L’assemblée mondiale des dérivés

mardi, 15.11.2016

Bürgenstock. L’ICDA déploie ses ailes et signe un partenariat avec la China Futures Association. Les marchés de dérivés du monde entier au rendez-vous.

Nicolette de Joncaire

Dan Day-Robinson. Bürgenstock est devenu le point de rassemblement des marchés de dérivés du monde entier.

Précédée hier soir par le traditionnel cocktail d’inauguration, la 37e édition du forum international des matières premières et dérivés, plus connu sous le nom de Bürgenstock, s’ouvre ce matin à Genève sous les auspices de l’International Commodities and Derivatives Association (ICDA). Le cocktail n’était toutefois pas la pièce-maitresse de la soirée d’hier. C’est avec la signature d’un protocole d’accord entre l’ICDA et la China Futures Association (CFA), représentées respectivement par leurs présidents Dan Day-Robinson et Mingwei Wang, que l’une des plus grandes conférences sur les dérivés au monde prenait son véritable départ.

Similaires dans leur fonction et dans leur structure, les deux associations réunissent les parties prenantes au négoce des dérivés, et notamment des dérivés sur matières premières. Ce sont les  courtiers internationaux, les banques, les gestionnaires de fonds d’investissement, les entreprises de négoce de matières premières, les fournisseurs d’information de marché et de services ainsi que les bourses et les chambres de compensation qui forment la base de l’ICDA, née il y a maintenant près de quarante ans. Avec des noms aussi prestigieux que BNP Paribas, Credit Suisse, Dubai Gold and Commodities Centre, Pictet, NASDAQ, ICE, SIX, Société Générale CIB, Banque Edmond de Rothschild, Goldman Sachs, Timber Hill, PwC, Cinnober ou TAIFEX. Rappelons ici qu’en début d’année, à l’initiative de Dan Day-Robinson, la vénérable Swiss Futures & Options Association (SFOA) changeait de raison sociale pour mieux refléter la nature et les exigences de ses membres. Plus jeune, la China Futures Association (CFA), créée en 2000, est une organisation autorégulatrice, placée sous la supervision de l’organe de contrôle des marchés de titres chinois, la China Securities Regulatory Commission (CSRC).  Elle réunit à l’heure actuelle près de 350 membres dont la typologie est analogue à ceux de l’ICDA. Les deux associations travailleront donc dorénavant de concert. «Les turbulences sur les marchés causés par les changements politiques récents et inattendus ont fait de l’ICDA un partenaire de premier plan pour les institutions des pays émergents en raison de la neutralité de la Suisse. Ce qui explique le soutien que nous recevons de Chine, d’Inde, de Russie et d’ailleurs» explique Dan Day-Robinson.  

C’est largement vers les exigences règlementaires que se tourneront les débats du sommet. Avec EMIR mais surtout avec l’application du paquet MiFID II dont l’entrée a été repoussée à janvier 2018 en raison de la complexité des règles établies, du manque de clarté de certains points et de la réaction d’un nombre important de participants au marché. Dans une interview accordée au Wall Street Journal en octobre, Jeff Sprecher, président et CEO d’Intercontinental Exchange (ICE), la place boursière d’Atlanta (US)  spécialisée dans les produits dérivés, qualifie MiFID II de «mesure législative désastreuse qui impose des coûts déraisonnables à l’industrie». Né des principes  édictés par le G20 en 2009, au lendemain de la crise financière, MiFID II imposera, entre autres, de nouvelles limites au trading des dérivés sur matières premières applicables au négoce physique ainsi que des exigences en capital en fonction des montants et de la nature du négoce de dérivés, accompagnés d’une distinction entre couverture et spéculation.  Au centre des problématiques qu’affrontent aujourd’hui les parties, la divergence des exigences des différents régulateurs. Pour ne citer qu’un seul exemple, l’UE entend imposer des limites de position sur les transactions sur devises (FX) alors qu’il n’en est pas question aux Etats-Unis. La définition des équivalences entre juridictions pose des interrogations pour l’heure insolubles. Alors que de nombreux acteurs hésitent encore à exprimer publiquement leurs réticences, voire leur opposition, l’ICDA déclare son intention, en tant qu’association, de se positionner en porte-parole de l’industrie sur ces questions.  

Bürgenstock démarre ce matin par une intervention de Matthias Graulich, membre du comité exécutif d’Eurex Clearing, fusionné au groupe Deutsche Börse depuis juin. A noter ici, Eurex Clearing annonçait en avril son intention de donner accès à la compensation aux investisseurs institutionnels (buy-side) résidant en Europe à travers sa plateforme ISA Direct, dans le cadre de l’obligation de compenser imposée aux participants des marchés de gré-à-gré à partir de juin.  

L’attention se portera ensuite sur les bourses de dérivés. Autorégulation, mégafusions, risques encourus par la compensation des transactions de gré-à-gré, compétition sur l’euroclearing et modèle économique seront débattus par un panel réunissant Patrick Young, CEO d’Exchange Invest,  Paul Swann, président et directeur général d’ICE Futures Europe, Martin Fraenkel, président de S&P Global Platts, Phil Bird, CEO de Perfect Channel,  Fredrik Ekström, président du Nasdaq Clearing et Otto Nägeli, président non exécutif du CME Clearing Europe.

Place ensuite aux bourses des pays émergents et de l’innovation - une initiative inaugurée l’an dernier  avec beaucoup de succès - autour d’Alexey Rybnikov, président du SPIMEX (la première bourse de matières premières russe sise à Saint-Pétersbourg), de Wang Fenghai, CEO du Dalian Commodity Exchange, de John Turnbull, président du Banking Committee de la Chambre de Commerce International avec en modérateur John MacNamara, responsable du financement structuré et du Trade Finance chez Deutsche Bank. Au cours de la session, Wang Fenghai présentera les innovations sur les produits associés aux matières premières inaugurées par la bourse de Dalian (Chine).  

Comme chaque année, en marge du forum, se tiendra à huis-clos l’assemblée des organes de régulation des marchés de dérivés mondiaux, organisée par l’ICDA.  Cette plateforme pour la coopération internationale réunit les directions des différentes autorités règlementaires dans le but de progresser les grands dossiers en cours (Dodd Frank, EMIR, MiFID, FinfraG).n





 

AGEFI




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