Les leçons du cycle des commodities

vendredi, 07.10.2016

Etf securities. Le fournisseur d’ETF londonien entend diversifier mais rester spécialisé. Avec le partenariat de Lombard Odier dans l’obligataire.

Interview: Piotr Kaczor

Mark Weeks. La satisfaction de diriger une société non cotée pour résister à la baisse.

Avec 5,4 milliards de dollars d’afflux nets de fonds au cours des trois premiers trimestres de l’année (au 26 septembre), l’exercice 2016 se présente sous un jour on ne peut plus favorable pour le groupe d’asset management londonien ETF Securities, centré sur les matières premières et sur les fonds indiciels cotés ETP (Exchange Traded Products) ou ETF. Précurseur ayant développé le premier ETP lié à l’or, ETF Securities (ETFS) propose une gamme d’ETP novatrice couvrant les matières premières, les devises, les actions et les obligations. Dans cette dernière classe d’actifs, à la faveur du partenariat constitué avec Lombard Odier. Portés par les afflux de fonds et la performance enregistrée, les actifs sous gestion du groupe ont ainsi bondi de 13,9 milliards de dollars à fin 2015 pour s’établir à 22,2 milliards de dollars. Entretien avec le CEO et fondateur du groupe Mark Weeks, mercredi au siège de la société à Londres.

Quelle a été la contribution de la performance à ce redressement spectaculaire des actifs sous gestion de ETFS cette année?

L’augmentation s’explique par un afflux net de 5,4 milliards de dollars cette année et le reste par l’appréciation des cours. Cet afflux est pour l’instant le deuxième le plus important après celui de 6,6 milliards, niveau record jusqu’ici, enregistré en 2009, suivi d’un apport net de 5,2 milliards en 2010. Cette année, nous sommes donc en position de dépasser ce record.

En termes d’actifs sous gestion ETFS avait atteint son point culminant de 32 milliards de dollars en 2012…

Ces 32 milliards étaient alors constitués de 20 milliards d’afflux nets cumulés et d’une appréciation des cours de 12 milliards de dollars. Ce qui est frappant à cet égard, c’est que les afflux cumulés s’élèvent actuellement à 21,8 milliards de dollars alors que l’appréciation des prix s’est réduite à un demi-milliard de dollars. En regard d’un effondrement de 70%, depuis son point culminant, de l’indice Bloomberg des matières premières, lequel ne s’est repris que de 8-9% cette année. Ce qui illustre le potentiel de remontée des cours que recèlent actuellement nos positions.

ETF Securities vient de lancer une série d’ETF centrés, d’une part, sur la robotique et, de l’autre, sur la cyber-sécurité, avec en 2015 le premier ETF jamais lancé sur ce thème. De manière à permettre aux investisseurs de tirer parti des grands changements structurels en cours. Cela correspond-il aussi à une diversification pour tirer les enseignements de l’impact de la phase de déclin des matières premières?

Compte tenu des performances enregistrées depuis 2013, des stratégies de diversification s’imposaient. Ces stratégies n’en devaient pas moins concorder avec notre positionnement de spécialiste. Nous les avons donc définies en fonction de nos points forts, dans les changes (FX), mais aussi de notre plateforme liée à la construction des ETF, rebaptisée Canvas, pour que la diversification contribue aussi à la poursuite de notre expansion dans les actions et dans l’obligataire, principalement par le biais de partenaires au niveau des produits et de la distribution, mais toujours en évitant de nous diriger vers les produits tout venants (mainstream). Sur le modèle de notre partenariat avec Lombard Odier dans l’obligataire et plus particulièrement dans leur approche pondérée en fonction des données fondamentales, soit en fonction de la capacité des emprunteurs à rembourser plutôt qu’en fonction de leur capacité à s’endetter, et éviter ainsi les aléas des indices pondérés par la capitalisation. De manière à dégager ainsi de meilleurs rendements pour les investisseurs.

Quels volumes couvre votre partenariat avec Lombard Odier Investment Managers?

Il s’élève à 450 millions de dollars actuellement et nous sommes très confiants d’atteindre notre objectif de 600 millions d’ici la fin de l’année. Nous sommes d’autant plus contents de cette progression qu’il est très difficile d’amener les investisseurs à être actifs dans différentes classes d’actifs. Or si ceux-ci associent spontanément ETF Securities à la qualité dans les ETF, ce n’est pas encore automatiquement le cas dans l’obligataire. Je suis par conséquent d’autant plus satisfait de notre décision de nous référer à un acteur tel que Lombard Odier Investment Managers qui s’est forgé une réputation enviable dans ce domaine.

Malgré l’accueil favorable réservé en Suisse aux produits de ETF Securities, la société n’est pas implantée physiquement par un bureau en Suisse même?

Non, nous n’avons pas de bureau en Suisse, car il est nettement plus aisé de gérer une équipe de ventes et de marketing centralisée depuis ici à Londres, mais constituée de spécialistes locaux du marché européen. C’est une organisation plus favorable aussi du point de vue de la formation continue des équipes. Il est bien plus difficile de gérer une équipe à distance. Il faut en outre aussi prendre en compte le facteur coûts - argument clé d’un fournisseur d’ETF - d’une présence locale. J’admets portant qu’une présence sur place renforcerait notre pénétration. Mais notre partenariat avec Lombard Odier joue ce rôle en partie.

D’autres partenariats sont-ils envisagés?

Nous privilégions un partenaire attitré dans chaque segment. Cela pourrait aussi être Lombard Odier dans l’espace Emergents que nous pourrions développer.

Quels sont les considérants de votre stratégie de diversification?

La reprise en cours des matières premières devrait à notre sens se poursuivre mais nous devons anticiper le moment où celle-ci arrivera à bout de souffle. Notre stratégie de diversification doit donc viser premièrement à renforer nos points forts ou plateformes. Mais nous avons aussi conclu à la nécessité d’une présence renforcée dans les actions et dans les obligations. Ce que nous aurions pu réaliser par nos propres moyens mais au prix d’efforts et de dépenses énormes pour réaliser une percée dans une nouvelle classe d’actifs. D’où nos partenariats, dans l’obligataire, mais aussi avec Robo Global dans la robotique. Un partenariat ou joint-venture présente certes le désavantage de nécessiter davantage de temps pour atteindre le seuil de rentabilité, mais les risques s’en trouvent aussi réduits dans la mesure où les coûts sont partagés. D’autant que nous observons, du moins en Grande-Bretagne, un biais du survivant qui voit les investisseurs privilégier les opérateurs qui ont surmonté des phases de marchés difficiles en continuant à assurer le support des produits. A la différence des banques d’investissement qui se retirent dès que la situation se dégrade et reviennent ensuite. Ce qui n’est pas un stage de stabilité.

Au niveau actuel des marchés d’actions, une expansion dans la robotique n’évoque-t-elle pas la bulle dot.com des années 2000?

Non. Je ne me fais pas de souci à cet égard. Même si nous avons observé des poches de valorisations élevées, par exemple dans l’impression 3D. Les analystes de Robo veillent à ce que les valorisations constitutives de l’indice soient appropriées.

Comment avez-vous vécu cette longue phase de déclin des matières premières?

Heureusement, ETF Securities est une société non cotée. Car dans un contexte de chute de 70% en cinq ans de l’indice Bloomberg des matières premières, depuis son pic, nous avons entamé notre stratégie de diversification en 2013. Mais il faut des années avant que cela ne génère des flux additionnels de revenus. Nous avons toujours été prudents dans la gestion des coûts et sommes dépourvus d’endettement. Nous savions par conséquent que nous pouvions surmonter cette phase baissière malgré des années très difficiles en 2014 et 2015.

Vous ne prévoyez donc pas d’introduction en cotation (IPO)?

Non. Car nous n’avons pas besoin de capital. Et pour les raisons précitées, car je ne siègerais pas ici si notre société avait été cotée, sous la pression des résultats trimestriels. Une vue à long terme est très difficile à mettre en place pour une société cotée.





 

AGEFI




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