoluent au gré du cours des matières premières, le ratio de marge brute reste élevé pour un groupe de négoce (2,3%) et le bénéfice net est stable autour du milliard de dollars. Christophe Salmon annonçait l’an dernier vouloir diminuer le ratio de dette ajustée sur fonds propres de 1 à moyen terme. C’est en bonne voie: ce ratio est passé de 1,56 en 2015 à 1,48 en 2016 et doit continuer à décroitre car le grand cycle d’investissement initié en 2012 est aujourd’hui achevé. Place dans le futur à une rentabilisation des actifs.

Comment jugez-vous votre bilan de l’année?

Globalement, l’année a été bonne. Les activités de négoce ont très bien performé même si, en revanche, nous avons enregistré des provisions sur certains actifs en raison des conditions de marché. Les produits pétroliers représentent deux tiers de notre chiffre d’affaires et de notre marge, les métaux et minerais un tiers.

D’où provient la très forte hausse des volumes de produits pétroliers?

Pour partie de nos efforts commerciaux comme dans le cas des contrats d’enlèvement conclus avec Rosneft. Pour partie d’une bonne synergie avec certains actifs fixes: pour ne citer qu’un exemple, nous avons cédé 80% de nos intérêts dans une raffinerie texane en 2014 mais conservé la totalité des droits commerciaux. Cette raffinerie étant entrée en exploitation début 2015, nous avons commencé à en percevoir les revenus. Enfin, nous bénéficions de la continuité de notre stratégie de financement structuré, une offre à la fois commerciale et financière.

Cette croissance est surtout sensible en Asie

La croissance du chiffre d’affaires en produits pétroliers par destination est effectivement beaucoup plus importante en Asie. Nos ventes y ont augmenté de 80% cette année. Pour plusieurs raisons. En premier lieu, l’évolution de la règlementation en Chine qui autorise les raffineries privées - aussi appelées teapots - à s’approvisionner directement sans passer par les centrales d’achat étatiques.  Un deuxième élément est la hausse du négoce de GNL avec les contreparties asiatiques, en particulier le Japon aujourd’hui privé d’électricité d’origine nucléaire. Un troisième élément est le renforcement du négoce pétrolier en Inde où nous étions traditionnellement positionnés sur les métaux et où nous avons mis en place un dispositif commercial sur le pétrole. Cet essor sera encore renforcé par la clôture de l’acquisition de 24% du capital d’Essar Oil en début d’année prochaine. N’oubliez pas que la consommation de produits pétroliers en Inde est en croissance de plus de 10% par an.

Qu’en est-il des métaux et minerais?

La conjoncture a été plus difficile surtout en début d’exercice. Elle s’est arrangée par la suite. Le volume de charbon négocié est passé de  35,3 millions de tonnes métriques à 37,8 millions. Avec le démarrage des opérations à Porto Sudeste au Brésil dont la construction s’est terminée cette année, nous avons enregistré une hausse de 50% des volumes de minerai de fer, de 4 à 6,4 millions de tonnes.

Vous avez cependant diminuéla valeur de Porto Sudeste dans vos livres

Le port fonctionne encore très en dessous de sa capacité et la diminution de la valeur de l’actif reflète une montée en puissance inférieure aux prévisions originelles. Le cours du minerai de fer est inférieur à sa moyenne historique et les sociétés minières brésiliennes investissent nettement moins que par le passé. En conséquence, nous attendons des flux inférieurs à ceux prévus initialement.

Pour réduire votre ratio d’endettement vous réduisez l’investissement dans les actifs

Nous sommes arrivés à la fin d’un cycle d’investissement sur quatre ans initié en 2012. Nos dépenses en capital ont décru de 1,2 milliards de dollars en 2015 à 754 millions en 2016. Celles nécessaires au lancement de Porto Sudeste  ou aux projets d’aménagements d’Impala en Colombie sont terminées. Il n’y a pas de gel des investissements - nous avons récemment augmenté le capital de Puma Energy et investi dans une fonderie en Chine - mais un ralentissement de l’élan. Nous disposerons également d’actifs jugés non stratégiques comme nous l’avons fait en vendant des navires cette année. Notre objectif, comme je l’avais expliqué l’an dernier est de réduire notre endettement pour consolider notre résilience. Notre ratio de dette ajustée sur fonds propres est passé de 1,56 en 2015 à 1,48 en 2016 et nous visons un ratio de 1.

Quels sont vos objectifs en termes de bénéfice net?

Notre bénéfice net tourne autour d’un milliard de dollars depuis trois ans et c’est le niveau auquel nous entendons le maintenir. Entre rentabilité des actifs et revenus du négoce, entre produits pétroliers et minerais, notre activité est suffisamment diversifiée pour produire une rentabilité stable même si ses moteurs varient d’une année sur l’autre. Difficile de dire d’où elle viendra l’an prochain.

Le nombre d’employés du groupe est en nette diminution. Pour quelle raison?

Lorsque nous perdons le contrôle d’une affaire, nous cessons de comptabiliser ses employés comme nôtres. C’est le cas de la mine de Matsa en Espagne dont nous avons cédé 50% du capital au fond souverain Mubadala. Les employés sont toujours là mais ce ne sont plus des collaborateurs du groupe  Trafigura.

De manière plus générale, quelles sont les grandes évolutions du négoce?

Sur le marché pétrolier, tous les produits se négocient sur le plan mondial. Avec l’exportation de brut à partir des Etats-Unis, autorisée depuis début 2016, et la montée des exportations chinoises de produits raffinés, les arbitrages sur l’activité pétrolière se font sur l’ensemble des marchés, pour le fuel mais aussi pour le GNL et le GPL. Il s’est donc créé une prime à la globalité qui favorise les groupes qui ont la capacité logistique de capturer les opportunités internationales. En d’autres termes, on observe une concentration de l’activité autour des négociants leaders et un affaiblissement de la place des joueurs régionaux. Cette tendance est renforcée par les économies d’échelle. En investissant dans les systèmes informatiques et les activités de back-office, il est possible d’augmenter les volumes sans accroitre les coûts. En ce qui nous concerne, nous avons aujourd’hui les mêmes effectifs qu’en 2012 pour des volumes négociés doubles.





 

AGEFI




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