Remise en cause du dollar en tant que monnaie de réserve

lundi, 03.04.2017

Old Mutual GI. La situation actuelle de manque de références ressemble à celle d’après l’abandon de l’étalon-or.

Christian Affolter

Le consensus tente de trouver les explications pour le fait que le dollar US se soit moins apprécié que ce que n’impliquent les scénarios de croissance et d’évolution des taux correspondant au programme esquissé par Trump surtout à l’intérieur des Etats-Unis. Notamment la déception suite au blocage de l’abolition d’Obamacare. Ce qui est moins lié au dossier en tant que tel qu’aux doutes par rapport à la capacité du nouveau président de mettre en œuvre ses plans. Le billet vert sera d’autant plus sensible au sort réservé aux tentatives d’alléger la charge fiscale.

Le changement sous-jacent pourrait aussi être nettement plus profond. Des statuts du dollar US aujourd’hui encore largement considérés immuables sont déjà en train de changer. Parmi les premiers à en rendre compte, les gestionnaires de fonds en métaux précieux, qui ont tout intérêt à remettre en cause le fonctionnement actuel du système monétaire pour vanter la stabilité de l’or.

Comme Ned Naylor-Leyland, intervenu lors de la conférence annuelle d’Old Mutual Global Investors tenue dernièrement à Oxford (UK). Plusieurs éléments qu’il a présentés remettent en cause le statut du dollar US en tant que monnaie de négoce de matières premières, sur lequel s’appuie plus largement celui de monnaie de réserve, dont bénéficient notamment les bons du Trésor. Donald Trump a peut-être plus de raisons de s’inquiéter de la balance commerciale chroniquement négative que bon nombre de stratèges ne veulent admettre.

Selon Ned Naylor-Leyland, la situation actuelle a beaucoup de ressemblances avec la dernière remise en cause fondamentale: l’abandon de l’étalon-or par le président Nixon en 1971, notamment en raison de réserves en or insuffisantes pour couvrir les obligations. «Cette décision a déclenché une période de dix ans de turbulences monétaires», constate le gestionnaire. Après deux ans de vide quasi total, une monnaie papier sans référence, le pétrole a pris la place du métal jaune, «afin de maintenir la demande pour le dollar US».

Mais le négoce de l’or noir est en train de se réorienter, processus alimenté en partie par les sanctions décidées à l’égard de certains pays. Le dollar US n’y est plus la seule et unique monnaie de négoce. «La Russie vend d’importantes quantités de gaz et de pétrole à la Chine en Renminbi, souligne Ned Naylor-Leyland. La toile tissée par l’araignée dollar US ne fonctionne plus, le monde n’est plus unipolaire.»

Les conséquences vont bien au-delà du négoce de pétrole. L’autre côté des pétrodollars, ce sont les revenus de ventes d’or noir comme d’autres surplus commerciaux et réserves investis en bons du Trésor. L’érosion au sein de ces derniers est déjà si sensible que c’est probablement elle, plus que l’anticipation du resserrement de politique monétaire par la Fed, qui est à l’origine des mouvements marqués de la fin de l’année dernière.

Jamais auparavant la Chine n’a-t-elle procédé à une diminution aussi forte de ses réserves en bons du Trésor. Voulait-elle vraiment ne pas admettre une dépréciation trop importante du Renminbi, comme le veut l’explication la plus courante?

Celle-ci n’est en tout cas pas incompatible avec l’idée que l’Empire du Milieu a besoin de réserves en dollars moins importantes, grâce au fait de pouvoir acquérir du pétrole dans sa propre monnaie.

Trois scénarios, ou solutions, sont possibles par la suite selon Ned Naylor-Leyland, équivalant tous à un certain retour en grâce de l’or. Tout d’abord, une réorientation progressive du négoce d’or vers l’Est, avec comme pierre angulaire la plateforme à Shanghai mise en place il y a un an. Un vecteur pour l’internationalisation du Renminbi. «L’or est le passeport dont il a besoin», résume le gestionnaire, qui estime que nous allons assister à la naissance d’un système hybride, entre le papier et l’or, avec de bonnes possibilités pour passer à des échelons supérieurs.

L’euro figure aussi parmi les candidats au négoce de l’or, ce qui serait une solution occidentale. «Plus de 60% des réserves de monnaie de la zone euro sont toujours détenues en or, et ils ne sont certainement pas vendeurs», explique Ned Naylor-Layland.

Finalement, les rencontres du G20, voire un nouvel accord Bretton Woods pourraient donner naissance à une solution mondiale. Le FMI accorderait par exemple aux cinq principales devises (dollar US, livre sterling, yen japonais, Renminbi, euro) un statut privilégié pour le négoce d’or.n






 

AGEFI



 
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