Le contexte difficile des commodities

vendredi, 15.04.2016

Vale. Face aux rumeurs de délocalisations sous fond de réduction des coûts, le nouveau président du board affirme le maintien du site à Saint-Prex.

Interview: Tiago Pires

Vale international, filiale suisse du producteur global de minerai de fer, a annoncé hier la nomination de Roberto Gottschalk à la tête du centre d’affaires internationales en Suisse. Le Brésilien d’origine a pris sa nouvelle fonction depuis le début d’année. Face aux rumeurs de délocalisations sous fond de réduction des coûts, il affirme le maintien du site à Saint-Prex. Entretien.

Comment interpréter le timing de ce changement au sein de la présidence du conseil d’administration de Vale International?

C’est un processus tout à fait normal dans une société. Notre ancien président du conseil d’administration Fidel Blanco, a exercé cette fonction avec succès. C’était le moment idéal d’offrir de nouvelles opportunités à Fidel et d’amener un nouveau dynamisme au conseil d’administration.

D’autres changements sont prévus?

Nous n’avons prévu aucun autre changement que ce soit au sein du conseil ou dans le management opérationnel. Une équipe de huit personnes en provenance du Brésil va bientôt  s’installer en Suisse, sur le site de Saint-Prex. Issus du département marketing et relations commerciales, ils seront sur un fuseau horaire adéquat pour répondre efficacement et de manière ciblée à nos différents partenaires commerciaux. C’est une belle opportunité pour eux d’être en Suisse dans un centre d’affaires  qui est important pour le groupe. Cela portera donc au nombre 83 personnes présentes sur le site.

Le secteur des matières premières est confronté à une crise des prix sans précédent. Sur la base de ce constat, quelles sont les modifications que vous avez opérées dans vos objectifs?

Le secteur des matières premières est cyclique. Pour l’instant, l’environnement est vraiment difficile, notamment à cause de l’économie chinoise. Comme les industriels ont réduit leur demande, il y a eu une véritable chute des prix. Nous sommes donc particulièrement attentifs à l’évolution du marché. C’est pourquoi, nous voulons mener tout un programme de réduction de coûts et de productivité dans le processus d’extraction,, notamment du minerai de fer. En baissant les charges, nous serons plus à même de faire face à cet environnement dépréciatif.

Concrètement, comment allez-vous procéder?

Nous allons investir des ressources financières et humaines dans notre nouveau projet durable, nommé S11D; le plus grand projet de l’histoire du secteur minier international. En améliorant le processus d’extraction, notamment par le système «Truckless», qui signifie sans l’utilisation de camions, diminuant ainsi l’utilisation du fuel et de l’eau, donc avec un impact moindre pour l’environnement. Nous diminuons ainsi nos coûts et augmentons nos revenus. Avec S11D, nous allons démarrer les opérations au  cours du second semestre de cette année. Cette nouvelle mine de minerai de fer à Carajas, dans l’Etat du Pará apporte de nouvelles technologies qui permettent à l’entreprise d’extraire le meilleur minerai de fer au monde avec les coûts les plus bas.

En 2015, Vale avait déjà procédé à des réductions de coûts. Quels seront les priorités en 2016?

Outre notre volonté d’apporter une attention particulière sur les processus d’extraction, nous allons aussi nous désinvestir progressivement de certaines mines générant des résultats en-dessous de nos attentes. Pour l’instant, nous n’avons encore défini aucun nombre ou localisation. C’est un long processus sur lequel nous voulons travailler avec minutie. Notre objectif est de démarrer l’année 2017 en augmentant le volume de production de minerai de fer.

Les effectifs vont-ils être réduits dans le groupe?

Nous  suggérons des transferts de nos ressources humaines des sites non-satisfaisants vers le projet S11D, avec 2600 postes de travail prévu sur le long terme. En Suisse, aucune réduction ne sera effectuée.

Le groupe fait également face à des situations difficiles au Brésil,  Vale a-t-elle revu ses objectifs?

Les défis brésiliens, autant politiques qu’économiques, ont un impact énorme sur place. Vale détient davantage un profil d’exportateur. De fait, le marché brésilien correspond à 10% de notre volume d’affaires. La dévaluation du reais a un impact sur la marche de nos activités. Comme nous comptabilisons tout en dollars, lorsque la devise américaine s’apprécie, nous avons moins de coûts.

Et le barrage de Samarco?

Cette tragédie nous a évidemment  terriblement attristés. Nous sommes parvenus avec les dirigeants de Samarco et de l’entreprise australienne BHP à conclure une entente portant sur 40 initiatives avec l’Etat et le gouvernement fédéral brésilien.

Face à ces crises, il y a une volonté affirmée du groupe de réduire les coûts. Avec des rumeurs ici, en Suisse, selon lesquelles vous pourriez supprimer le site de Saint-Prex.

Le centre international de Saint-Prex est une valeur importante pour le groupe Vale. Il n’y a donc aucune intention de délocaliser les activités. Nous sommes dans une stratégie de réduction des coûts, nous devons donc également baisser nos charges à Saint-Prex. Il n’y a aucun licenciement de prévu. Nous allons juste réduire certains coûts administratifs. Comme par exemple: opérer une migration de notre parc informatique sur le cloud. De plus, nous sommes davantage dans une tendance de recrutement de personnel à Saint-Prex. J’ai d’ailleurs déjeuné avec le syndic de la commune afin de lui réaffirmer notre volonté de rester ici. D’ici juin, j’aurai rencontré les autorités vaudoises pour les rassurer.

Avec la troisième réforme de l’imposition des entreprises, Vale devra s’acquitter d’une imposition plus forte dans un contexte conjoncturel peu encourageant. Comment allez-vous gérer cette situation?

C’est une réforme importante pour le canton de Vaud et la Suisse en général. J’estime que le canton de Vaud suit le bon chemin en adoptant cette réforme. Etant une société d’un groupe brésilien, nous ne sommes pas soumis uniquement à la législation fiscale suisse mais aussi étrangère et dès lors, nous mesurons les choses sous une forme plus globale.

Quel regard portez-vous sur le secteur des commodities actuel?

Le secteur arrive au terme d’un cycle. Seules les sociétés les plus efficientes et les plus compétitives survivront à cet environnement difficile. Toutes les récentes entreprises qui se sont créées dans le sillage d’une hausse des prix, sont vouées à disparaître. Le secteur va également s’assainir.

Des opportunités d’acquisitions?

Vale est toujours attentif aux opportunités. Dans un esprit à court terme, nous restons focaliser sur nos activités actuelles avec une réduction des coûts.

En qualité de nouveau président du conseil d’administration, quel est votre message?

Je suis venu en Suisse avec la volonté de motiver nos équipes sur place au niveau mondial. Je veux qu’elles suivent cette dynamique et croient en nos capacités. Je suis convaincu que Vale fera face avec succès aux difficultés se présentant à nous. Nous allons capitaliser sur notre relation avec la Suisse et nos clients européens.





 

AGEFI




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