Le paradoxe du charbon propre

mardi, 06.09.2016

Simec. Alors que les Etats cherchent à le remplacer, le charbon représente aujourd’hui toujours plus de 40% de l’énergie électrique mondiale.

Interview: Elsa Floret

Raffaele Miscoria. Le charbon a mauvaise réputation. Il représente pourtant toujours plus de 40% de l’énergie mondiale. - (Photo: @point-of-views.ch)

Le charbon a mauvaise réputation. Il représente pourtant toujours plus de 40% de l’énergie mondiale. Son utilisation est stable depuis quelques années. La chute du cours - indexé à celui du pétrole - est compensée par une hausse de la demande en provenance de Chine, d’Inde, d’Europe et du Japon. Le charbon répond très bien à deux critères (le prix et la sécurité d’approvisionnement) sur les trois qui composent ce que l’on nomme «la triangulaire énergétique» dans toute décision de politique liée à l’énergie. Le respect de l’environnement compose ce troisième critère. Or, avec la chute des cours, les opportunités d’investissement dans la capture de Co2, ont disparu et la conversion du parc des centrales thermiques en centrales modernes peu polluantes avec. Aujourd’hui, ces dernières ne représentent que 25% de l’ensemble des centrales à charbon dans le monde. Nombreux sont les Etats, qui adoptent des politiques énergétiques excluant le charbon de leur source d’approvisionnement. Or, celui-ci apparaît comme un facteur équilibrant des pics de production électrique générés par les énergies renouvelables et la volatilité qui en découle. Le charbon semble donc encore incontournable.

Point de situation avec Raffaele Miscoria, nouvellement nommé responsable du charbon chez SIMEC à Genève sur le paradoxe du charbon propre.

Le charbon a mauvaise réputation pour son impact sur l’environnement. Or, il est la première source d’énergie mondiale (40%).

Il représente, en effet 40% de l’énergie mondiale, si l’on exclut la consommation énergétique automobile. Il s’agit là d’un des paradoxes, qui démontre que le charbon, quoique décrié, s’avère toujours indispensable comme source d’énergie. Ses réserves, quasiment infinies (800 milliards de tonnes), s’avèrent toutefois difficiles à évaluer car elles sont localisées sur l’ensemble de la planète en l’absence de mouvement géologique. Seul le prix fait fluctuer ces réserves, qui sont en réalité des ressources rentables.

La chute du cours du charbon, indexé à celui de pétrole, a pourtant gelé les investissements dans la modernisation des centrales thermiques et dans la capture de Co2.

Les prix ont chuté d’environ 20%, pour s’établir à 65 dollars la tonne en moyenne (contre 85 dollars). Ils avaient en réalité chuté de 50% jusqu’en février où ils ont connu un rebond lié à la consommation chinoise notamment. Aucun industriel ne veut financer la modernisation de ces centrales thermiques des années 1960. Or l’efficacité énergétique des centrales thermiques modernes est améliorée de 30%, voire de 50% dans les supercritical boilers. Soit l’équivalent du rendement des centrales à gaz. Mais la part des centrales thermiques modernes dans le parc mondial des centrales stagne à 25%.

Le charbon propre est-il un paradoxe?

La propreté du charbon dépend très fortement de la technologie utilisée. Or, la volonté politique, sous la pression de l’opinion publique, s’oppose au charbon. Les pouvoirs publics n’osent pas revendiquer l’utilité de la modernisation des centrales thermiques. Alors que ce serait une des solutions pour répondre à une demande croissante d’électricité, dans le respect de l’environnement. Car la consommation d’électricité est fortement corrélée à l’augmentation du PIB.

Quelle est la taille du marché mondial du charbon et quels sont les acteurs?

Le marché international représente 800 millions de tonnes produites par cinq pays extracteurs (Indonésie, Australie, Russie, Colombie et Afrique du Sud). Au niveau de la demande, tout dépendra de la Chine. En effet, alors qu’en 2015, elle importait 100 millions de tonnes, elle a recommencé à importer 15 millions de tonnes par mois cette année car sa production domestique a chuté. Ce qui explique le rebond du cours du charbon de février. La Chine est le plus grand utilisateur, le plus grand producteur, le plus grand extracteur (3,3 milliards de tonnes par an) et le plus importateur également avec une logistique interne complexe. Le charbon est produit au nord du pays alors que la population consommatrice est située au sud. Un autre facteur important de stabilisation du marché est le Japon, qui a été longtemps l’acheteur numéro un avec 170 millions de tonnes importées. L’Inde fournit désormais des subventions, ce qui devrait booster le charbon domestique à condition d’améliorations logistiques locales.

Et l’Union européenne?

L’UE importe 190 millions de tonnes dont l’Allemagne (45), l’Italie (17), l’Espagne (15) et la France (6). Le Royaume-Uni a fait le choix politique de sortir du charbon et se focaliser sur le gaz et le nucléaire exclusivement. En l’espace de deux ans, sa consommation est passée de 34 millions de tonnes à dix. Mais le Royaume-Uni reste un importateur net. La Pologne est qualifiée de petite Chine. Elle produit 80 millions de tonnes, importe 106 millions de tonnes et en exporte 110. Il s’agit du paradoxe ricardien. Elle exporte du charbon polonais et importe du charbon russe. Il faut préciser que la Pologne subventionne son industrie du charbon et ce, malgré l’interdiction de l’UE. A l’avenir, sans les subventions, le marché d’importation de la Pologne présentera donc un immense potentiel sur le marché.

Quel est l’avenir du charbon dans les pays industrialisés?

En Europe, il y a un avenir pour le charbon. Si on le perçoit comme une source énergétique alternative. En l’absence de choix politique irrationnel, le charbon préservera sa place liée à la sécurité d’approvisionnement dans les pays industrialisés. Dans les pays en voie de développement, le charbon représente le base load. Il est donc incontournable.

Quelle est la stratégie charbon de Simec, négociant multicommodities récemment implanté à Genève?

En tant qu’intermédiaire, nous faisons du trading pur, sur les marchés mondiaux. Et nous alimentons aussi en charbon notre centrale thermique basée au Royaume-Uni dont la production atteint les 320 Mégawatt. Nos marchés sont la Turquie, l’Egypte, le Maroc, l’Inde et le Moyen-Orient (à Dubaï notamment), qui investissent dans de nouvelles centrales. Ce sont des target markets, mais Simec sera également présent dans les marchés dits déclinants comme le Royaume-Uni et les marchés matures comme l’Italie ou l’Allemagne. Simec portera son attention sur tous ces marchés.  






 

AGEFI



 
...