Tensions contraires et pics de volatilité

mardi, 03.01.2017

Pétrole. Coupes de l’OPEP contre reprise de la production US: les signaux contradictoires s’accumulent annonçant des oscillations aigues des prix.

Nicolette de Joncaire

Evolution de l'offre et de la demande de pétrole

Le cours du pétrole continue de progresser. Le Brent franchissait les 56 dollars le baril en milieu de semaine dernière, retrouvant son niveau de juillet 2015. Si, comme l’assume l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), les baisses de production annoncées par l’OPEP et par la Russie au 1er janvier sont respectées, l’offre devrait se réduire de 1,8 millions de barils/jour. A terme, l’excédent diminue et les premiers signes de pénurie pourraient apparaitre, poussant les prix vers le haut. Précisément comme nous l’avait annoncé Fatih Birol, directeur de l’Agence Internationale de l’Energie dans une interview du 27 avril dernier.

Rappelons brièvement que les quatorze pays de l’OPEP se sont accordés le 30 novembre dernier à Vienne pour diminuer l’offre du cartel de 1,2 millions de barils/jour en la ramenant aux alentours de 32,5 millions. Dès le lendemain, le Brent avait bondi de 9% à plus de 52 dollars le baril. L’organisation a en outre obtenu des pays non-OPEP, menés par la Russie, une réduction de 558.000 barils/jour. C’était la première fois depuis 2008 que l’OPEP s’accordait à réduire son output et la première fois depuis 2001 qu’elle le faisait avec le soutien de pays non-OPEP.

Pour beaucoup, la stratégie de l’OPEP, menée par l’Arabie Saoudite, depuis 2014 visait à accroitre ses parts de marché au détriment de la concurrence américaine. Si, effectivement, plus de 1500 puits de forage ont fermé aux Etats-Unis entre fin 2014 et début 2016, la production américaine n’a pas fléchi en proportion. Elle s’est même accrue dans un premier temps, passant la barre des 9,5 millions de barils/jours mi-2015 pour redescendre par la suite autour de 8,5 millions et remonter vers 9 millions fin 2016. Globalement, les producteurs américains ont su faire preuve de résilience, optimisant leurs coûts et ne maintenant en fonctionnement que les forages les plus efficients.

Retour de bâton, ce sont les pays à production traditionnelle, y compris ceux du Golfe, qui ont fini par souffrir d’un cours trop bas pour soutenir leurs équilibres budgétaires. La balance politique et économique de plusieurs pays, déjà précaire à l’époque des confortables recettes pétrolières de 2014, s’est sérieusement détériorée. L’Algérie, le Nigeria, la Libye, l’Irak ou le Venezuela ont vu le revenu de leurs exportations de pétrole chuter de plus de moitié. L’Algérie qui dérive 35% de son produit intérieur brut et les deux tiers de ses exportations du secteur pétrolier et gazier, ne peut assurer son équilibre qu’avec un prix du baril dans une fourchette de 100 à 110 dollars. Le Nigeria dérive 90% de ses revenus extérieurs de la vente du pétrole et des produits dérivés, la Lybie et l’Irak 98%. Ces pays ont été fortement touchés par un prix du baril tombé à 26 dollars en février dernier. D’après les chiffres publiés par Bloomberg, les revenus pétroliers des pays de l’OPEP se sont effondrés de 956 milliards de dollars en 2014 à 518 milliards en 2016. «Même l’Arabie saoudite, le plus gros producteur du groupe, a été contrainte de brûler des milliards de liquidités, de réduire les salaires des fonctionnaires et de solliciter les marchés obligataires pour combler son déficit budgétaire» affirme Bloomberg. Il est donc temps de revenir à des prix plus raisonnables.

Reste encore à savoir si certains membres de l’OPEP désespérés respecteront bien les accords. Le Nigeria et la Lybie bénéficient déjà d’exemptions aux coupes, d’autres pourraient être tentés de passer outre les restrictions. Reste aussi à savoir si la Russie honorera ses engagements. Ce n’est pas toujours dans ses habitudes. Rappelons qu’en désaccord avec l’AEI, Goldman Sachs anticipe une production de pétrole russe en plein essor, atteignant un record historique de 11,7 millions de barils/ jour en 2018 alors que l’AEI prévoit pour sa part un déclin de la production russe à 10,94 millions de b/j (L’Agefi du 27 juillet 2016).

Les perspectives de l’Agence Internationale de l’Energie ne sont pas aussi extrêmes que celles de Pierre Andurand (L’Agefi du 29 juin 2016), ni que celles publiées par Bank of America Merrill Lynch en septembre (L’Agefi du 13 septembre 2016). Il est toutefois clair que les cours vont remonter.

A 58 dollars comme l’anticipent une majorité d’analystes selon Bloomberg? A 65 dollars comme l’annonçait Pierre Andurand en juin? Le Fonds Monétaire International affirme qu’’il faudrait un baril au minimum à 62 dollars pour permettre aux économies vacillantes de huit des membres de l’OPEP pour se reprendre. Enfin et surtout, à quel niveau de prix faudra-t-il recompter sérieusement avec la production des schistes américains? Autour de 60 dollars, elle pourrait remonter de 4,5 à 5 millions de barils/jour affirme une note de Citigroup.

Le soutien que le président élu Donald Trump a promis à l’industrie pétrolière US risque de changer la donne. Faisant fi des protections environnementales implémentées par son prédécesseur, il s’est engagé à octroyer davantage de concessions pétrolières sur les terres appartenant au gouvernement fédéral et à encourager la construction des pipelines et autres infrastructures. Ce qui ne peut que renforcer la réouverture des puits US dont le compte s’est déjà ré-accru de plus de 200 depuis mai dernier. Sans compter que l’intention de Trump de lever les sanctions vis-à-vis de la Russie permettrait à cette dernière de remettre en route son programme d’investissement, partiellement financé par les pétroliers américains.

Alors, réduction de la production et reprise des cours ou, au contraire, reprise de la production et affaiblissement des cours? L’avenir reste flou. Et qui dit incertitude, dit volatilité.n






 

AGEFI



 
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