Investissements ciblés sur une profitabilité intrinsèque

mercredi, 13.04.2016

Vitol. Tout actif doit répondre à deux critères. Etre fondamentalement viable et s’inscrire dans la chaine de valeur du négoce.

Interview: Nicolette de Joncaire

Ian Taylor

Ian Taylor, président et directeur général de Vitol

Le géant du négoce de l’énergie Vitol publiait récemment des volumes en hausse sur le brut et les produits pétroliers (+13%) mais en baisse sur le gaz naturel, l’électricité et le charbon. Très diversifié, le groupe se déploie sur l’ensemble de la chaine de valeur de l’énergie, de l’exploration (Vitol E&P), au stockage (VTTI), de la production d’électricité (centrale d’Immingham) aux raffineries (Cressier, Bayernoil, Geelong, Anvers, UAE) et à la distribution d’essence dans les stations-services (Viva Energy en Australie, Vivo en Afrique). Comment s’expliquent les résultats de 2015? Quelle est la stratégie qui sous-tend l’acquisition d’actifs? Quelles sont les synergies entre ces actifs et les marges de trading? Quelle est l’importance de la Suisse pour le groupe?  Venu de Londres à l’occasion du FT Commodities Global Summit, le président et directeur général, Ian Taylor, répond à quelques questions.

Comment expliquez-vous les résultats de 2015?

La hausse des volumes sur le brut et les produits pétroliers est imputable à une hausse de la demande directement liée à la baisse des cours, l’élasticité de la demande de ces produits par rapport au prix étant élevée. En ce qui concerne le gaz naturel et l’électricité, il s’est avéré difficile d’identifier des transactions profitables et nous avons préféré réduire la voilure. Le négoce de l’électricité en Europe par exemple est particulièrement difficile.

Vous ne publiez pas vos marges mais, selon des sources externes, elles seraient en nette hausse. Est-ce le cas?

Les chiffres publiés ne sont qu’approximatifs mais, effectivement, 2015 a été une bonne année.

Est-ce dû à la forte volatilité sur les marchés?

Pas strictement parlant car tous nos portefeuilles sont couverts mais le contango a contribué à améliorer nos résultats dans la mesure où il permet de mieux couvrir les coûts de stockage et de transport.

Vitol possède de nombreux actifs, très diversifiés. Leur rôle est-il d’améliorer les marges du négoce?

A nos yeux, tout actif doit répondre à deux critères principaux. Etre intrinsèquement profitable et s’inscrire dans la chaine de valeur du négoce. Toutes nos filiales spécialisées, Varo, VTTI, Vivo ou Viva par exemple, sont viables économiquement de plein droit. Bien évidemment, Vitol peut être amené à y écouler ses produits (ou acheter les leurs) mais uniquement en termes de compétitivité en regard du marché. Le rapport n’est jamais contraignant et elles peuvent se tourner vers d’autres partenaires.  

L’acquisition ou la vente d’actifs est-elle opportuniste?

Pas au sens où nous achetons et vendons au gré des besoins du négoce. Rien n’est pour toujours, mais de manière générale, nos investissements sont à long terme et même à très long terme. Lorsque nous reprenons un actif, nous lui apportons aussi notre culture, faite d’encouragement à la performance et de hiérarchie plate. Parfois, nous devons le débarrasser d’un certain nombre d’échelons superflus.  

Votre projet au Ghana est inhabituel pour un négociant international dans la mesure où il ne s’agit pas d’exploiter les champs gaziers pour exporter mais pour développer le pays. Est-ce un modèle que vous envisagez répliquer?

Nous aimerions beaucoup le répliquer et espérons avoir noué avec la Banque Mondiale une relation qui, permettant de réduire le risque de contrepartie, offrira d’autres possibilités similaires. L’Afrique a grand besoin d’énergie propre et possède de vastes ressources de gaz mais nous ne pouvons nous permettre de prendre des risques de crédit aussi importants sans appui.  

En 2013, vous aviez annoncé entrer sur le marché des grains. Qu’en est-il aujourd’hui?

C’est un domaine où nous avons sensiblement réduit nos objectifs et qui ne jouera pas un rôle important dans notre futur. Contrairement à l’énergie où les contreparties sont généralement de grande taille et financièrement robustes, sur les marchés agricoles, il faut travailler avec quantité de petits partenaires assez fragiles. Ce n’est pas notre cœur de métier.

Il y a deux ans, vous avez introduit VTTI Energy Partners MLP en bourse, sur le NYSE. Etes-vous prêts à répéter l’expérience pour d’autres composants du groupe?

Nous n’introduirons jamais nos activités-cœur de négoce sur les marchés. Par contre, et à l’occasion, il pourrait nous arriver de coter un segment particulier comme nous l’avons fait dans ce cas, pour dégager des profits plusieurs fois supérieurs et libérer du capital. Ceci dit, nous n’envisageons aucune opération de ce type pour le moment.

Avez-vous l’intention d’ouvrir vos rapports financiers au public?

Il n’en est pas question.

Vitol publie un code de conduite qui affirme la sensibilité du groupe à l’impact de ses activités sur les parties prenantes. Il y est fait référence au Global Compact de l’ONU. Songez-vous à adhérer au Global Compact?

Nous soutenons pleinement les principes du Global Compact et les imposons à notre personnel. Par contre, nous sommes assez réticents à nous engager dans les multiples procédures de reporting qui y sont associées et qui consistent essentiellement à cocher des cases. Nous sommes, par contre, complètement ouverts à collaborer avec les ONG sur tous les sujets.

Quelle est pour votre groupe l’importance de ses activités en Suisse?

La Suisse est très importante à nos yeux et beaucoup de nos collaborateurs les plus seniors y résident. Je m’inquiète toutefois d’une mentalité anti-business qui parait se développer dans certains groupes et qui vise notre secteur alors que nous créons des emplois, payons des impôts et, de manière plus générale, nous comportons correctement.  

Le président du STSA, David Fransen, est membre de la direction de Vitol. Le STSA remplit-il, selon vous, une fonction importante?

Sans aucun doute. L’association fédère les membres de l’industrie, dans une certaine mesure, et permet de donner au public des réponses à ses interrogations. Cette association est d’ailleurs unique en Europe où ce type de représentation est peu développé alors qu’il l’est puissamment aux Etats-Unis.

Quel sera l’effet de l’importante réduction de dépenses d’investissement sur les marchés de l’énergie que l’on observe à l’heure actuelle?

Sans aucun doute un resserrement du marché et une hausse des prix à terme. Pas immédiatement car l’impact n’est pas immédiat mais probablement en 2017 ou 2018.

Le risque de crédit est l’une des grandes préoccupations des maisons de négoce en cette période de prix bas. Les producteurs indépendants – américains par exemple – sont-ils les plus problématiques?

C’est l’exemple qui vient à l’esprit immédiatement mais en réalité les sociétés d’Etat pétrolières de certains pays commencent à présenter des risques tout aussi importants. Certains pays producteurs de ressources énergétiques se retrouvent au bord de la faillite.

Quel sera l’impact des engagements pris à la COP21 en matière de transition énergétique?

Au sein des matières premières, je n’ai aucun doute que le charbon sera le plus touché. Pour réduire ses émissions de CO2, la Chine en importe déjà moins, au profit du gaz.





 

AGEFI




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