L’indépendance énergétique du Ghana

vendredi, 08.04.2016

Vitol. Le projet Sankofa assurera l’autonomie à base de gaz offshore. Vaste programme mené avec ENI, le gouvernement ghanéen et la Banque Mondiale.

Interview: Nicolette de Joncaire

John-Paul Stalder

John-Paul Stalder, directeur des investissements; Vitol

Le Ghana: 27 millions d’habitants, un PIB (PPP) par habitant de l’ordre de 4200 dollars et une croissance moyenne de 8% par an sur les quinze dernières années. Un succès économique et politique mais une expansion toutefois freinée par une production d’énergie insuffisante. Suite à la découverte de réserves de gaz naturel considérables à 60 km au large des côtes du Ghana par Vitol en 2009, le Ghana acquerra son indépendance énergétique à brève échéance dans des conditions environnementales très favorables. Vitol s’est associé avec le groupe italien ENI,  la National Petroleum Corporation du Ghana (GNPC) et la Banque Mondiale pour mener à bien le projet Sankofa qui permettra de substituer une source énergétique propre aux hydrocarbures importés à l’heure actuelle et  de répondre aux besoins d’une croissance limitée par une production d’énergie pour l’heure très insuffisante. Selon la Banque Mondiale, le Ghana sera en mesure de réduire ses importations de pétrole de 12 millions de barils par an et de réduire ses émissions de CO2 d’environ 8 millions de tonnes sur cinq ans. Au terme du projet, le Ghana sera non seulement autonome sur le plan énergétique mais également en mesure d’exporter du pétrole exploité en parallèle. D’importateur net, le pays deviendrait ainsi exportateur net. L’investissement total est estimé à plus de 7 milliards de dollars pour la durée du projet, soit en 2036: une transition énergétique unique au monde et le plus grand investissement étranger direct de l’histoire du Ghana. Entretien avec John-Paul Stalder, directeur des investissements chez Vitol.

Comment Vitol a-t-il été amené à la découverte des champs gaziers offshore du Ghana?

La licence d’exploration a été octroyée en 2006 et Vitol a découvert le premier champ gazier en 2009. Nous nous sommes très rapidement associés avec ENI, leader du gaz naturel en Europe, en raison de son expérience dans l’exploitation offshore. A l’heure actuelle, Vitol continue d’assurer l’exploration et c’est ENI qui joue le rôle d’opérateur du projet, les deux entités opérant au titre de contractants de l’Etat ghanéen.  

Comment est née l’idée d’exploiter le gaz au profit du développement du pays?

Dès la découverte des gisements de gaz, nous avons compris que l’ampleur des réserves pouvait transformer l’équilibre énergétique du pays, en permettant la transition d’une électricité générée à base d’hydrocarbures liquides importées vers celle d’une production à base de gaz naturel beaucoup plus propre et économiquement plus viable, tout en assurant les besoins énergétiques du Ghana sur une longue période. Nous avons donc conçu un projet - tout à fait unique en son genre - qui permet le passage de l’approvisionnement liquide à l’approvisionnement gazier d’un seul coup permettant au Ghana d’utiliser les cycles combinés (CCGT) utilisant le gaz comme source primaire d’énergie, une technologie adoptée dans les économies développées d’Europe, d’Asie et d’Amérique pour réduire les émissions de CO2 et, entre autres, conseillée par les directives de l’Union européenne. La restructuration du secteur énergétique ghanéen, sur lequel nous avons travaillé avec les autorités ghanéennes et la Banque Mondiale, se fera en deux ans et assurera l’autonomie énergétique du pays.  Ce sont, à mon sens, les points les plus importants du projet.

Comment le Ghana est-il équipé à l’heure actuelle?

L’électricité du pays est générée pour 1,2 GW par trois centrales hydroélectriques - une source qui a atteint sa limite -  et, pour 1,2 GW par neuf centrales alimentées par au pétrole et au fioul et pour une petite partie au gaz nigérian La production actuelle est insuffisante pour couvrir les besoins du pays, et moins encore ceux de sa croissance future.

En quoi consiste la restructuration du secteur énergétique et à quelle échéance?

Le développement a démarré en 2015 tant sur le forage que sur les commandes destinées à bâtir l’infrastructure sur trois ans. Un certain nombre d’installations offshore majeures sont en cours de construction tant au Ghana qu’à l’étranger et seront installées l’an prochain. En dehors du forage, il s’agira de construire un gazoduc pour amener le gaz à terre puis de le diriger vers les principaux centres de consommation, dans la région de la capitale, Accra, ainsi qu’au centre de Takoradi à l’ouest du pays où se trouvent les principales industries et exploitations minières du pays. Certains éléments de ce réseau existent déjà mais ils doivent être étendus et connectés. L’aménagement des centrales se fera sur trois étapes. Une première étape de conversion des neuf centrales existantes du pétrole au gaz (elles ont été construites dans cette optique et la conversion devrait être rapide), la construction et l’expansion de sept à huit nouvelles centrales répondant à la demande existante pour une production d’environ 1,9 GW et, avec le soutien de la Banque Mondiale, un programme de construction d’un certain nombre de centrales complémentaires pour les besoins futurs, estimés à 1,5 GW. Soit en tout un accroissement final de la capacité de l’ordre de 3 à 4 GW.

En dehors du gaz, Vitol a aussi découvert des réserves de pétrole.

Effectivement, les gisements pétroliers de  Sankofa  comportent des réserves de pétrole, une qualité relativement élevée de brut léger. Toutefois il est important de noter que le développement pétrolier fait l’objet d’un projet distinct destiné à l’exportation. Qui fera du Ghana un exportateur net alors qu’il est actuellement importateur net.

Quand démarrera la production?

Celle de pétrole est prévue pour l’été 2017 et celle du gaz pour 2018.

Les réserves de gaz seront-elles suffisantes pour couvrir le futur du pays?

Celles que nous avons sous licence jusqu’en 2036 sont largement suffisantes mais les gisements devraient continuer à produire bien plus longtemps. Les réserves de pétrole et de gaz développées par Vitol sont estimées à un demi-milliard d’équivalent baril. Le gaz seul est estimé à 1500 milliards de pieds cubiques.

Que se passera-t-il en fin licence?

Tout reviendra à l’Etat.

A combien se montent les investissements?

Ils sont de plus de 7 milliards de dollars sur la vie du projet, soit à 2036. Le capital initial, soit 4,2 milliards, a été engagé conjointement par Vitol et ENI à raison de 44% et 56% respectivement.  Si Vitol et ENI portent l’ensemble des coûts d’investissement, le gouvernement ghanéen recevra 20% de la valeur du projet.

Le prix du gaz sera-t-il compétitif?

Une fois prise en compte l’exportation des hydrocarbures liquides, le coût devrait se situer autour de 4 dollars par million de BTU.

Vitol a-t-il déjà négocié des contrats d’enlèvement?

Non et rien ne sera décidé avant une date proche du démarrage de la production, en été 2017.





 

AGEFI




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