Un Brexit ne fera pas venir en Suisse de gérants britanniques

vendredi, 11.03.2016

L’impossibilité de distribuer en Europe depuis la Suisse limite le développement de l’asset management à Genève.

Sébastien Ruche

Genève et la Suisse peinent à développer véritablement l’activité de gestion d’actifs, pourtant présentée comme un relais de croissance pour la place financière après l’abandon du secret bancaire. Un éventuel Brexit n’y changerait rien, les acteurs britanniques étant refroidis par l’impossibilité de distribuer leurs produits s’ils venaient gérer en Suisse.

«La question est réglée en dix minutes lorsqu’on en parle avec eux», résume l’avocat François Rayroux, qui participait cette semaine à une conférence Friends of funds sur l’asset management en Suisse. Quelle question? Celle d’une éventuelle arrivée en Suisse des grands groupes britanniques au cas où le Royaume-Uni quitterait l’Union européenne. «Il est possible de gérer depuis la Suisse, mais on a alors besoin d’un distributeur ailleurs en Europe, poursuit le spécialiste du droit bancaire de chez Lenz & Staehelin. Cette impossibilité de distribuer fait que ces grands acteurs n’ont aucun intérêt pour la Suisse. A part si les dirigeants adorent le Léman ou Verbier…»

Il ne faudra donc pas compter sur les concurrents britanniques pour venir alimenter un cluster suisse de l’asset management, qui tarde vraiment à se concrétiser. Le cadre réglementaire a pourtant été modernisé et rendu euro-compatible, en particulier avec la révision de la Loi sur les placements collectifs de capitaux (LPCC), entrée en vigueur le 1er mars 2013. «Mais cela n’a pas fait venir d’asset managers étrangers en Suisse, même s’il s’agit d’un pays d’épargne et une place financière importante, avec un nombre de fonds étrangers autorisés sur le marché local parmi les plus élevés au monde», remarque Jean-Sébastien Lassonde, de PwC.

En Suisse, 183 gérants d’actifs disposent aujourd’hui d’une licence LPCC, et on estime que 200 à 220 en auraient besoin. Le processus d’autorisation arrive à son terme: tous ceux qui avaient besoin de la licence l’ont obtenue ou en ont fait la demande, poursuit Jean-Sébastien Lassonde. Il mentionne aussi une petite dizaine de cas d’abandon de licence LPCC, mais sans tendance de fond.

«Il s’agit toujours de cas particuliers, par exemple lorsque le gérant décide d’arrêter d’utiliser du levier et peut en conséquence bénéficier des clauses de minimis». La révision de la LPCC prévoit qu’un gérant de fonds n’a pas besoin d’autorisation s’il gère moins de 100 millions avec levier ou moins de 500 millions sans levier. En revanche, aucun des orateurs présents à la conférence n’a l’impression que la révision de la LPCC a poussé des gérants à quitter la Suisse ou à s’expatrier.

Pourtant, une gestion depuis la Suisse coûte cher, à cause de coûts fixes élevés et du swiss finish. Comme les marges sont basses et normalisées dans l’asset management, de nombreux acteurs locaux connaissent des difficultés. Or la solution de l’expatriation, par exemple à Londres où l’autorité de surveillance est jugée «arrangeante» et où le pool de talent est profond, nécessite des moyens et une base de clients dont ne disposent pas tous les acteurs suisses, enchaîne Régis Martin, deputy CEO d’Unigestion. Les solutions: industrialiser les méthodes de gestion – et donc travailler sur de grands volumes, et innover pour produire des stratégies de niche.





 

AGEFI



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