Les arbres et le changement climatique

lundi, 10.10.2016

Interview Nicolette de Joncaire

PUR Projet est un collectif qui accompagne les entreprises dans l’intégration de la problématique du climat au cœur de leurs métiers, une approche appelée insetting, en opposition au terme d’offsetting utilisé dans la compensation des émissions carbone. Son objectif est de planter et de préserver les arbres afin d’en recueillir les bénéfices environnementaux et économiques. Selon son analyse, le coût d’un arbre est de 4 dollars et le revenu qu’il génère se monte à 14 dollars par an, soit un taux interne de rentabilité de 68%. Rien d’utopique dans cette approche, adoptée par les plus grandes entreprises mondiales, de Nespresso à Accor et de Guerlain à Clarins. Entretien avec son fondateur, Tristan Lecomte, «ambassadeur de l’arbre» et membre du panel sur la transition climatique à la conférence de l’Association suisse des négociants en café à Genève.

Pouvez-vous résumer votre activité et vos objectifs?

Depuis 2008, nous incitons les grands groupes à compenser l’impact environnemental des activités au cœur de leurs filières en partenariat avec des communautés défavorisées. Notre objectif est la protection des zones à risque tant sur le plan environnemental que social, en abordant  les problématiques d’érosion des sols, d’eau, de biodiversité et de conditions de vie.

En quoi votre approche se distingue-t-elle?

Par l’intégration complète de l’action environnementale dans l’activité économique. Nous n’opérons pas «à la marge» des projets d’entreprises mais de manière holistique, dans le droit fil de ces projets. C’est la raison pour laquelle nous parlons d’insetting. L’autre aspect qui nous différencie des méthodes plus classiques est l’évaluation économique des avantages économiques de l’action environnementale.

Combien de projets d’insetting avez-vous menés?

Trente-sept, en Asie, en Amérique Latine, en Afrique et en Europe, dont le projet Greener Davos en Suisse.

L’agroforesterie est un votre cheval de bataille. Pourquoi?

L’arbre est la «peau» de la terre, sa couche protectrice. Il garde les sols, abrite les cultures, améliore les précipitations pluviales et la pureté de l’eau. En bref, il restaure et conserve l’écosystème tout en assurant des revenus aux communautés locales. La variété dépend entièrement de la région. En Ethiopie, nous privilégions le manguier et l’avocatier pour les revenus complémentaires qu’ils génèrent. En Thaïlande, certains types d’acacias et le yangna sous les feuilles duquel poussent des champignons très appréciés. Nous favorisons les arbres légumineuses riches en matières azotées qui fertilisent les sols. Nos interventions portent sur la culture de la vanille, du café, du cacao, du riz, du latex, des fleurs et des ingrédients cosmétiques comme par exemple l’orchidée de Guerlain.

Vous avez analysé le rapport coût-bénéfice de l’arbre. Avec quels résultats?

La plantation d’un arbre coûte en moyenne 4 dollars. La valeur des bénéfices économiques qu’il génère est de 14 dollars par an - soit un taux interne de rentabilité de 68% -, décomposée comme suit: durabilité de l’activité économique (3,47), conservation des sols (1,95), purification et régulation de l’eau (1,18), préservation de la biodiversité (0,49), réduction du risque climatique (0,31), adaptation au changement climatique (0,3), revenus complémentaires des communautés (4,12), services culturels et sociaux (2,39). Ces chiffres ont été obtenus avec l’aide de nos partenaires universitaires.

Pouvez-vous résumer votre collaboration avec Nespresso sur l’agroforesterie?

Le programme a été lancé avec plusieurs organisations de producteurs engagées dans la production de café de qualité AAA, le standard qualité Nespresso, exporté vers les pays européens. Il prévoit la plantation de 10 à 15 millions d’arbres sur la chaine d’approvisionnement du café entre 2014 et 2020, en Colombie, au Guatemala, en Ethiopie, au Mexique, au Nicaragua et au Costa Rica. Nespresso compte ainsi renforcer le sourcing de son café en améliorant la résilience des fermiers et leur loyauté tout en se positionnant clairement sur la gestion du changement climatique.





 

AGEFI




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