La plateforme de fabrication numérique non marchande

lundi, 08.06.2015

Série Fablab (1/5). L’atelier de conception et de production utilisant internet permet de passer rapidement d’une idée à un prototype.

Richard Timsit*

Un Fablab est une plateforme de fabrication numérique, ouverte et non marchande. Ce type de lieu doit faire penser aux bibliothèques qui, depuis celle d’Alexandrie, jouent un si beau rôle dans la transmission non marchande du savoir. Plus près de nous, internet, produit d’une culture scientifique du partage des connaissances nous donne de nombreux outils portant la trace de cette origine dont Wikipedia est le plus connu. Internet permet l’interconnexion de tous les Fablabs.

Le domaine du Fablab est à la fois celui de la conception et de la fabrication, l’équipement du lieu est bien évidemment constitué de machines à commande numérique et, même si l’établi a plutôt la forme d’un ordinateur, c’est bien d’un atelier - anagramme de réalité – qu’il s’agit. La possibilité de passer rapidement d’une idée à un objet – prototypage – sans aucune autre contrainte que celles imposées par l’état de l’art pourrait faire croire que le mot Fablab vient du mot fabuleux.    

Le Fablab est donc un atelier dans lequel conception – avec autrui – et fabrication – à l’aide de machines numériques ou non – sont indissociables. Même s’il arrive que le projet d’un des participants consiste à réaliser un prototype dans le but d’en faire une marchandise ou une œuvre d’art, c’est la méthode créative spécifique au Fablab qui reste saillante et profite à tout le monde. Chaque idée brassée pour la réalisation est documentée et propagée, enrichissant ainsi l’ensemble des mailles du réseau.

C’est d’ailleurs le but du Fablab que de nourrir le tissu social de savoirs et de savoir-faire acquis ces dernières années dans le domaine du numérique. Si le déploiement d’Internet à la fin du XXe siècle a permis d’inventer un mode de développement ouvert et partagé pour le logiciel (Logiciel libre, Open Source) ou de produire en commun des biens immatériels, cette pratique heureuse se répand aujourd’hui dans le monde des objets.

Des circuits électroniques à très faible coût comme la petite carte Arduino ou les circuits d’Adafruit sont à disposition. Leur conception en Open Hardware a permis à des millions de makers – ceux qui font, bricoleurs du XXIe siècle – de s’en emparer et de faire profiter la planète entière d’une quantité impressionnante de montages parfaitement bien pensés et documentés. Un éventail de logiciels libres permettent de piloter des machines numériques souvent elles-mêmes conçues et déployées selon le même modèle ouvert. Si en 2005, quand ce concept est né, les fonds nécessaires à la mise en place d’un Fablab étaient très importants, ils le sont bien moins aujourd’hui. Cela ne signifie pas pour autant que le modèle économique de ces structures ouvertes soit simple à trouver.

Ces plateformes profitent non seulement de tout ce qui a été créé – logiciel et matériel – dans la sphère non marchande de l’activité sociale, mais aussi de toute la culture qui a conduit à sa production. En effet, cette dernière s’est réalisée en grande partie hors du mode industriel dans des communautés – universitaires ou non éparpillées sur la planète avec des méthodologies spécifiques à chacune. Des plus contraignantes – noyau Linux – aux plus souples et informelles. Ces communautés se sont toujours constituées avec pour seul but celui de produire du logiciel de qualité répondant à leurs besoins ou à ceux de leurs contributeurs.

La production hyperindustrielle impose une séparation entre la conception – le cerveau – et la réalisation – la main –, dont bien des acteurs cherchent à se libérer. Cela explique l’actuel engouement pour la réappropriation de la maîtrise globale de la chaîne de réalisation d’un objet, de sa conception à son prototypage, voire à sa réalisation.

Cette immersion dans un espace ouvert à des acteurs riches d’expériences diverses dans de nombreuses disciplines (artistes, électroniciens, mécaniciens, informaticiens, graphistes, biologistes, architectes, etc.) partageant leurs idées dans la plus grande liberté offre une vision globale des possibles.

Contrastant avec les miettes de travail concédées et imposées par le système marchand, cette formidable liberté est émancipatrice et redonne espoir. Les idées fusent et le monde redevient marchant.

* Manager Fablab Chêne 20

Le prochain article de la série dans nos éditions de demain.



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