L’utopie à caractère régressif

vendredi, 22.08.2014

La croissance zéro n’est pas réalisable. Ce qui n’empêche pas de réfléchir à des moyens de la maîtriser.

VÉRONIQUE KÄMPFEN*

«Qui n’avance pas recule.» Ce bon vieil adage, repris par d’autres sous une forme plus imagée – «si on ne pédale pas à vélo, on tombe» – est au cœur de la dernière publication d’economiesuisse: «Faut-il de la croissance?». Dans son mot d’introduction, Rudolf Minsch, chef économiste d’economiesuisse, donne le ton: «Pour beaucoup, la croissance, c’est toujours plus. Cette définition simpliste ne décrit que partiellement le phénomène. La croissance économique, c’est avant tout le changement, l’évolution, le progrès. A contrario, la croissance zéro, c’est l’immobilisme et le statu quo. Et parce que le monde continue de tourner et que nos besoins évoluent avec lui, le statu quo se transforme rapidement en régression».

Le document décline sept «mythes» de la croissance et, chiffres à l’appui, les démolit. «La croissance oblige à toujours consommer davantage» est par exemple le premier de ces mythes. La croissance économique est en effet liée dans l’esprit du public à la croissance de la consommation: «Les citoyens se laisseraient séduire par les sirènes de l’industrie et accumuleraient des biens superflus au lieu de jouir d’une liberté accrue». Dans les faits, les travailleurs suisses profitent d’une durée de travail hebdomadaire toujours plus courte et travaillent de moins en moins longtemps au cours de leur vie, du fait d’une durée de formation plus longue, de travail à temps partiel et de retraite souvent anticipée. La consommation privée augmente dans le même temps. Elle ne le fait pas en termes de quantité, mais de qualité des produits consommés. Un exemple de ce phénomène est l’expansion de l’agriculture biologique. Autre exemple de mythe: la croissance économique nuit à l’environnement. Pas forcément. La presse nous l’a appris cette semaine: les voitures modernes consomment toujours moins de carburant, ce qui est une excellente nouvelle non seulement pour le porte-monnaie, mais surtout pour l’environnement. La croissance économique n’entraîne pas nécessairement une augmentation de la consommation d’énergie. Les pays industrialisés ont ainsi enregistré une réelle amélioration de leurs indicateurs environnementaux ces dernières décennies. Comme l’indique economiesuisse: «La protection de la nature est devenue un argument de vente décisif et le développement de technologies et de mécanismes respectueux de l’environnement draine des investissements considérables. Tous ces phénomènes stimulent la croissance et sont des processus caractéristiques d’une économie mûre.»

Les autres mythes développés dans ce document sont: l’action politique peut facilement empêcher la croissance, il est impossible de maintenir la croissance exponentielle à long terme, la croissance peut être induite par des subventions ou des investissements publics, les inégalités et la pauvreté des pays en développement sont des conséquences de la croissance des pays industrialisés, le protectionnisme protège la prospérité.

La conclusion de l’analyse de ces thèses est que la croissance zéro est une utopie régressive. Cela ne doit néanmoins pas nous empêcher de réfléchir à une croissance maîtrisée, consentie et bien comprise. La croissance, sous l’angle du progrès économique, est le résultat des efforts d’innovation déployés par les hommes. Le progrès est inéluctable, tant que les hommes seront dotés d’intelligence et qu’ils la mettront au service de l’évolution. C’est une bonne chose.

* FER Genève





 

AGEFI



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