Chute record de l’offre mondiale de pétrole

mercredi, 27.04.2016

Fatih Birol, directeur de l’AIE anticipe une confirmation de la tendance haussière en fin d’année.

Interview: Nicolette de Joncaire

Fatih Birol

A la conférence de la Chambre du Commerce et de l’Industrie Suisse-Turquie (CCIST) à Genève hier, Fatih Birol, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) annonçait une vraie remontée des cours pour fin 2016 ou en début d’année prochaine. Production en baisse, consommation en hausse, stocks en pente descendante, le rééquilibrage entre offre et demande se confirme avec un output déclinant aux Etats-Unis mais également dans plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique Latine. Une baisse estimée globalement à 700.000 barils/jour, soit la chute la plus importante des 25 dernières années. Il est toutefois improbable que le prix rejoigne de nouveau 100 dollars le baril à terme. L’AIE anticipe des cours autour de 80 dollars à l’horizon 2020.

L’excédent de pétrole parait se résorber. Anticipez-vous une remontée plus poussée des cours?

La production américaine et celles de plusieurs hors OPEP déclinent rapidement. Aux Etats-Unis - où la fermeture des puits est conséquente -  nous attendons une baisse de 600.000 barils/jours et, globalement, de 700.000 barils. Soit la chute d’offre la plus rapide observée depuis 1992. Les stocks décroissent et nous anticipons un rééquilibrage du marché en seconde moitié d’année, accompagné d’une nette confirmation de la hausse des cours.

Où voyez-vous les prix en fin d’année?

Nous ne sommes pas autorisés à exprimer ce type de prédiction. Ce que je peux dire est qu’à 40 dollars le baril, le pétrole des schistes américains se retire mais qu’autour de 60 dollars, il est susceptible de revenir.  Son retour remettrait la pression sur les prix ce qui rend très difficile d’envisager un pétrole à 100 dollars. Nous anticipons plutôt des cours autour de 80 dollars à l’horizon 2020. Il ne faut néanmoins pas négliger la forte chute des investissements en exploration qui, à terme, assèchera la production à venir. Il est probable que, dans le futur, les sources d’approvisionnement seront moins diversifiées.

Quel sera l’impact de l’arrivée du pétrole iranien sur le marché?

Le retour du pétrole iranien dépendra de la demande mais aussi de la capacité de marketing de l’Iran. Les gisements existants devraient permettre de mettre 500.000 barils/jour supplémentaire sur le marché ce qui compenserait plus ou moins la baisse d’offre évoquée plus haut. A terme, la capacité de l’Iran à accroitre sa production dépend de deux facteurs clés: les investissements étrangers et l’accès à la technologie appropriée. Les champs pétroliers iraniens sont complexes sur le plan géologique et l’accès au capital est critique pour les mettre en valeur. En résumé, nous estimons que l’arrivée du pétrole iranien sera insuffisante pour modifier la donne.

Les membres de l’OPEP ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un gel de la production. Dans ces conditions, on peut s’étonner que les cours continuent à grimper.

Les données fondamentales expliquent la remontée actuelle des cours, en dépit de l’absence du gel d’offre attendu de l’OPEP. L’offre de l’OPEP est compensée par les baisses de production des pays hors OPEP dont les coûts sont très élevés.

L’Inde peut-elle être une nouvelle Chine et recréer l’effet 2008?

L’Inde évolue vers le devant de la scène mais sa croissance ne devrait pas créer un phénomène comparable à ce que nous avons vu il y a dix ans. Certes, alors qu’en Europe on compte 500 automobiles pour 1000 habitants et aux Etats-Unis 750, l’Inde n’en compte encore que 17. En Inde, environ 250 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité et la stratégie du premier ministre Narendra Modi est résolument tournée vers une industrialisation du pays. Le potentiel de croissance de la consommation y est donc considérable. Néanmoins, l’offre possible est telle que nous ne verront plus les niveaux de prix du passé récent.

Les cours du pétrole sont corrélés à ceux du dollar. Quel impact a la politique de la Fed sur le pétrole?

La corrélation n’est pas constante. Le pétrole peut être corrélé au dollar comme il peut ne pas l’être. Mieux vaut juger de son évolution par les fondamentaux que sont l’offre, la demande et les stocks.

L’impact des prix bas a été très variable d’un pays à l’autre. Toutefois, l’effet consommation attendu sur la croissance ne s’est pas vraiment réalisé. Pour quelle raison?

Pour certains pays comme l’Inde, la Chine ou le Japon, la baisse des cours a été une aubaine avec un effet bénéfique sur leur compte courant. Pour d’autres comme le Nigeria ou le Venezuela, un désastre. Globalement, la baisse des cours n’a effectivement pas eu l’effet de stimulus espéré. L’une des raisons est que la part du pétrole - et des énergies fossiles - dans l’économie est beaucoup plus faible qu’elle ne l’était il y a vingt ans. Entre efficience énergétique et renouvelables, les chocs dus aux variations de prix des énergies fossiles sont très affaiblis et l’effet positif d’une baisse de prix nettement amoindri.





 

AGEFI




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